‹ Œuvres diversesChapitre 117 sur 281 · ALLER A DIEU · texte numérisé non relu

ALLER A DIEU

Je voudrais savoir si nos Sœurs du noviciat sont bien ferventes, car il fait mauvais voir des novices tièdes. Voyez-vous, mes Sœurs, si vous êtes tièdes novices, vous serez tièdes professes, et par conséquent toute votre vie.

Etes-vous bien dans la pratique de l'indifférence? la volonté d'y travailler est déjà un bon commencement. Il n'y a point de plus court chemin pour arriver à la perfection que celui de regarder toutes choses venant par la disposition de la divine Providence de Dieu 5 par exemple : si Dieu vous envoie une grande douleur de tête, il faut croire que c'est un moyen qu'il vous donne pour pratiquer la vertu, car il nous faut avoir la patience pour supporter le mal. Il nous faut avoir la mortification pour prendre les remèdes, l'assujettissement d'obéir au médecin et à l'infirmière, manger quand vous n'avez pas faim. Tout cela sont

des moyens pour pratiquer la vertu , et c'est la volonté de Dieu que vous fassiez cela ; mais ce n'est pas sa volonté que vous vous impatientiez, que vous ne preniez pas les remèdes, que vous ne mangiez pas quand on vous le dira. L'on vous donnera une robe qui sera bien déchirée, qui ne sera pas bien comme il faut, vous aurez beaucoup de peine à la mettre. Eh bien, il faut considérer que c'est un moyen que Dieu vous envoie pour pratiquer la vertu et la mortification. L'on nous apporte une portion qui n'est pas à notre goût, il faut considérer que c'est un moyen que Dieu nous envoie pour pratiquer la vertu et mortifier le goût; il la faut manger, encore que vous ne l'aimiez pas. Si vous la repoussez rudement, que vous en témoigniez de la répugnance, alors vous ne faites pas la volonté de Dieu, qui avait permis ce moyen pour vous mortifier.

Si l'on vous avertit en charité, il ne faut pas penser en vousmême que peut-être vous avez fait quelque chose à cette Sœur, de quoi elle se venge, et quand même vous croiriez de ne l'avoir pas fait, il faut croire que la Sœur, qui vous avertit, ne le dirait pas s'il n'était vrai et si elle ne l'avait pas vu; mais il faut prendre cela comme un moyen que Dieu a permis pour nous humilier, et c'est sa volonté que vous fassiez cela, mais non pas que vous en sachiez mauvais gré à la Sœur, ni que vous croyiez que c'est par vengeance.

Si une Sœur nous dit une parole sèche, eh bien, il faut souffrir cela , car ce n'est pas la volonté de Dieu que vous vous en vengiez, ni que, pour une qu'elle vous a dite, vous lui en disiez deux. Quand l'on aura du ressentiment, et que l'on sent le désir de se revenger, il faut s'humilier devant Dieu et prendre cela comme une production de notre mauvaise nature, et puis laisser gronder les sentiments tant qu'ils voudront, car vous ne faites point d'imperfection si vous ne dites pas ce que votre nature vous porte à dire. C'était la grande pratique de notre Bienheureux Père et ce qui l'a rendu saint. Combien de fois est-il monté

et descendu ces degrés l pour contenter des pauvres gens qui lui disaient : « Monsieur, nous vous voudrions dire un mot » , et il leur disait avec sa douceur et cordialité ordinaires : Allons, mon ami. Il n'en laissait passer aucune pratique. Il lui survenait quelquefois tant d'affaires, qu'il aurait, ce semble, fallu quinze jours pour s'en démêler, et il les expédiait souvent dans deux ou trois jours. Ah! mes Sœurs, que nous sommes filles d'un grand Saint! Si nous l'imitons et que nous pratiquions tout ce qu'il nous ordonne par nos règles et constitutions, nous irions bien avant dans le ciel.

Je parlais, il y a quelque temps, à une bonne âme qui me dit qu'elle avait été quatre mois dans des contradictions et des épreuves bien grandes. Premièrement, il lui arriva une maladie très longue et très-fàcheuse ; elle était contrariée de sa supérieure et n'avait aucune consolation; elle était grandement sèche à l'oraison. Quand elle avait besoin de manger, on la faisait mourir de faim; quand elle n'avait pas besoin de manger, l'infirmière la contraignait et la faisait manger par force. Elle demeura quatre mois de cette sorte sans jamais s'impatienter; au contraire, elle recevait tout de la main de Dieu, non qu'elle me l'ait dit, mais je connaissais à l'ouïr parler qu'il en était ainsi.

Elle ne put cependant s'empêcher de me dire en confiance, que par sa fidélité à cette pratique de tout voir venir de Dieu, et de toutes choses aller à Dieu, elle avait plus avancé chemin en l'union divine, que si elle eût eu toutes choses à souhait, et qu'un chacun se fût empressé de lui témoigner de la compassion.

Vous me demandez comme il faut faire pour avoir une grande

1 D'après ces paroles, il paraît que la Sainte fit cet entretien au commencement de la fondation du deuxième monastère d'Annecy. Les fondatrices demeuraient alors chez M. Favre de la Valboune, dans la maison que saint François de Sales avait habitée.

générosité et une grande confiance en Dieu, quand après s'être confessée, vous n'avez pas toute la contrition que vous voudriez. Ma chère fille, il faut alors dire de tout votre cœur : Mon Dieu, je vous demande la contrition de mes péchés, et après que l'on vous a donné l'absolution, ayez assurance que la coulpe de vos péchés vous est pardonnée, car pour avoir un vrai esprit de générosité, il ne faut pas avoir confiance en soimême, mais il la faut mettre toute en Dieu.

Nos Sœurs lisent-elles bien leurs règles? Je vous dis, mes Sœurs, qu'il faut bien faire attention en les lisant et considérer un peu ce qu'elles disent. Je ne dis pas qu'il faille s'arrêter sur ce qui regarde la communauté, mais il faut faire attention quand on lit la constitution de Y Humilité y de la Modestie, de Y Obéissance, de Y Entrée des novices. Ah! si celles-là étaient bien considérées et observées, il y aurait bien assez pour arriver à une grande perfection.

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