POUR LES TENTATIONS
Le remède àtoute tentation, sécheresse, contradiction, bref, à toutes choses généralement, sont les actes d'amour, lesquels se feront vivement et promptement , retournant simplement son cœur à Notre-Seigneur, avec des paroles pleines de confiance et d'amour, sans regarder ni disputer contre la tentation ou la ehose qui fâche; mais comme feignant de ne la point voir, sans néanmoins tant multiplier les paroles. Et comme la femme mariée n'a son recours, en tous ses travaux, qu'à son mari, ainsi doit faire l'âme fidèle à l'endroit de son cher Epoux Jésus.
C'est un entortillement que ce tintamarre qui vous fait peur. Mon Dieu, ma chère fille, ne sauriez-vous vous prosterner quand cela vous arrive et dire tout simplement : Oui, Seigneur, si vous le voulez, je le veux, et, si vous ne le voulez pas, je ne le veux pas? et puis passer à faire un peu d'exercice et d'action qui vous serve de divertissement; ne vous embarrassez point pour les chasser, mais moquez-vous de tout cela, au nom de Jésus mon Seigneur.
L'exercice du matin et celui de la sainte messe , comme il est marqué au directoire.
Pour le regard de la sainte messe, je n'ai point voulu le particulariser sur tous les mystères, pour vous instruire, comme il s'y faut comporter, par le menu, avec des oraisons et pensées, d'autant que cela charge tant la mémoire que la volonté n'a pas les actions libres. Donc, pour le reste du temps de la messe, auquel je n'ai pas dit ce qu'il fallait faire, ou bien il faut continuer les affections que je vous ai marquées, chacune en son ordre, comme, par exemple : celle de contrition jusqu'à l'évan-
gile , celle de protestation de foi jusqu'à la préface, et ainsi des autres; ou bien, dire quelques oraisons vocales ; que si c'est le chapelet, vous ne laisseriez pas, en le disant, de faire tout ce que j'ai marqué, l'un n'empêchant guère l'autre. Si vous ne le pouvez dire tout en une fois, dites-le en deux, et l'Office de Notre-Dame aussi, de quoi vous ne devez faire nul scrupule ; ains il y a de la superstition à croire que, pour de légitimes interruptions , il faille recommencer, notre Dieu ne regardant qu'à la dévotion avec laquelle on prie, et non pas si c'est à deux ou à trois fois. Il est bon d'avclr certaines paroles enflammées qui servent de refrain à notre âme, comme : Vive Dieu! vive Jésus! Dieu de mon cœur! béni soit Dieu! Dieu soit loué! Dieu me donne la grâce de mieux faire ! — D'autres fois, tout simplement : Jésus! Maria! Dieu me soit en aide! Il faut mourir..., etc. Baisez votre croix en l'honneur de celui qu'elle représente.
Jamais on ne parviendra à la hauteur de la perfection de l'amour de Dieu, qu'on ne soit profondément abaissé par l'humilité. Notre-Seigneur fait tant de cas de l'humilité, qu'il ne fait point de difficulté de permettre que nous tombions dans le péché, afin de nous en faire tirer la sainte humilité.
Il faut souvent élever son esprit en Dieu en faisant les actions de Dieu.
Il faut embrasser saintement les mortifications, et recevoir les abjections en esprit de résignation, et, s'il se peut, d'indifférence, et aimer cette volonté de Dieu en ces sujets d'eux-mêmes désagréables. Vous ne recevez pas ces remèdes et ces mortifications par votre élection ni par sensualité? c'est donc par obéissance; et y a-t-il rien de plus agréable à Dieu? 0 petites croix, que vous êtes aimables! bien que les sens et la nature ne vous aiment point, ains la seule raison supérieure.
Soyez une petite brebis que l'on tond, une colombe douce, maniable, sans réplique ni retour.
Il faut beaucoup ressentir les fautes que Ton aperçoit dans le prochain; mais il faut savoir en même temps que la charité s'exerce à les supporter, et non pas à s'en étonner. Il faut le recommander à Notre-Seigneur, et tâcher d'exercer la vertu contraire à la faute que l'on voit, avec une grande perfection. Il faut, avec Notre-Seigneur, haïr et détester le péché et être marri des imperfections et défauts; mais il faut avoir compassion de l'imparfait et du pécheur, et le supporter, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui le souffre bien. Il faut aussi nous traiter nous-même en cette sotie, et, ayant séparé l'offense de Dieu, de laquelle il faut être bien marri, il faut aimer et embrasser de bon cœur l'abjection qui nous en revient, et dire Ja parole de saint Paul : Seigneur, que vous plaît-il que je fasse? Saint Bernard dit « que c'est le sentiment d'une âme fervente et qui ne veut rien faire que ce que Dieu veut; au contraire, une dévotion molle, il la faut flatter et essayer ce qu'elle veut faire, avant de lui dire ce que l'on veut qu'elle fasse. » Apprenons à dire avec l'Apôtre, dans la sincérité de notre cœur : J'ai estimé toutes choses comme fange, afin de gagner mon Jésus et ses bonnes grâces, et que notre vie, comme la sienne, soit cachée en Dieu avec Jésus-Christ. Ce sont là les grandes et les profondes maximes de sainteté, et l'exercice de résignation agréable à Dieu. A son honneur et à sa gloire soient toutes mes œuvres ! Amen.
Pour acquérir la sainte promptitude de bien faire, il la faut demander à Dieu, et ne laisser passer aucun jour sans en pratiquer quelque action particulière à cette intention ; car l'exercice sert merveilleusement pour se rendre un chemin aisé à toute sorte d'opération. Gardez-vous des empressements et inquiétudes; jetez doucement votre cœur dans les plaies de Notre-Seigneur, et non pas à force de bras. Ayez une extrême confiance en sa bonté et miséricorde, il ne vous abandonnera pas; mais ne laissez pas de vous bien prendre à sa sainte croix.
Tenez votre cœur au large ; reposez-le souvent entre les bras e la Providence divine; tout ce qui vous arrive vient indubitablement de sa volonté, hormis le péché. Mais cette même volonté de Dieu qui nous envoie les maladies spirituelles ou corporelles veut que nous nous servions des remèdes qu'elle donne, et que nous tenions notre volonté prête pour recevoir ou la guérison, ou la continuation du mal, et que nous adorions la Providence divine, et nous y remettant en toute occasion.
Videz votre cœur de toute image des choses corporelles. Pensez que le doux Sauveur est assis dans votre cœur comme dans son trône, et l'y regardez souvent, vous humiliant fort devant lui. Je désire que vous soyez extrêmement humble; faites-vous très-petite à vos yeux.
Représentez-vous Jésus-Christ crucifié entre vos bras, et dites cent fois en baisant son côté : C'est ici mon espérance; c'est la vive source de mon bonheur; c'est le cœur de mon âme; c'est Vâme de mon cœur; jamais rien ne me déprendra de son amour : je le tiendrai, et je ne le laisserai point qùil ne niait mise en un lieu d'assurance.
Considérez souvent si vous pouvez dire avec vérité : Mon Bien- Aimé est à moi, et je suis toute à lui. Voyez s'il n'y a point quelque partie de votre âme ou de votre corps qui n'y soit pas entièrement, et, l'ayant découverte, reprenez-la et la rendez à Dieu; car vous êtes à lui, toute, toute. Si votre âme s'est échappée, souvenez-vous qu'il la faut reprendre, mais tout doucement, car si vous vouliez la saisir à force de bras, vous l'épouvanteriez.
Notre-Seigneur désire que vous ne pensiez ni à votre avancement, ni à votre amendement, mais à recevoir et bien employer les occasions de le servir, et pratiquer les vertus dans chaque moment, sans aucune réflexion, ni sur le passé, ni sur l'avenir
Affectionnez-vous fort à la pratique des petites et menues vertus ; je ne dis pas qu'il ne faille aspirer aux hautes et élevées; mais je dis qu'il faut s'exercer aux petites, sans lesquelles les grandes sont souvent fausses et trompeuses.
Apprenons à souffrir volontairement et de bon cœur l'aigreur des paroles, le mépris et le rebut de nos opinions et de nos pensées. Aimons à tenir le dernier rang, et puis nous apprendrons à souffrir le martyre, à faire l'anéantissement en Dieu et l'insensibilité à toutes choses.
Marchez toujours devant vous et devant Dieu, qui prend plaisir à vous voir faire vos petits pas; et, comme un bon père qui tient son enfant par la main, il accommodera ses pas aux vôtres, il se contentera de n'aller pas plus vite que vous. De quoi vous souciez-vous d'aller d'un côté ou de l'autre, vite ou bellement, pourvu qu'il soit avec vous et vous avec lui?
Aux tentations de la foi, humiliez-vous profondément. Aux tentations de vaine gloire et vanité, il faut faire tout de même; c'est à savoir un acte positif et contraire, et, au lieu de se glorifier, s'humilier de sa propre vanité, disant : Oui, Seigneur, je suis et mon esprit n'est que pure vanité.
Ne regardez point, ma chère fille, si vous êtes cause de vos aridités; mais, soit que vous en soyez cause ou non, convertissez-les à la gloire de Dieu, et les lui offrant, en sacrifice, comme souffrances et pénitences de vos péchés. Dans les mécontentements qu'on a de soi, lorsqu'on tombe en faute, au lieu de s'aigrir, il faut prendre patience et dire : Je ne veux cette vertu ni une autre, je ne veux que l'amour de mon Dieu et l'accomplissement de sa sainte volonté en moi. Il faut quitter toutes réflexions, n'en jamais faire pour voir ce que l'âme fait ou ce qu'elle fera, si on a du sentiment ou non; mais, au lieu de cela, regarder le Sauveur humblement et amoureusement, et surtout à l'oraison, avec une grande douceur d'esprit et sans volonté d'y rien faire, mais seulement pour y recevoir ce que
Noire-Seigneur vous y donnera. Contentez-vous d'être en sa présence, quoique vous ne le voyiez ni le sentiez; mais commencez par un acte de foi, et regardez de temps en temps si vous ne le verrez point.
Je désire que vous soyez extrêmement humble. Conversez toujours humblement; ne tenez compte d'être méprisée et louée, mais désirez d'être méprisée et rebutée; et, jusqu'à ce que vous soyez parvenue à ce degré d'abjection, ne pensez pas d'avoir profité. Tenez comme un profit pour votre âme les injures et les outrages qui vous seront faits; réjouissez-vous-en, et ne vous attribuez point les louanges des bonnes actions ; mais portez tout aux pieds de Jésus qui en est l'auteur, autrement vous lui en déroberiez la gloire.
D'autant plus on perd de consolation pour Notre-Seigneur, d'autant plus on doit se réjouir, parce qu'il saura bien nous la rendre.
Il faut avoir de la douceur envers le prochain, et n'user jamais de revanche envers ceux qui nous ont fait de mauvais offices; et croyez que si nous perdons quelque chose, le Seigneur nous récompensera d'ailleurs.
Pour toutes les choses qui vous arrivent, n'en cherchez point la cause, il suffit que Dieu la sache; mais simplement humiliez-vous, et supportez la contradiction avec douceur et sans réflexion.
Au temps des sécheresses, humiliez-vous; et, au sentiment de votre misère, jetez-vous dans les entrailles de la miséricorde divine.
Rejetez toute sorte de gloire, et protestez que vous n'en voulez aucune que celle de Notre-Seigneur.
Unissez-vous souvent à la volonté de Dieu, par des aspirations dévotes, disant : Seigneur, je suis vôtre. — Je veux ce que vous voulez. — Faites en moi votre volonté. — Unissezvous à nous.
La mesure de la Providence sur nous est [celle de] la confiance que nous y avons. 0 Dieu! reposons-nous entièrement sur cette Providence sacrée, et demeurons entre ses bras comme un enfant sur le sein de sa mère.
L'esprit de douceur est le vrai esprit de Dieu.
0 ma Mère! que c'est un grand contentement à notre âme, vraiment dédiée à Dieu, de marcher les yeux fermés selon que la divine Providence la conduit; car ses jugements sont impénétrables, mais toujours doux, toujours suaves, toujours utiles à ceux qui se confient en lui. Que voulons-nous, sinon ce que Dieu veut? Laissons-le conduire notre âme qui est sa barque, il la fera surgir à bon port.
Servez-vous des contradictions journalières pour vous mortifier, les acceptant avec amour et douceur.
Quand on se sent saisi de douleur, il faut offrir à Dieu cette croix, l'accepter de bon cœur et se soumettre de la porter toute la vie, puis demeurer contente dans la souffrance. Et s'il était en votre pouvoir de vous faire quitte de cette croix, il ne le faudrait pas faire.
Que toutes vos paroles et actions soient accompagnées d'une grande simplicité et douceur.
Demeurez en la sainte solitude et nudité avec Jésus-Christ crucifié. Cet exercice, d'abandonnement total de soi-même entre les mains de Dieu, comprend excellemment toute la perfection des autres exercices. Notre grand bonheur, en la perfection, serait de n'avoir nul désir d'être aimé des créatures. Que vous doit-il importer d'être aimée ou non? Si vous rencontrez des occasions qui vous font paraître qu'on ne vous aime pas, il faut passer outre sans vous amuser à les considérer.
C'est une partie de la charge de la supérieure, de voir, avec repos, les fautes de sa maison, et de souffrir doucement les choses qui y arrivent.
Oli ! que nous serions heureux si nous ne prenions point garde à ce que nous faisons et souffrons; mais seulement que nous accomplissions la volonté de Dieu, et que ce fût là tout notre contentement!
Consacrons nos travaux à Jésus; attendons son retour avec patience; vivons à lui et non pour ses suavités. Nous n'avons rien que nous voulions réserver ni excepter en nos affections, qui ne soit à Dieu. Que nous doit-il importer, si nous sentons ou ne sentons pas l'amour de Dieu, puisque nous ne sommes pas plus assuré de l'avoir en le sentant qu'en ne le sentant pas, et que, la plus grande assurance consiste en ce pur et entier abandonnement de nous-même entre les bras de la divine Providence, sans réserve de consolation, afin que d'un cœur tout écorché, mort et maté, il reçoive l'odeur agréable d'un saint holocauste, et afin que nos Sœurs, travaillées et peinées, trouvent chez nous un cœur compatissant et un support suave et amoureux.
Il faut demeurer entre les mains de Notre-Seigneur comme un instrument inutile, tout abandonné à son saint vouloir, et se contenter de demeurer doucement dans l'état ou Dieu nous met : en la souffrance, souffrir; en la peine, patienter, et voilà la vertu dans laquelle il faut demeurer tranquille.
En toutes les tentations, il faut plutôt parler à Notre-Seigneur de tout autre chose, et même il est bon de s'en détourner, et regarder notre Sauveur par un retour de cœur.
L'un des plus hauts points de l'humilité est de ne point s'excuser. Quand on est parmi les afflictions intérieures, sans pouvoir trouver où mettre son pied pour se reposer, alors il faut combattre de deux sortes d'armes : l'une de patience, l'autre de résignation à la volonté de Notre- Seigneur.
Tenons-nous, je vous prie, au pied de la sainte croix, trop heureux si quelques gouttes de ce baume, qui en distille de
toutes parts, tombent dans notre cœur. Si nous avions l'odorat plus affiné, nous sentirions les afflictions toutes parfumées, quoiqu'elles soient d'elles-mêmes d'odeur désagréable; mais sortant du sein de l'Epoux, nous les trouverions toutes remplies de suavités.