‹ Œuvres diversesChapitre 135 sur 281 · DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

DE LA CRÉATION

PREMIER POIXT.

D'où sommes-nous? Le pays duquel nous sommes sortis, c'est le rien. Où étais-tu, ma chère âme, il y a tant d'années? Tu étais rien! 0 rien! sans subsistance ni être quelconque! 0 rien! vous êtes ma patrie, en laquelle j'ai demeuré inconnue, vile et abjecte éternellement. « S ai dit à la pourriture , disait » Job , vous êtes mon père; » mais moi j'ai dit au rien : Vous êtes mon pays, je suis tirée de votre abîme ténébreux et de votre épouvantable caverne.

DEUXIEME POIXT.

Qui nous a tirés du rien? qui nous a donné l'être? qui est notre père? Comme les arbres en hiver retiennent les fleurs et les fruits resserrés dans eux-mêmes, jusqu'à ce qu'en leur saison ils les poussent dehors et les font paraître : ainsi Dieu a eu une volonté éternelle de te produire, ô mon àme ! et t'a tenue en sa conception toute prête à t'éclore quand le temps en serait venu! Eh! n'es-tu pas heureuse d'être fille d'un si bon père?

TROISIEME POINT

Lorsque je n'étais rien, et abîmée dans le néant, la volonté de Dieu couvait, en son décret, mon être, pour me le donner en temps et lieu, comme elle a fait. Du rien procède notre vieil homme brutal qui est en nous, et lequel tend toujours à son origine, au rien, au péché et au mal. De Dieu procède notre nouvel Adam, l'homme spirituel qui est en nous, et lequel tend toujours à son origine, au bien, à la vertu, et à la jouissance de Dieu.

Première affection. — De moi-même donc que suis-je, sinon un vrai rien et enfant du néant? Chétif et misérable, de quoi me glorifié-je, de quoi me tenir pour quelque chose? Orien! je me ressouviendrai toujours de vous, et ne m'exalterai jamais y mais ferai défaillir mon âme, lui ramenant devant les yeux son obscure et chétive origine. Hélas! elle n'est pas bonnement dehors, et elle fait la grande et magnifique.

Deuxième affection. — 0 Dieu! quel devoir ai-je à votre volonté qui m'a si longuement et éternellement projetée dans les flancs de sa Providence! 0 sainte volonté! je suis vôtre, faitesde moi, en moi, et par moi, tout ce qu'il vous plaira, car je suis votre ouvrage. Quelle outrecuidance d'avoir été rebelle à la volonté qui m'a produite et seule me conserve!

Troisième affection. — Ah! le cœur humain, quoiqu'il soit élevé parmi les choses basses de la nature, néanmoins, au premier regard qu'il jette en Dieu , sa naturelle inclination le porte à reconnaître son centre. Sus donc, mon pauvre cœur, sortez comme une étincelle d'entre les cendres de votre vilelé, pour rendre l'amour et l'obéissance due à votre premier principe.

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