PAR QUEL MOYEN L'AME RELIGIEUSE RAVIT LE COEUR DE SON BIEN-AIMÉ
PREMIER POINT
Considérez, que Dieu vous ayant doucement ravie d'entre les mondains, il veut aussi que, par un humble contre-échange, vous lui ravissiez son Cœur divin par amour. Hélas! quelle voie liendrez-vous ! Ecoutez, lui-même vous l'enseigne : «Ma sœur, « dit-il , tu as ravi mon cœur par un de tes ijeux et par un de « tes cheveux. » Voyez que, par la pratique des œuvres héroïques et grandes vertus, vous emportez le Cœur de ce Bienaimé, et tout de même par la pratique des petites, basses et menues vertus.
DEUXIÈME POINT
Considérez , que comme au corps humain il n'y a que deux yeux, et quantité de cheveux, votre Epoux fait voir une clémence incomparable, que vous lui puissiez ravir le Cœur par
un cheveu. Hélas! à toute heure vous pourriez avoir ce divin Cœur, car qu'est-ce autre chose, les cheveux, que les menues observances, ces petites cérémonies, ces vertus quotidiennes qui se peuvent cueillir à chaque bout de champ? Quand vous négligez de les pratiquer, vous ne considérez pas que vous négligez de ravir le Cœur de Dieu : « Si vous voulez entrer en la « vit ?, disait le doux Jésus à ses apôtres, gardez avec soin tout « ce que je vous ai enseigné. »
TROISIEME POIVT.
Considérez l'état que les Saints ont fait de la pratique de ces petites vertus; ils ont dit que qui néglige les petites choses, tombera bientôt aux grandes; ils ont dit que toutes les petites ordonnances et observances monastiques étaient la haie qui conserve la Religion (comme la vigne du Seigneur) des bêtes sauvages, et que, qui abat cette haie, sera mordu du serpent infernal. Ils ont dit que telles petites observances étaient l'habit de la religion, qui paraîtrait nue et sans ornements n'était cela : bref, mon saint Fondateur a dit « que s'il était dans un de nos monastères il se rendrait si exact à toutes telles petites pratiques, qu'il prétendrait par là ravir le Cœur de Dieu.
Première affection. — 0 bonté souveraine de ce grand Dieu, que vous êtes adorable! Qui fut jamais le roi qui enseignât à ses vassaux le ressort de son cabinet afin qu'ils lui pussent ravir ses trésors ; et toutefois , ô Dieu tout bon ! vous m'enseignez comme quoi je puis dérober votre Cœur et le rendre tout mien. Hélas! Seigneur, s'il n'y eût eu que les martyrs qui eussent pu ravir votre Cœur par leurs yeux et par leur sang, que ferionsnous ? Alais les mortifiés ont le même privilège. S'il n'y avait que les vainqueurs des nations qu'ils convertissent, que ferions-nous? Mais ceux qui se plaisent à parler humblement et familièrement de vous, jetant de bonnes inspirations dans les
cœurs, ont le même bien. S'il n'y avait que les vainqueurs d'autrui, que ferions-nous? Mais les vainqueurs d'eux-mêmes ont le même bonheur; bénie soit à jamais votre suave bonté!
Deuxième affection. — Ah! saintes et petites vertus, qui comme fleurs croissent au pied de la croix de mon Jésus, je veux désormais, d'une sainte sollicitude, vous cueillir pour vous présenter avec révérence à cet Epoux; mais, mon Jésus, préservez-moi du reproche que vous faisiez aux Pharisiens, leur disant : « ait ils faisaient les petites choses , et laissaient les « grandes; » octroyez-moi cette grâce, que je fasse celles-ci, et n'omette point celles-là, comme vous, mon Seigneur, qui prenez les petits enfants entre vos bras par amour et douceur, et n'omettez pas de porter tous les pécheurs comme un grand faix sur vos épaules, par miséricorde ; que j'observe bien le silence, par obligation; et que je ne dise point de paroles inutiles, par dévotion; que j'obéisse exactement à mes supérieurs, par devoir, et que je condescende volontiers aux égaux, par amour.
Troisième affection. — 0 religion, ma très-sainte mère! à Dieu ne plaise que je vous dévête de vos saints habits, ni que j'abatte la haie qui vous conserve; mon Dieu , avec votre grâce, je veux tout observer, et, au bout, confesser humblement que je suis servante inutile.