‹ Œuvres diversesChapitre 153 sur 281 · DE L'AMOUR DU PROCHAIN · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DU PROCHAIN

PREMIER POINT

Considérez, que le Sauveur voyant approcher l'heure de sa mort, il assembla tous ses disciples, pour graver en leurs cœurs ses derniers documents et volontés, et leur dit : « C'est » ici mon commandement , je vous ai aimés, et derechef je vous » donne un commandement nouveau , que vous vous aimiez les » uns les autres; par cela, l'on reconnaîtra que vous êtes mes » disciples, si vous avez dilection l'un pour l'autre. »

DEUXIÈME POINT

Considérez, que non-seulement le Sauveur enseigna cet amour du prochain par paroles, mais par ses adorables exemples; voulant mourir pour l'amour de tous, il se donna au très-Saint-Sacrement, à ses apôtres, voire même à Judas, lequel il ne refusa point de baiser, quoique son ennemi. Ah! mon Sauveur, cet exemple me confond; hélas! à peine veux-je tant soit peu m'incommoder, ou contrarier mes volontés pour l'amour du prochain, et toutefois vous m'apprenez qu'il faut aimer d'œuvre et de vérité, et non point seulement de parole , et que jamais je n'entrerai en votre Temple céleste, que par l'unique porte de la charité, qui s'ouvre de deux côtés : Amour de Dieu et Amour du prochain.

TROISIÈME POINT

Considérez, que Notre-Seigneur ne dit pas : Aimez quelqu'un de vos prochains, mais il les comprend tous, aussi portez-vous indignement le titre de religieuse si cet amour n'est parfait en vous ; car si vous n'aimez pas , et n'avez pas de la reconnais-

sance envers ceux qui vous font du bien, vous êtes ingrate ; si vous n'aimez pas ceux qui vous méprisent, vous êtes orgueilleuse; si vous n'aimez pas ceux qui vous affligent, vous êtes impatiente, etc. : par où vous voyez, que sans cette sainte charité du prochain vous n'avez point de vertu.

Première affection, — 0 Seigneur! hélas! si vos serviteurs ne sont connus qu'à celle sainte marque de la charité du prochain, j'ai grand sujet de craindre, moi qui m'aime tant moimême , qu'à peine me puis-je résoudre de quitter un peu de mes intérêts pour l'amour de ce cher prochain. Toutefois , ô Maître céleste! vous me donnez votre amour pour modèle : mon âme, voyons ici ensemble devant Notre- Seigneur, comme nous devons aimer le prochain à son exemple : Doux Jésus, vous avez pris la peine, pour leur acquérir le repos; vous avez pris l'ignominie pour leur laisser la gloire; voilà, ô mon âme! comme il faut lâcher de faire. Ah ! Seigneur, dépouillez-moi de l'amour de moi-même, afin que je vous puisse imiter.

Deuxième affection. — C'est du fond de mon âme, doux Jésus, que je vous demande une faveur, à savoir que vous me fassiez la grâce que je me mette toujours en la place de mon prochain. Que je ne lui fasse que ce que je voudrais qu'il me fît, et que lui fasse tout ce que je voudrais qu'il me fit. Ah! Seigneur, si je regarde de mauvais œil ceux qui me fâchent, vous retirerez pareillement de moi vos bénins regards; si je parle mal du prochain, vous vous tairez pour moi, et ne direz mot en mon âme; si je refuse mes services, vous me dénierez [retirerez] vos grâces.

Troisième affection. — Ja! à Dieu ne plaise que j'aie des exceptions en mon amour pour le prochain; ah! Seigneur, vous me donnerez votre grâce, et sans me regarder moi-même, je

vous aimerai en tous mes prochains, et n'aimerai jamais personne qu'en vous et pour vous. Fuyez de mon âme, amitiés singulières; ôtez-vous d'ici, affections particulières; quoi! pourriez-vous distraire mon cœur en diverses choses, et tirer mon esprit hors de son devoir et de sa règle : mais venez en mon <?œur, o douce union religieuse et sainte société commune, car c'est vous que le Seigneur bénit.

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