CE LA VISITATION SAINTE-MARIE
Dieu soit béai.
L'autre papier est tout écrit de la main de notre Bienheureuse Mère. Les signatures sont écrites avec son sang.
« Vive Jésus ! oui, mon Seigneur Jésus, vivez et régnez éternellement dans nos cœurs. »
Après la protestation de foi du Concile de Trente.
« 0 mon Dieu ! voilà ma sainte foi pour laquelle je m'estimerais heureuse de mourir; je crois cette toute-puissance, sagesse et bonté, je l'adore. Augmentez et suppléez ce qui me défaut, s'il vous plaît; et, prosternée en esprit, sur ma face, aux pieds de votre grandeur et de votre infinie miséricorde, ô mon Dieu! mon Créateur, mon Père très-débonnaire, mon souverain Seigneur et Sauveur, et mon unique espérance, je vous supplie, ô mon Père éternel, au nom de votre saint Fils Jésus, de prendre, en vos bénites mains, ma volonté, et le franc arbitre que vous m'avez donné, duquel je me dépouille, et le remets avec ma volonté, entièrement et sans réserve à votre sainte disposition, à ce qu'il vous plaise, et vous en supplie par le sang précieux de votre Fils Notre-Seigneur. O ma douce miséricorde, qu'il ne soit jamais en mon pouvoir de penser, dire ou faire volontairement, ni autrement, s'il vous plaît, mon Dieu, aucune chose contraire à cette foi catholique, ni contre l'espérance et confiance entière que j'ai et veux avoir en vous pour mon salut éternel, par les mérites de la Mort et Passion de mon Seigneur Jésus-Christ, et cela invariablement, et pareillement contre l'amour et l'obéissance que je vous dois, et désire rendre de tout mon cœur; exaucez ce mien désir et prière.
Mon doux Jésus, si, par faiblesse, ignorance, surprise ou tentation, ou en quelque autre manière que ce soit, je venais, ce que Dieu ne veuille permettre, à dire, faire ou penser à quelque chose contraire à cette mienne protestation de foi et de résolution, et à
la remise de ma volonté et franc arbitre, j'y renonce dès maintenant, je le désavoue, révoque et déteste de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces, vous suppliant, a mon Dieu ! ma vraie vie, d'accepter ce mien renoncement; et, au nom de votre très-saint Fils, mon Rédempteur, donnez-moi votre grâce abondante pour faire et souffrir tout ce qu'il vous plaît que je fasse, que je souffre, et que je le fasse et souffre selon votre très-saint bon plaisir, croyant et m'y confiant assurément en la fidélité de votre bonté, que vous ne permettrez pas que je sois ni tentée ni chargée par-dessus les forces que vous me donnerez.
5> J'adore du profond de mon âme vos divins jugements, et votre volonté toute sainte en tous les événements de votre bon plaisir, en tout ce qu'il vous plaira permettre de m'arriver et à toutes créatures ; car, ô mon Dieu ! vos jugements sont justes, très-saints et équitables, et votre très-sainte volonté toujours adorable; je le confesse de tout mon cœur et m'y soumets avec tout l'amour et révérence qu'il m'est possible. Je crois aussi de cœur, et je confesse que vous êtes mon Dieu, unique source de tout bien, de nature et de grâce, et qu'à vous seul appartient la gloire et la louange de toutes les actions que font vos créatures. Je renonce donc pour jamais à toute vaine complaisance, satisfaction et vanité qui me pourrait arriver, ou que je pourrais avoir de quelques bonnes actions que votre grâce peut opérer par moi, chétive créature, impuissante à tout bien, référant tout honneur de toute chose à votre seule bonté. Je proteste aussi, mon Dieu, que j'aime et veux aimer toute créature pour l'amour de vous seul, et qu'en toutes mes actions, pensées et paroles, lesquelles je vous offre en union de celles de votre très-saint Fils, je ne veux autre objet ni prétention que le seul accomplissement de votre très-sainte volonté, à laquelle je m'unis dès maintenant, et, à cet effet, renonçant à toute propre recherche et à tout ce qui pourrait tant soit peu ternir la pureté de mes
intentions en toute chose. Par votre sainte grâce, sans laquelle je ne puis rien, accomplissez en moi cette mienne résolution, et qu'il vous plaise, ô mon Dieu ! ma miséricorde, recevoir la très-humble prière que je vous fais, de vouloir départir à toutes vos créatures les grâces et bénédictions que votre Providence leur a destinées, mais surtout à votre chaste et sainte épouse, l'Eglise Catholique, et à ses chers enfants. Augmentez en eux la foi, l'espérance et la charité, et convertissez toutes choses à votre plus grande gloire et à leur salut éternel. Mon Dieu, je désire et vous supplie que toutes mes actions, pensées, paroles et mouvements, soient des continuels actes d'adoration, d'amour, de confiance et reconnaissance de vos bénéfices. Mais spécialement, je vous supplie, ô mon Sauveur! pour tous les Ordres religieux, à ce que tous vous servent en pureté d'Anges et fidèle observance de leur règle.
Et, tout particulièrement, de toutes les affections de mon âme, je vous conjure, mon Seigneur, par les intercessions de la Sainte Vierge, de saint Joseph et de notre Bienheureux Père, que cette grâce règne dans notre petite Congrégation de la Visitation; que l'esprit d'humilité, de simplicité et de charité soit incessamment vivant et régnant, en toutes les filles en général, et en chacune en particulier. Je vous prie aussi pour les enfants que vous m'avez donnés, qui sont en nombre de quatre; je les offre de tout mon cœur à votre divine Majesté. Pour mon frère et pour tous nos parents, et ceux qui prient pour moi et se confient que je prie pour eux, et pour lesquels je me suis engagée de prier. Je vous fais aussi très-humble requête pour la conversion des hérétiques et schismatiques, pour la paix et union entre les princes chrétiens, et pour leur avancement en votre amour, et tout particulièrement pour notre Roi et pour Son Altesse Royale, et pour Madame et leurs enfants, qu'il vous plaise d'accomplir en tous votre sainte volonté. Je vous offre encore, ô mon divin Sauveur! ma très-humble requête pour le soulagement
56 OEUVRES DE SAIXTE CHAXTAL.
de tous les fidèles taré] ss s3 et spécialement pour Fàrne de mon père, de rua mère, de mou mari, de mes enfants, de Sœurs de religion, et de tous uos parents et amis, que vous les soulagiez, s'il vous plaît, selon la grandeur de vos miséricordes; je vous supplie de les faire reposer et jouir de votre béatitude, et. s'il vous plaît, leur appliquer les saintes indulgences que je me propose de gagner journellement pour elles. Et, enfin, mon Dieu, je vous lais très-humble requête pour toutes les choses pour lesquelles il vous plaît que vos ehré-
-. et spécialement moi. vous fassent oraison, partieuli ■ ment pour la paix universelle en votre sainte Eglise, à qu'en tout et par tout, et en toute créature, et de toute créature, votre saint nom soit sanctifié, votre royaume nous advienne, et votre sainte volonté soit faite en la terre comme au ciel. Amen. Ainsi-soit-il.
•• Reste, maintenant, qu'avec une profonde humilit renée, je rende infinies grâces et remerciements à votre souveraine Majesté, comme je fais de tout mon cœur pour les bénéfices de notre création, rédemption, conservation et vocation, et pour
rix et mérite infini de votre sang précieux, et de toutes souffrances, ô mon unique Rédempteur! et de l'amour tendre qu'il vous a plu nous témoigner, vous donnant vous-même au divin Sacrement que j'adore pour être la vraie vie et nourriture de nos âmes, ayant dit : Qui vous mange, vivra éternellement. Comme aussi je vous remercie de tous les autres mystères, - et prérogatives que vous avez donnés et laisses à la trèssainte Eglise notre bonne Mère, et tout particulièrement je rends infinies grâces et remerciements à votre éternelle douceur et Providence sur moi, pour l'établissement de cette Congrégation, et pour les miséricordes et bénéfices incomparables que votre bonté m'a conférés, et particulièrement de m'avoir fait fille de
e sainte Eglise, de m'y avoir conservée par votre soin et ssistance paternelle; pour m'avoir aussi octroyé, avec tant de
miséricorde, ce que voua m avei inspiré de vous demander ai
eaucoup de larmes, qui est la guide tres-sainte de notre Bïen- ■eureui Père, par laquelle votre Providence m'a conduite à
cette sainte vocation, m'a introduite a la ,rjràce de la journaliè
ption de votre très-divin Corps au saint Sacrement, et à la conn e de la vraie vie spirituelle et chrétienne,
m'avez aussi, ô mon Dieu! fortement et suavement attirée au nillement et abandonnement de moi-même, dans le int et bon plaisir de votre éternelle Providence, pour m'y faire reposer, et vous laisser tout le soin de moi, dont je vous rends grâce avec mes plus tendres affections, vous suppliant de me continuer cette faveur si précieuse: et, en me pardonnant. 6 mon Dieu! ma seule force, les infidélités que j'ai commises en cette pratique, octroyez-moi. s'il vous plaît, la rjràce d'y être, -renavant, invariablement fidèle . Et, par les mérites sacrés de >tre Fils, je vous demande pardon, de toute l'humilité de mon : ur. de toutes les offenses que j'ai commise contre votre divine Majesté, de mes ingratitudes et infidélités a correspondre à votre sainte ,r/râce, et rjen^ralement de toutes les fautes dont ■hre œil divin, qui pénètre toutes choses, me connaît coupable. O mon Dieu! ma miséricorde, couvrez des mérites de mon Sauveur, et effacez par son sany précieux toutes mes iniquités, et recevez, s'il vous plaît, la confirmation que je vous fais aujourd'hui, et l'intention que j'ai de la réitérer journellement, de t< ce que je di-. dans cet écrit, à votre bonté, a laquelle je reconmes vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et de faire toujours ce que je connaîtrai clairement vous être le plus selon les conditions du vœu que j'en ai fait par l'avis mon Bienheureux Père. Je reconfirme et renouvelle de tout mon cœur l'entier dépouillement et abandonnement que ntre vos bénites mains, mon Dieu, de tout ce que je suis et de toutes choses, sans aucune reserve, pour ce que votre Majesté sait, l'ayant infinies fois renouvelé, et particulièrement
ce Vendredi-Saint dernier, délaissant et remettant, derechef, dans le sein de votre divine protection, et au plus secret de la fidélité de votre saint amour, le précieux trésor de foi, espérance et de charité, que votre grâce m'a conféré, comme aussi le soin de mon salut éternel, de ma vie, de ma mort, du repos et paix intérieure de mon àme, mes consolations et satisfactions, vues et réflexions sur ce qui se passe en moi, le désir d'être délivrée de ma peine intérieure, et, bref, tout sans exception, désirant de me perdre et abîmer tout à fait dans le sein de votre Providence paternelle, et de me délaisser tout à fait au soin de votre amour divin, désirant, moyennant votre sainte grâce, de ne me plus voir ni regarder ni chose aucune qui se passe en moi, ains seulement vous pour m'y reposer et confier simplement, non pour le bonheur qu'il y a de se confier en vous, mais parce que c'est votre sainte volonté que vous m'avez fait connaître par vos divins attraits, et par les conseils de mon Bienheureux Père, auquel, moyennant votre sainte grâce, je rendrai fidèle obéissance.
Je remets dès maintenant tout ce qui m'arrivera ci-après à votre soin, et dès maintenant, comme alors, je vous mets les choses plus scabreuses et épouvantables, je les recommande au plus secret de votre Providence, ne les voulant nullement profonder, mais y faire doucement ce que je pourrai, vous laissant le soin du surplus et de toute chose en général qui me puisse toucher, soit au corps, à l'âme et à l'esprit, me réservant le seul soin de retourner mon esprit de toutes choses à vous, de suivre le bien que je connaîtrai et fuir le mal, tâchant de me tenir en Dieu, douce, patiente et paisible parmi les troubles, faiblesses, ténèbres, impuissance, et toutes sortes de peines, sécheresses, insensibilités, qu'il plaira à mon Dieu permettre m'arriver, tâchant de tout mon pouvoir de ne les point regarder, ni de m'en vouloir délivrer ni affliger, ni même faire semblant de les voir, nonobstant que je les sente vivement;
mais par-dessus toute vue et sentiment, quel qu'il puisse être, je tiendrai simplement mon esprit en Dieu, ou auprès de Dieu, en ce repos, abandonnement, et très-ferme confiance, sans le vouloir sentir, ni en faire des actes. Que s'il plaît à Dieu me donner des sentiments de sa présence, et de toute vertu, je demeurerai en lui seul, et en son bon plaisir, moyennant sa trèssainte grâce; et, fondée sur cette résolution et reconfirmation, je ne ferai plus aucun effort pour faire des actes de quoi que ce soit; mais, simplement, en touchant cet écrit, mon intention est, et je la mets devant vous, ô mon Dieu ! ma souveraine miséricorde, en qui je mets mon espérance, mon intention, dis-je, est de reconfirmer, approuver et ratifier tout ce que j'ai dit en cet écrit : voilà mes désirs, mes résolutions et affections invariables. Mais, ô mon Dieu! souveraine Vérité qui pénétrez les plus intimes replis de mon cœur, je confesse devant vous mon impuissance, ma misère, ma pauvreté, abjection, mon vrai néant, et qu'il m'est impossible d'accomplir toutes ces miennes résolutions et très-cordiales affections, sans l'assistance toute-puissante de votre divine grâce ; car vous savez le fond de ma misère et de ma faiblesse. C'est pourquoi établissant en vous, ô mon Dieu! tout mon soin, toute mon espérance, et ma force par-dessus tous mes sentiments, prosternée aux pieds de votre miséricorde, ô mon Père très-saint! je vous supplié très-humblement, au nom de votre très-saint Fils, notre Rédempteur, d'avoir pour agréable ces miennes affections, prières, résignations et résolutions, et m'octroyer la grâce abondante qui m'est nécessaire pour les accomplir parfaitement, entièrement et fidèlement, jusqu'au dernier soupir de ma vie.
O doux Jésus, et Sauveur de mon âme! qui êtes la vérité infaillible, vous nous avez promis que ce que nous demanderions à votre Père éternel, en votre nom, il nous le donnerait, faites-moi jouir de l'effet de vos divines et infaillibles promesses; vous savez que tout mon désir est d'être tout à
vous, et que, par votre grâce, je n'ai rien excepté en mes renoncements, que vous seul et le bien d'incomparable bonheur de ne vous point offenser, d'être éternellement vôtre, et conjointe à votre douce et très-équitable volonté pour disposer de moi au temps et à l'éternité, selon votre saint bon plaisir. Que, s'il vous plaît, ô ma chère espérance! que je vous demande la délivrance de mon affliction intérieure, je le fais de tout mon cœur; oui, mon cher Rédempteur, s'il est possible, je vous prie, rendez-moi les sentiments, lumières, connaissances et goûts de votre amour, de la sainte foi et confiance dont votre grâce m'avait favorisée; mais, toutefois, non ma volonté, mais la vôtre toute sainte soit faite, espérant que votre miséricorde n'abandonnera jamais ce qu'il lui a plu mettre en moi par sa seule bonté, puisqu'elle m'a fait la grâce que j'ai tout abandonné pour son saint amour, auquel je me suis toute consacrée et me sacrifie, derechef, de tout mon cœur. Or, puisqu'il vous plaît, mon Dieu, que je n'aie plus de bras pour me porter, ni plus de sein pour me reposer que le vôtre et votre Providence, conduisez-moi, mon cher Maître, vous-même en cette sainte voie; veuillez pour moi tout ce qu'il vous plaira, et que je meure à moi-même et à toutes choses, pour ne plus vivre qu'en vous seul, mon unique vie et assuré refuge; accomplissez en moi vos éternels desseins, sans que j'y donne aucun empêchement. Je confesse, derechef, que je suis tout à fait incapable de tout bien, et d'accomplir ce mien désir et résolution, sans l'aide de votre grâce extraordinaire et puissante; je vous la demande donc en l'honneur de votre saint Jésus, et par la pureté de votre sainte Mère que je choisis pour ma protectrice, invoquant l'assistance de ses prières, celle de saint Joseph, de mes chers Patrons, saint Jean-Baptiste et Evangéliste, saint Pierre et saint Paul, de saint Augustin, mon saint Ange, mon Bienheureux Père, saint Claude, sainte Madeleine, et mes autres protecteurs, et tous les bienheureux Saints et Saintes, désirant
que tous louent et remercient Dieu pour moi. Mon Dieu, qu'ils nous soient tous favorables ; je vous en supplie par vous-même, mon Seigneur Jésus-Christ, que j'adore vrai Dieu, unique Trinité du Père, et du Saint Esprit, un seul vrai Dieu unique. Amen. Amen.
» Sœur Jeanne-Françoise FREMYOT,