‹ Œuvres diversesChapitre 160 sur 281 · QUE LA JOIE ET LE BONHEUR DE L'AME DÉVOTE EST EN LA CROIX · texte numérisé non relu

QUE LA JOIE ET LE BONHEUR DE L'AME DÉVOTE EST EN LA CROIX

PREMIER POINT

Frappant ma poitrine au pied de la croix de mon doux Jésus, vraiment, dirai-je, voilà le Fils de Dieu! jà ! n'advienne que je me glorifie en moi, ni au monde, ni en chose quelconque. Que Jonas se réjouisse sous l'ombre de son lierre, qu'Abraham fasse festin aux anges sous l'arbre, qu'Ismaël soit exaucé sous l'arbre du désert, qu'Elie soit nourri sous le genièvre, en la solitude; quant à nous , nous ne voulons autre joie ni ombre que celle de la croix, autre boisson que le sang qui coule tout au long, autre nourriture que le fruit de vie pendu en la sainte croix.

DEUXIEME POINT

Considérez combien cette croix est vénérable. Ah! dit David, adorez l'escabeau des pieds de Dieu; et que dirons-nous de la croix qui a été le lit, le siège et le trône de ce même Dieu? Jacob adora le bout de la verge de Joseph , et Eslher baise le bout de la verge de son époux Assuérus : hé! donc avec quelle révérence l'âme dévote baisera-t-elle la croix, vrai sceptre royal

de son cher Jésus; ne dira-t-elle pas avec David : 0 vous tous prêchez, et dites que le Seigneur règne par le bois?

TROISIEIME POINT.

Considérez combien les plus chers amis de Dieu ont aimé la croix : la très-sainte Vierge, sacrée Sulamite, montait à tout moment sur cette palme pour en cueillir les fruits; saint Pierre n'avait point d'autre force, saint Paul d'autre gloire, saint Jean d'autre refuge, ni saint André d'autre suavité ; et, quant à notre Bienheureux Père, il protestait que « s'il eût su un petit brin de son cœur qui n'eût pas été marqué de la croix, il se le fût arraché. »

Première affection. — 0 très- sainte croix honorée des membres de mon Sauveur, ah! vous êtes la porte royale qui conduit au temple de la sainieté; hors de là nous n'en trouverons jamais. 0 âmes religieuses! jetez profondément votre esprit dans les plaies que le Seigneur a souffertes sur celte croix, et voyez que vil et vain est le cœur qui niche sur un autre arbre. Je vous salue, ô sainte croix! étendard de salut, palme de vie, épée par laquelle le diable a été tué, remède de l'immortalité, défense de la vie présente, gage de l'éternelle, signe sacré des chrétiens, trophée du Roi Jésus, ô chère et désirable croix! recevezmoi entre vos bras vénérables.

Deuxième affection. — Ah! Jésus, mon Epoux, en baisant et embrassant votre croix, vous baisâtes et embrassâtes toutes nos petites croix , afin de nous les rendre plus aimables : ô mes petites croix, mes petites peines, mes petites répugnances, humiliations pour petites que vous soyez 7 mon Jésus vous a vues, baisées et sanctifiées; comme donc ne vous recevrais -je pas à cœur ouvert. Tout le long du voyage de cette vie , Ton trouve des croix à chaque pas; si ma chair en frémit, toutefois mon cœur les adore. Oui, je vous adore, petites et grandes croix,

intérieures et extérieures, corporelles et spirituelles, indigne que je suis de l'honneur de votre ombre.

Troisième affection. — Hélas ! d'où vient ce malheur, que la révérence à cette croix est tant refroidie? Les anciens dévots et amants de Jésus faisaient toujours ce signe de vie avec grande vénération, en mangeant, en buvant, debout, assis. Quand tu sors, quand tu entres, quand on apporte de la lumière, couvretoi de cette cuirasse, et environne tes membres de ce signe sacré de la croix, et les maux ne t'approcheront point, dit un ancien. 0 saint amant de la croix, hé ! faites qu'à votre exemple j'aime la crucifixion de corps et de cœur. 0 sainte croix! demeurez comme une chaîne très-aimable, et comme un rempart assuré sur ma poitrine.

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