DE LA RÉSURRECTION DU SAUVEUR
PREMIER l'OINT.
Considérez, qu'après qu'un déluge de tourments, de tristesse et de douleur, eut passé sur le Sauveur, il s'éveilla du tombeau par sa propre vertu, il sortit par sa propre puissance, et alla de grand matin visiter sa très-sainte Mère, beau, luisant, subtil, agile et tout glorieux : ô Mère très -sainte, réjouissez -vous! voilà votre cher Jésus plus triomphant que jamais; voilà ce temple que les Juifs avaient démoli , relevé ; voilà le signe de Jonas, arrivé; voilà votre cher Joseph, vivant.
DEUXIEME POINT
Considérez, que la joie fut bien grande en l'arche de Noé, quand la colombe revint y apporter le rameau d'olives, en signe de la cessation des eaux, et que Dieu avait donné le bonheur de sa paix : mais, ô Dieu! de quelle allégresse fut ravie la troupe des apôtres, quand ils virent revenir entre eux la sainte humanité du Sauveur ressuscitée et glorieuse, portant en sa bouche l'olive d'une sainte et agréable paix! Pax vobis , dit-il; ah ! voici le signe indubitable de la cessation des eaux du courroux du Père; voici le signe de la réconciliation des hommes avec Dieu.
TROISIEME POINT
Regardez combien il était requis que le bénin Sauveur allât visiter ses disciples; leur foi, leur espérance et leur charité étaient toutes chancelantes : Magdeleine allait même le chercher pour l'embaumer; les disciples d'Emmaiis disaient : Nous espérions; et le reste de la troupe estimait lés paroles des saintes femmes comme songes. Voilà pourquoi le bon Sauveur, craignant leur péril, comme bon maître, les vint affermir : Je suis bien moi-même, mes chers disciples; «regardez mes mains , voyez mes pieds et la plaie de mon côté. »
Première affection. — O très-sainte et fidèle Vierge ! combien a été douce à votre cœur maternel cette heureuse nouvelle : Votre Fils est vivant ! O saintes filles de Sion ! essuyez vos larmes, voilà votre Bien-aimé venu ! Comme vous avez bu la coupe de ses angoisses, comme à son Benjamin aussi vous donne-t-il la première et la plus grande part de la joie de sa gloire ! Mon àme , révérez en silence ce Fils triomphant de cette Mère consolée.
Deuxième affection. — Ah! doux Jésus, si tout mon petit
peuple intérieur était bien ramassé et en souci de votre venue, vous me feriez la grâce de m'apporter cette douce parole : Paix vous soit! 0 mon cœur ! si nous avions une fois reçu la paix de Jésus, ah! le monde ne nous pourrait jamais troubler. Sainte paix, chantée par les Anges à la naissance du Sauveur, et donnée par lui-même en sa résurrection, eh! soyez à jamais en mon cœur! c'est maintenant que je crois tout de bon que mon Rédempteur est vivant, et qu'au dernier jour je ressusciterai.
De là je dois tirer cette invariable résolution : donc je ne profanerai pas ce corps au mal; et comme je ne le flatterai pas, puisqu'il doit périr, aussi le garderai-je comme devant ressusciter en gloire; puisque mes yeux doivent voir le Sauveur éternellement, ah! je les retirerai de tous les inutiles et vains objets. Puisque je dois recevoir le baiser de la bouche de l'Époux glorieux, donc je ne laisserai point couler entre mes lèvres de discours indévots, de paroles irréligieuses, de fâcherie, de murmure, d'excuse, et ainsi de tous mes autres sens.
Troisième affection. — Venez, mon Bien -aimé, affermissez ma foi, car elle honore votre Père, s'appuyant sur sa puissance; mon espérance, parce qu'elle se fonde sur votre rédemption; ma charité , parce qu'elle embrasse la bonté du Saint-Esprit. Eh! cher Amant, que voulez-vous dire, montrant vos plaies, sinon : Avez- vous besoin de force? voici mes mains; avez-vous besoin de cœur? voici le mien; êtes-vous colômbelle? voici le trou delà pierre angulaire, venez-vous y reposer. Ah! Seigneur, j'ai besoin de tout cela; et encore je suis malade et captive, mais je vais à vous, et j'y trouve ma médecine et ma rédemption.