TRENTE-DEUXIEME MEDITATION
PREMIER POINT
Considérez, que notre sanctification étant en la volonté de Dieu, il ne faut pas douter que toute notre perfection et tout bien ne soient en icelle. Ah! que le cœur sera heureux et paisible, qui, par un saint amour et totale soumission, éprouvera en toutes choses que la divine volonté est bonne, plaisante et parfaite !
DEUXIEME POINT
Considérez que cette volonté de Dieu est la reine souveraine de l'univers : rien n'est fait que par son obéissance; elle ordonne de tout, hors le péché, et nous devrions voir tout ce qui est, enserré dans cette volonté, sans qu'il y ait ni puisse avoir d'autre cause. Oh ! que les âmes religieuses seraient heu-
reuses si elles regardaient tout dans cette heureuse origine, et si elles recevaient tout comme venant de celte sainte volonté, en tout il nous devrait sembler d'ouïr cette parole d'Habacuc, dite au prophète Daniel : « Prends cela, que le Seigneur t'en- » voie. »
TROISIEME POINT
Considérez que le Fils Éternel de Dieu nous est venu luimême apprendre la soumission et révérence due à la suprême volonté, non-seulement en ce qu'il dit n'être pas venu faire sa volonté, mais celle de son Père ; mais encore en sa résignation : Père, s'il est possible , que ce calice passe; mais votre volonté soit faite et non la mienne. Et ce divin Maître nous enseigna à demander tous les jours que la volonté de Dieu soit faite en la terre comme au ciel; et enfin il conclut toute la course de sa vie mortelle, par la remise et la démission de soi-même à la volonté et disposition de son Père Eternel : Mon Père , je remets mon esprit entre vos mains.
Première affection. — 0 très-sainte et divine volonté de mon Dieu ! puisque le caractère et marque infaillible des vraies Filles de ma sainte Congrégation est de vous voir et de vous suivre en toutes choses, je veux tout de bon entreprendre ce saint exercice ; mais, ô sainte volonté! en quoi vous connaitrai-je pour vous suivre? car il m'est grandement bon d'adhérer à vous. Certainement je vois vos volontés en vos commandements; car si je les garde , je serai aimée de vous et de votre Père ; je la connais en mes règles, mes vœux et observances, c'est pourquoi je les observerai soigneusement, car il est dit : « Vouez et rendez vos vœux à Dieu. » Je la connais par la voie de mes supérieurs, car il est dit : « Soyez sujet à vos supérieurs et leur obéissez; qui les écoute m'écoute. » Je la connaîtrai par les volontés justes de mes prochains : « Ce que tu voudras que ton
frère te fasse, fais-lui pareillement. » Bref, comme je vois cette divine volonté en tout, je l'honorerai avec sa grâce et la suivrai en tout.
Deuxième affection. — Ah ! ma propre volonté, il est temps de mourir à vous-même, car je ne veux plus vivre qu'en la volonté de mon Dieu : je la veux suivre comme ma princesse et maîtresse , qu'elle soit écrite en grosses lettres au commencement du livre de mon âme; mon propre jugement, il ne vous appartient pas de plus discerner, discourir, ni voir, il suffit de vous soumettre à la suite de la divine disposition. 0 mon Dieu! conduisez-moi en votre volonté, faites-moi passer par le froid, par le chaud, par la lumière, par les ténèbres, par l'emploi, par le repos. Quand vous me mèneriez jusques aux portes de la mort, je ne craindrais point sous votre conduite.
Troisième affection. — Oui, mon Père céleste, votre volonté soit faite en la terre, où les consolations sont rares et les travaux innombrables. Prenez pour pratique quotidienne, ô mon âme! quand quelque chose vous fâchera, de dire : Non ma volonté, mais celle de Dieu soit accomplie.