TRENTE ET UNIEME MEDITATION
PREMIER POINT
Considérez, que l'amour que Dieu nous porte est si grand, qu'il emploie sa sagesse, sa puissance et sa bonté, pour nous conduire à notre fin, par les moyens qui nous sont le plus con venables et proportionnés , et non-seulement sa divine Providence veille sur les choses les plus importantes qui concernent notre salut, mais sur toutes les moindres choses de notre vie : un de nos cheveux ne tombe pas sans sa Providence, et même il en sait le nombre, et les hommes et les démons n'en oseraient toucher un sans son ordre.
DEUXIEME POINT
Considérez que cette divine Providence fait tout pour nous , avec poids, nombre et mesure, dit PEcrilure Sainte. Or, voyez donc quelle obligation vous avez de quitter le soin de vousmême; ne regardons donc jamais les choses qui nous arrivent, soit bien, soit mal, en elles-mêmes ; car, ou elles nous enor-
gueilliraient, ou elles nous troubleraient et accableraient d'angoisses; mais voyons tout en la Providence de notre Dieu qui, avec un amour incompréhensible, emploie toute sa sagesse, puissance, et bonté à la conduite d'une si petite créature, pour la faire arriver à sa fin bienheureuse.
TROISIÈME POINT
Voyez combien Dieu se sent offensé, quand on s'ôte d'entre les mains de sa douce Providence, pour se vouloir conduire à sa fantaisie : oh! qu'il prit mal aux enfants d'Israël d'avoir fait cette faute ! car, sortant de la douce Providence, ils tombèrent en la sévère Providence ; ils voulurent un roi pour les conduire, et furent faits misérables.
Première affection. — 0 Père Eternel! votre Providence gouverne toutes choses; et, certes, c'est chose étrange qu'étant filles d'un tel Père, qui veille sur nous d'un œil si vigilant, nous puissions avoir autre souci que de le bien aimer et servir. « Ah! disait notre saint Fondateur, mon âme n'a point d'autre » rendez-vous qu'à cette sainte Providence de Dieu : ô mon » Dieu! vous me lavez enseigné dès ma jeunesse, et jusque s à » jamais j'annoncerai vos merveilles. »
Deuxième affection. — Je vous adore, ô souveraine sagesse, puissance et bonté , qui prenez un soin si amoureux de tous les moments de ma vie : ô âmes religieuses ! notre vrai lendemain est en la Providence divine. Regardez les lis des champs, ils ne sèment ni ne filent, et la divine Providence du Père céleste les habille mieux que ne fut jamais Salomon en toute sa gloire : ah ! mon Dieu, que je désire avoir désormais en grand honneur tout ce qui m'arrivera. Non, je ne dirai point que j'ai trop d'afflictions, de mortifications et de peines, car vous en avez compté le nombre; je ne dirai point qu'elles sont trop pesantes, car
vous avez pesé leur poids, et les forces que vous me voulez donner; je ne dirai non plus qu'elles sont trop longues, car vous en avez pris la mesure.
Troisième affection. — Ainsi, mon Seigneur, je ne me veux plus mêler, sinon de me laisser conduire à vous : le Pasteur qui me guide est le Seigneur tout-puissant ; rien ne me défaudra jamais ; non, jamais je ne me veux mêler de moi-même, je lui en laisse le soin; qu'il fasse choix du lieu de mon séjour, de mon emploi, de ma consolation, de mon mépris, de ma santé, de ma maladie, de rna mort, de mon salut; je ne veux m'altendre qu'à suivre sa conduite et le laisser absolu.