ARTICLE VINGT-TROISIÈME
SON SACRE, ET LA PRÉPARATION Qu'lL Y APPORTA.
Ad vigesimum tertium respondit :
Je dis que notre Bienheureux m'a dit que, retournant de Paris en l'année 1602, il sut, à Lyon, le décès de feu mon dit seigneur de Granier son prédécesseur, et qu'en même temps il se consacra à Dieu pour le servir, et les âmes qu'il mettait sous sa charge, sans réserve de vie ni de chose quelconque; il fit cette résolution avec tant de force qu'elle ne partit jamais de son esprit. Quand il fut arrivé au pays , il se relira à Sales où il fit venir le révérend Père Fournier, jésuite. Il se prépara pour sa consécration par plusieurs exercices spirituels, examen et confession générale où il reçut de grandes grâces et consolations divines; il forma derechef dans son esprit, et mit dans son cœur des résolutions convenables à bien servir Dieu en cette charge; il se prescrivit des règles, lesquelles j'ai vues écrites de sa main, et les ai lues; il choisit le jour de la Conception de Notre-Dame pour être sacré.
La cérémonie se fît dans l'église paroissiale de Saint-Maurice de Thorens, où il avait été baptisé , et il fut sacré par monseigneur l'archevêque de Vienne, l'ancien, et les évêques de Saint-Paul et de Damas. Ce très -humble serviteur de Dieu m'instruisant pour me préparer, par méditation, à une confession générale, me raconta qu'en cette action de son sacre il lui
sembla naïvement que la très -adorable Trinité imprimait intérieurement dans son âme ce que les évêques faisaient extérieurement sur sa personne; que de même il lui semblait voir la très-sainte Mère de Notre -Seigneur qui le mettait sous sa protection, et les apôtres saint Pierre et saint Paul à ses côtés qui le protégeaient: voilà, ce me semble, ses mêmes paroles.-
Il me dit aussi qu'il fut, environ six semaines après son sacre, fort occupé dans des sentiments intérieurs de dévotion, et en la grandeur du ministère auquel il était appelé, et de l'excellence de sa dignité , de sorte qu'il honorait jusqu'aux moindres de ses vêtements. Voici les paroles qu'il écrivit quelques années après en une lettre : « Après ma consécration en » Pévêché, que venant de ma confession générale, et d'emmi » les anges et les saints entre lesquels j'avais fait mes nouvelles » résolutions , je ne parlais que comme un homme étranger du » monde; et quoique le tracas ait un peu alangouri les bouil- » lonnements du cœur, les résolutions par la grâce divine y sont » demeurées. 55 Une autre fois ce Bienheureux écrivant de cette action en une lettre, il dit : « Quand je fus consacré évêque, w Dieu m'ôta à moi-même pour me prendre à lui, puis il me » donna au peuple, c'est-à-dire qu'il m'avait converti de ce que » j'étais pour moi à ce que je fusse pour eux, et ainsi puisse- » t-il avenir qu'ôtés à nous-mêmes, nous soyons convertis à lui- » même par la souveraine perfection de son saint amour! »
Et parce que la révérende déposante, à cause qu'il était tard, n'a pas poussé plus loin sa déposition , elle l'a continué le jour suivant, 28 juillet, en présence de l'illustrissime et révérendissime seigneur André Frémyot, archevêque de Bourges, et de l'illustrissime et révérendissime seigneur évêque de Belley, et du révérend sieur George Ramus, juges délégués.
Je dis encore, sur le précédent vingt-troisième article, qu'après cette action ou sacre, notre Bienheureux s'en vint en
cette ville d'Annecy, lieu de sa résidence, où on le reçut avec les honneurs accoutumés en telles occasions; le clergé avec le peuple universellement le reçurent avec un applaudissement non pareil, témoignant par un excès de joie le ressentiment extrême qu'ils ressentaient d'avoir pour père et pasteur celui qu'ils avaient en si haute estime de vertu. Notre Bienheureux Père leur répondit avec une débonnaireté incroyable. Et ceci est vrai, notoire et public.