‹ Œuvres diversesChapitre 191 sur 281 · SA FOI · texte numérisé non relu

SA FOI

Ad vigesimum quartum respondit :

Je dis que j'ai jà déposé sur l'article second que c'est chose toute véritable et publique que notre Bienheureux a été élevé et nourri par ses parents, dès son enfance, à la très-sainte foi catholique, apostolique et romaine; qu'il y a persévéré jusqu'à l'extrémité de sa vie, et qu'il a été très-remarquable en cette vertu toute sa vie. Ses actions, ses paroles, ses prédications, ses livres, les fatigues et travaux qu'il a soutenus dès qu'il fût appelé à l'Ordre sacré de prêtrise, et le nombre trèsgrand des hérétiques qu'il a convertis à la foi catholique, et des catholiques qu'il a retirés de leur mauvaise vie, avec les fréquentes disputes qu'il a faites contre les hérétiques jusqu'à la fin de sa vie, publient cette vérité hautement. Chacun sait, comme j'ai déjà dit, que ce Bienheureux a travaillé trois ans durant à la conversion des hérétiques de Chablais, et que communément on l'appelle I'Apotre de ce lieu-là.

Voici ce que ce Bienheureux Prélat m'en écrivit un jour, au retour de sa visite : « Je reviens, dit-il, du bout de mon

« diocèse, qui est du côté des Suisses, où j'ai achevé l'éta- » bassement de trente- trois paroisses, auxquelles, il y a » onze ans, il n'y avait que des ministres, des hérétiques. » J'y fus en ce temps-là trois ans tout seul à y prêcher la foi v catholique, et Dieu m'a fait avoir en ce voyage une con- 55 solation entière; car, au lieu que je n'y trouvai que cent 55 catholiques en tout le Chablais, je n'y ai pas mainte- 55 nant trouvé cent huguenots. 55 Et ceci est vrai, notoire et » public.

Je dis encore, sur le même article vingt-quatrième, que c'est une vérité toute certaine que tous ceux qui ont fréquenté notre Bienheureux Prélat ont reconnu que son entendement était très-excellemment illuminé des mystères de notre sainte foi, de laquelle chacun croit qu'il avait reçu le don en éminente perfection; et un jour, comme il m'instruisait sur ce sujet, il me dit des choses admirables de l'excellence de la sainte foi catholique, ajoutant que Dieu l'avait gratifié de beaucoup de lumières et de connaissances pour l'intelligence des mystères de notre sainte foi; et qu'il pensait bien posséder le sens et l'intention de l'Eglise aux mystères qu'elle enseigne à ses enfants; aussi ne s'est-il pu voir une àme plus étroitement unie à la foi

de la sainte Eglise, comme était la sienne. Je sais que ce Bienheureux avait un amour très-amoureux pour la sainte Eglise, et qu'il l'honorait et obéissait jusques aux moindres de ses ordonnances.

Les doctes qui l'ont pratiqué ont dit , que Dieu avait répandu en son esprit des clartés et des connaissances tout extraordinaires, pour l'explication des passages les plus difficiles de l'Ecriture sacrée, lesquels il faisait entendre avec tant de facilité , que les doctes et le simple peuple en demeuraient entièrement satisfaits. Le révérend père dom Jean de Saint-François, général des Feuillants, le révérend père Louis de la Rivière, minime, le révérend Philibert de la Bonneville, provincial des

révérends pères capucins, témoignent hautement, dans les livres qu'ils ont écrits de sa vie, celte vérité.

Pour moi, j'ai reconnu clairement que ce don de foi qu'avait reçu notre Bienheureux Père était accompagné de grandes clartés, de certitudes, de goûts et de suavités extraordinaires; car Dieu avait répandu au centre de son âme une lumière si claire, qu'il voyait d'une simple vue les vérités de la foi; et je sais qu'il soumettait son entendement à ces vérités-là, avec un entier accoisement de son esprit et de sa volonté ; il appelait le lieu où ces clartés se faisaient le sanctuaire de Dieu , où rien n'entre que la seule âme avec son Dieu.

Une fois, étant ce Bienheureux avec les députés du roi trèschrétien au bailliage de Gex, dépendant de son diocèse, où il était allé rétablir le saint exercice de la religion catholique en quelques paroisses, il écrivit, et j'ai vu et lu les lettres écrites de sa main : « Hélas! dit-il, je vois ici ces pauvres brebis er- » rantes, je traite avec elles, et considère leur aveuglement pal- » pable et manifeste. 0 Dieu! la beauté de notre sainte foi en 5> paraît si belle, que j'en meurs d'amour, et m'est avis que je » dois serrer le don précieux que Dieu m'en a fait dedans un » cœur tout parfumé de dévotion. Remerciez cette souveraine » clarté qui répand si miséricordieusement ses rayons dedans mon » cœur, qu'à mesure que je suis parmi ceux qui n'en ont point, » je vois plus clairement et distinctement sa grandeur et sa dé- » sirable suavité. Dieu, qui en cela m'assiste, veuille retirer et » ma personne et mes actions à sa gloire, selon mon souhait! »

Une autre fois , ce Bienheureux écrivant la conversion de deux hérétiques, personnes signalées, qu'il était allé recevoir au giron de l'Église, environ cinquante milles d'ici, il dit : « Quelles actions de grâces dois-je rendre à ce grand Dieu, » que moi, attaqué par tant de moyens pour me rendre à l'hé- » résie, et si souvent invité par tant d'amorces en un âge si « jeune, si frêle et si chétif, et ayant fait un si grand séjour

» parmi les hérétiques , et que jamais je ne lui ai pas voulu seu- » lement regarder au visage, sinon pour lui cracher sur le nez, » et que mon faible et jeune esprit, parcourant par tous leurs » livres les plus empestés, n'ait pas eu la moindre émotion de » ce malheureux mal ; ô Dieu î quand je pense à ce bénéfice, je » tremble d'horreur de mon ingratitude. »

Aussi, en l'extrémité de sa vie, quand on lui demanda s'il n'avait point quelque doute sur la foi, que plusieurs Saints avaient été tentés en ce passage, il répondit humblement, mais fortement : Ce serait une grande trahison à moi.

Une personne m'a dit qu'ayant été travaillée deux ans d'une forte tentation contre la foi du Très-Saint Sacrement, elle en fut délivrée à la première fois qu'elle en parla à ce Bienheureux; et moi, après plusieurs années de semblable travail, n'en sus être allégée que par ses instructions, et je crois fermement que ses prières m'en ont obtenu l'entière délivrance. Il m'assurait avec une fermeté incroyable, que la foi catholique, apostolique et romaine était le seul et unique chemin du ciel, qu'il n'y en avait point d'autre, et, quelque chose qu'on y rencontrât, qu'il le fallait toujours suivre. Il me disait, ce Bienheureux, ces choses et autres avec tant d'efficace, qu'il me donnait une force non pareille contre cette tentation, que j'en demeurais toute satisfaite et encouragée. Et tout ceci est très-vrai.

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