SA MAGNANIMITÉ
Ad quadragesimum primum articulum respondit :
Je dis que notre Bienheureux avait un si grand et noble courage, si généreux et magnanime, qu'il n'était sujet à aucune
créature, ni autre chose quelle qu'elle fût; ains était au-dessus de tout cela quand il s'agissait de la gloire de Dieu. Il ne dépendait ni des honneurs, ni des bonnes fortunes, ni des faveurs des grands, desquelles il se riait; il ne dépendait non plus de mort ni de vie , de parents ni d'amis ; son esprit régentait audessus de tout cela. Voilà quelle était la magnanimité de notre Bienheureux.
Elle a encore paru, sa magnanimité, en l'entreprise d'une infinité de grandes et difficiles actions qu'il a faites , comme il appert par les dépositions que j'ai ci-devant faites en l'article 28e, au traité de la force.
Il m'écrivit une fois qu'il avait fait mille traits de courage par une vraie simplicité, « non pas certes, dit-il, simplicité d'esprit; car je ne veux pas parler doublement, mais simplicité de confiance en Dieu » ; ce qu'il me disait au sujet du passage qu'il fit par la ville de Genève depuis qu'il fut évêque , allant à Gex pour le rétablissement de la foi catholique en plusieurs paroisses; car trouvant un péril éminent de passer le Rhône au port, il tourna généreusement du côté de Genève pour passer leur pont ; il traversa toute la ville , non avec moindre péril de sa vie , à ce que l'on dit, qu'à l'admiration de ceux qui le surent être résolu à ce passage. Que s'il eût été interrogé de sa qualité, il eût plutôt souffert la mort que de la dénier, ayant commandé à ses serviteurs qu'étant enquis à la porte qui était ce personnage à la suite duquel ils étaient, ils répondissent que c'était l évêque du diocèse , ce qu'ils firent.
Jamais ce Bienheureux ne s'est attribué, ni aux siens, les honneurs que tant de grands princes , princesses et seigneurs de toute qualité lui ont rendus. Il référait tout à Dieu; il ne s'en est prévalu, sinon en quelque occasion qui regardait la gloire de Dieu et l'utilité du prochain , comme pour l'établissement des pères Barnabites en cette ville d'Annecy et en celle de Thonon, et pour notre religion, et telles autres œuvres auxquelles
il avait besoin de l'autorité des princes et quelquefois de leur secours temporel, comme aussi pour obtenir d'eux le repos de plusieurs personnes qui étaient molestées injustement, et procurer à d'autres quelques faveurs et assistances, même pour des pensions des pauvres convertis à notre religion catholique.
Quand Son Altesse Sérénissime de Savoie lui donna la charge de grand aumônier de madame la sérénissime princesse de Piémont, il m'écrivit : «Vous me croirez, je pense aisément, 5) quand je vous dirai que je n'ai directement ni indirectement » ambitionné cette charge; non véritablement, car je ne sens 55 nulle sorte d'ambition que celle de pouvoir utilement employer » le reste de mes jours au service de l'honneur de Notre-Sei- » gneur. »
Il dit une fois sur certaines propositions de l'intérêt particulier : « Comment m'estimeriez-vous de si peu de courage , que " de prétendre autre récompense que celle de l'éternité. La cour 55 m'est en souverain mépris , parce que ce sont les souveraines 55 délices du monde que j'abhorre de plus en plus, et toutes ses 55 maximes. »
Il voyait que ce serait un grand bien à son évêché que monsieur son frère lui succédât , il n'en parla jamais au prince , et m'écrivit, quand Son Altesse de Savoie lui eut donné le brevet de la coadjutorerie, que directement ni indirectement il ne l'avait recherché, ni demandé. Et tout ceci est vrai et notoire.