‹ Œuvres diversesChapitre 209 sur 281 · SES SOIXS POUR LA PERFECTION DES . ORDRES MOXASTIQUES · texte numérisé non relu

SES SOIXS POUR LA PERFECTION DES . ORDRES MOXASTIQUES

Ad fuadragesimum tertium articulum respondil :

J'ai toujours vu en notre Bienheureux Fondateur une trèsgrande affection pour la réformation des maisons religieuses de l'un et de l'autre sexe, et pour la perfection des âmes que Dieu appelle à cette sainte vocation 5 et pour cela il dressa de sa main d'excellents mémoires qu'il donna à monseigneur le prince de Piémont qui désirait la réforme des monastères qui sont en ses Etats.

Le soin et le travail qu'il a pris pour plusieurs maisons religieuses, comme de Sainte-Catherine de l'Ordre de Saint-Bernard, maison sise proche de cette ville d'Annecy, où Dieu a béni son labeur, les religieuses y vivant aujourd'hui avec beaucoup de piété et bonne odeur, quoique non renfermées; et c'est pourquoi quelques-unes des plus ferventes, par l'avis de notre Bienheureux, se retirèrent à Rumilly, petite ville de ce diocèse, où elles vivent en clôture avec tant de perfection, qu'elles ont attiré quantité de religieuses de cet Ordre et plusieurs filles séculières, qui ont fait trois ou quatre maisons de cette réforme à la grande gloire de Dieu. Mais jamais on ne saurait écrire la patience que ce Bienheureux exerça envers la mère abbesse de Sainte-Catherine pour la gagner et lui faire agréer qu'il confessât ses religieuses, ce qu'elle ne voulait point, bien que toutes les religieuses le désirassent ardemment, et de lui communiquer entièrement leurs consciences; car comme quelques-unes m'ont dit, que sa seule présence leur donnait de la dévotion et de la haine du péché.

Il mit la réforme au prieuré de Talloires, Ordre de Saint-Benoit, et y travailla grandement pour cela; aussi en l'abbaye de m. 14

Sixt en son diocèse, qui est de chanoines réguliers de Saint-Augustin, et leur prescrivit des règles selon lesquelles ils vivent et servent Dieu. Il alla deux fois en une abbaye de Bourgogne de l'Ordre de Saint-Benoît.

Il a rétabli la dévotion due à la sainte Vierge sous le titre de la Visitation, qui était anciennement devant le ravage de l'hérésie en la montagne de Voiron à neuf milles l proche de Genève où il a établi une congrégation d'ermites auxquels il a donné des règles, et j'ai appris qu'ils vivent avec tant de bonne odeur et de piété, qu'ils édifient par leurs bons exemples tout le voisinage qui en reçoit beaucoup de profit spirituel, et plusieurs de Genève même y vont secrètement en pèlerinage.

Il avait eu dessein encore d'établir d'autres congrégations en son évêché, entre autres les pères de l'Oratoire qu'il voulait mettre à Rumilly, mais son décès empêcha l'accomplissement.

Il a établi deux collèges des pères barnabites en ce diocèse , comme il a été dit, et finalement il institua notre Ordre de la Visitation de Sainte Marie à l'imitation duquel s'est ensuivi la réforme de plusieurs monastères, lesquels y ont été poussés par la douceur et la suavité qu'ils ont remarquées en notre manière de vie.

Les considéralions qui le murent à cela furent purement divines et conformes à des pensées que Dieu lui avait inspirées longues années auparavant; et de fait ceux qui en ont vu et su la naissance et le progrès n'en peuvent attribuer l'origine à aucune raison humaine, et grâces à Dieu cet ordre fleurit en piété et donne si bonne odeur, que depuis dix-sept ans qu'il est établi, il s'est multiplié de grand nombre de filles et de maisons, par les meilleures villes de la Savoie, de la France et de la Lorraine, jusqu'au nombre de vingt-huit monastères établis, et

1 Environ quatre lieues.

plusieurs qui sont prêts à faire, tant en Piémont qu'en plusieurs autres lieux de la France.

Bref, l'on ne saurait dire Je zèle ardent qu'il avait pour la perfection des âmes religieuses. Il dit un jour, mais ceci avec un sentiment tout extraordinaire : « Si une personne séculière » me demandait le moyen de faire son salut, je lui répondrais : v Vous le ferez infailliblement si vous observez les commandev menlsde Dieu. Mais une religieuse, je lui dirais : Si vous êtes » tout à Dieu sans 'point de milieu. Le roi souverain veut tout 5) ou rien, il veut tout à fait régner ou rien du tout. Ce ne sera 55 pas Dieu qui jugera les religieux et les religieuses , ce sera 5) les saints qui leur représenteront ; nous avons eu la même 5 chair , les mêmes os que vous avez, néanmoins nous avons 55 marché par le chemin qui nous a été frayé de notre maître. » Il disait aussi qu'il valait mieux être froid que tiède, parce qu'au moins le froid se faisait connaître, mais les tièdes le Fils de Dieu ne les peut souffrir; il les regorge de sa poitrine. Et ceci est vrai, notoire et public.

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