‹ Œuvres diversesChapitre 21 sur 281 · SIXIÈME PAPIER · texte numérisé non relu

SIXIÈME PAPIER

Dieu m'a fait voir, ce matin, en l'oraison, que je ne me dois plus du tout voir ni regarder mais lui seul, cheminant à yeux clos, appuyée sur mon Bien-Aimé Jésus, sans vouloir voir ni savoir le chemin par où il me conduira, ni non plus avoir aucun soin de chose quelconque, non pas même de lui rien demander, mais demeurer simplement toute perdue et reposée en lui, en ce très-pur regard, sans mélange d'autre chose. Dieu soit béni dans mon cœur.

VIVE t JÉSUS.

Avis de notre saint fondateur a notre digne mère, copiés par

ELLE-MÊME, DANS LE PROPRE LIVRE DE SES CONSTITUTIONS, PRECIEU- SEMENT GARDÉ A NOTRE MONASTÈRE DE RENNES '.

Je désire que vous soyez extrêmement humble et petite à vos yeux, douce, condescendante et simple comme une colombe, que vous aimiez votre abjection, et la pratiquiez fidèlement,

1 Ce livre avait été donné, par notre sainte Mère, à la Mère Claude-Agnès Joly de la Roche , au moment de son départ pour diverses fondations qui devaient l'éloigner pour toujours de sa sainte fondatrice.

employant de bon cœur toutes les occasions qui vous arriveront pour cela. Ne soyez pas prompte à parler, ains répondez tardivement, humblement, doucement, et dites beaucoup en vous taisant par la modestie et égalité.

Supportez et excusez fort le prochain et avec une grande douceur de cœur.

Ne philosophez point sur les contradictions qui vous arriveront; ne les regardez point, mais, Dieu, recevant toutes choses sans exception de la main de Dieu, acquiesçant à tout trèssimplement.

Faites toutes choses pour Dieu , unissant ou continuant votre union par de simples regards ou écoulements de votre cœur en lui.

Ne vous empressez de rien, faites toutes choses tranquillement, en esprit de repos. Pour chose que ce soit, ne perdez votre paix intérieure, quand bien tout bouleverserait; car qu'est-ce que toutes les choses de cette vie, en comparaison de la paix du cœur?

Recommandez toutes choses, tout à Dieu, et vous tenez coye et en repos dans le sein de sa paternelle Providence.

En toutes sortes d'événements, n'arrêtez votre vue ailleurs; soyez fidèlement invariable en cette résolution, de demeurer en une très-simple unité et unique simplicité de la présence de Dieu, par un amour de parfaite confiance, vous délaissant à la merci de l'amour et du soin éternel que la divine Providence a pour vous. Quand vous trouverez votre esprit hors de là, ramenez-l'y doucement, et très-simplement. Demeurez invariable en la très-sainte nudité d'esprit, sans vous revêtir jamais d'aucuns soins, désirs, affections ni prétentions quelconques, sous quelque prétexte que ce soit.

Notre-Seigneur vous aime, il vous veut toute sienne. N'ayez plus d'autres bras pour vous porter que les siens, ni d'autre sein pour vous reposer que le sien et sa Providence; n'étendez

votre vue ailleurs et n'arrêtez votre esprit qu'en lui seul. Tenez votre volonté si simplement unie à la sienne que rien ne soit entre deux; oubliez tout le reste, ne vous y amusant plus; car Dieu a convoité votre nudité et simplicité; demeurez là en repos, en esprit de très-simple confiance. Prenez bon courage et vous tenez humble devant la divine Providence. Ne désirez rien que le pur amour de Notre-Seigneur.

Ne refusez rien, pour pénible qu'il soit. Revêtez-vous de Notre-Seigneur crucifié; aimez-le en ses souffrances, et faites des oraisons jaculatoires là-dessus. Amen. Amen.

Faites bien ceci, ma très-chère Mère, ma vraie fille; mon âme et mon esprit vous bénit de toute son affection, et Jésus soit celui qui fasse, en nous, de nous, par nous, et pour lui, sa très-adorable volonté. Amen.

J'ai, grâces à Dieu, les yeux fixés sur cette éternelle Providence, de laquelle les décrets seront à jamais les lois de mon

cœur.

François, évêque de Genève.

Oraison a notre saint fondateur , composée par notre digne mère , et écrite de sa propre main dans le même livre.

0 très-heureux saint François de Sales, vraiment très-saint serviteur de Dieu , le cher et très-assuré guide de mon âme, le don précieux de mon Dieu; mon vrai Père, dis-je, mon trèsdoux maître, et maintenant mon fidèle avocat : regardez nos nécessités, et le cœur que Dieu a joint au vôtre, ne permettez pas qu'il en soit jamais désuni. Car, souvenez-vous que vous m'avez promis que cette union serait éternelle; faites donc, mon Père très-vénérable, par vos saintes intercessions, que je sois si fidèle à l'observance des choses que vous m'avez ensei-

gnées, que je parvienne à cette souveraine unité de laquelle vous jouissez si glorieusement, afin qu'avec vous, je puisse, en la compagnie de la glorieuse Vierge et des saints, louer, bénir, aimer éternellement le souverain Bien-Aimé de nos âmes. Ce que je vous demande, non-seulement pour moi, mais pour tous les enfants de la sainte Eglise, et, en particulier, pour celles de la chère Congrégation que vous avez engendrée en Notre-Seigneur, et dont vous aviez mémoire en vos saintes prières pendant votre pèlerinage.

Vous voyez, ô mon Père très-saint, les désirs de mon âme, je ne vous les exprimerai pas. Vous savez en quelle vénération vous m'êtes; vous voyez mes larmes et mes sentiments, et la confiance parfaite que je veux avoir en votre sainte protection, mon Père, mon maître et mon saint; souvenez-vous que mon Dieu m'a donnée à vous, et vous à moi; ayez donc un soin continuel de moi, je vous en prie, afin que parfaitement j'accomplisse la volonté de mon Dieu sans réserve, sans réserve. Ainsi soit-il.

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