DE 1629 A
Au commencement de mon essai, sortant de ma confession générale, après avoir bien pleuré devant notre Bienheureuse Mère, Sa Charité me dit de ne plus m amuser à ces enfances, que mes larmes étaient un effet de mon amour-propre , qu'il fallait me remettre en Dieu, et espérer tout de sa miséricorde y après cela , elle me dit :
Retenez ces quatre documents que je vous donne :
Le premier : ne faites jamais de faute, pour petite qu'elle soit, volontairement, je dis d'une volonté absolue, déterminée et choisie , ne laissant d'ailleurs aucun bien à faire de ceux que vous connaîtrez que Dieu vous demande que vous fassiez, et après, tenez votre cœur en liberté.
Le deuxième : ne vous laissez jamais troubler de vos manquements passés, présents et à venir ; je ne veux plus que vous en entreteniez aucune peine, ni inquiétude.
1 Ces conseils furent trouvés tels par la Mère de Lucinge, dans es papiers de la Mère de Chaugy. (Archives du premier monastère de la Visitation d'Annecy.)
Le troisième : humiliez-vous profondément devant Dieu de vos moindres péchés ; remarquant que le mal est le fruit de votre terre, comme le moindre bien que vous ferez est celui du secours de la grâce de Notre-Seigneur. Proposez-vous , avec l'aide de cette même grâce, de faire quelque bonne pratique de vertu, pour réparer le manquement commis.
Le quatrième : c'est la fidélité à la présence de Dieu, et à donner à toutes vos actions l'unique fin de plaire à sa divine Majesté.
Enfin, ma fille, humiliez-vous, humiliez-vous, humiliezvous; faites tout le bien que vous pouvez, évitez tout le mal que vous connaissez, afin que vos fautes ne soient jamais que de pure fragilité et surprise, et faites qu'elles vous humilient sans vous troubler. L'orgueil nous fait pleurer de nous voir imparfaites , mais la vraie et humble contrition nous fait humilier pour nous faire profiter même de nos chutes.
UNE AUTRE FOIS
Ma fille, mortifiez fortement votre orgueil; je suis fort aise que votre maîtresse y travaille, mais secondez-la fidèlement. Je vous prie, pensez souvent à ces paroles de Notre-Seigneur :
Sur qui reposera mon esprit, si ce ri est sur l'humble de cœur ?
Et à ces autres : L'esprit de Dieu et celui de superbe ne s'accordent pas. Il faut que l'un ou l'autre sorte de notre âme. Hâtez-vous donc de faire sortir promptement de votre cœur la propre estime, l'amour de votre volonté, de votre jugement, et tout ce qui est contraire à l'esprit légitime de cette sainte vocation que vous venez d'entreprendre.