UNE AUTRE FOIS, CETTE BIENHEUREUSE ME DIT
Je suis fort aise que votre maîtresse vous défende ces grandes et belles imaginations et spéculations dans vos oraisons, parce
que votre esprit aime les choses qui lui donnent plus de science, de connaissance et de lumière, que celles qui le portent à la pratique, à l'affection du cœur et à l'amendement; plus à la vanité qu'au désir de devenir humble.
Voici donc comme vous devez faire, par exemple : vous prenez, pour sujet de votre méditation, la flagellation de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Ne vous représentez point un beau jeune homme, avec plusieurs bourreaux autour de lui pour le flageller; mais mettez-vous en la présence de Dieu, et après la première préparation, sans vous rien imaginer, pensez tout simplement que Notre-Seigneur, tout innocent, a voulu souffrir l'ignominie de la flagellation , souffrant pour votre amour cet horrible tourment, et là-dessus, entretenez-vous avec sa bonté, en lui disant : Mon Seigneur et mon Dieu, c'est à cette heure que j'apprends que vous êtes humble et doux de cœur; goûtez eu silence ces paroles, et après, prononcez celles-ci tout doucement : 0 que vous avez souffert pour moi, mon Sauveur! je le sais, et comme la foi me l'apprend, je ne veux autre connaissance que celle qu'elle me donne. Vous vous êtes toujours humilié, et je me veux toujours élever! 0 innocent et humble Jésus, confondez ma superbe! vous souffrez pour moi, je me laisserai châtier pour vous de mes fautes sans m'excuser!
Voilà , ma fille, comme il faut que vous fassiez, et vous ferez une oraison de cœur et de volonté, et non pas une d'entendement et de vanité.