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AVANTAGES DES CROIX ET DES AFFLICTIONS

1er Avril. — Dans les afflictions, il faut redoubler notre courage et humble soumission, à l'imitation de ces grands serviteurs de Dieu qui se fortifiaient par la patience, à mesure que leurs travaux se multipliaient; et plus vous sentez votre âme innocente des calomnies que l'on lui impute, plus vous devez vous réjouir et vous rendre aimable, même à l'endroit de vos ennemis, afin de vous rendre conforme à notre divin Sauveur. Ces pratiques sont dures à la nature , mais aussi ce n'est pas selon les inclinations d'icelle que les vrais chrétiens doivent vivre, mais selon la lumière de la grâce, qui nous assure que le Sauveur de nos âmes est entré en sa gloire par plusieurs tribulations; aussi ne pouvons-nous parvenir à la jouissance de la souveraine félicité que par cette voie.

2. — Les douces consolations de notre bon Dieu sont l'onguent précieux , seul capable de guérir les grandes douleurs de nos âmes, surtout quand elles sont mêlées avec une parfaite résignation de tout notre être et de toutes choses au bon plaisir divin.

En tout événement, il faut adorer la très-sainte volonté de Dieu et nous y soumettre amoureusement, quoique douloureusement, nous confiant que sa divine Majesté saura bien subvenir à toutes nos pertes.

3. — Notre bon Dieu, par une admirable industrie de son amour, convertit tout au profit des siens, et même les choses qui leur sont plus amères leur sont rendues douces; et ce-

pendant, misérables que nous sommes, nous convertissons en poison les remèdes que le grand et charitable médecin nous applique pour guérir nos maladies. Ne faisons plus de la sorte : soumettons-nous amoureusement à. la volonté de notre Père céleste et correspondons à ses desseins, qui sont de nous unir à lui par le moyen des afflictions, et, faisant ainsi, il nous sera tout.

4. — Nous devons, nous autres chrétiens, petit à petit, dégager nos cœurs des choses créées par la considération d'une meilleure vie, et jeter dans la bienheureuse éternité nos affections , nos désirs et nos prétentions.

Dépouillez votre âme de tout intérêt et affections humaines pour la mettre en cette parfaite nudité, dans le sein de l'éternelle Providence, laquelle vous soutiendra de sa puissante main et vous confortera de ses intimes consolations, vous faisaut savourer la douceur incomparable de l'union parfaite d'une âme avec le bon plaisir de son Dieu.

5. — Quand je considère que par le moyen des privations acceptées amoureusement, notre bon Dieu nous veut être luimême toutes choses, et que le moindre avancement que nous ferons en son amour vaut pius que tout le monde ensemble, et combien , par-dessus toutes choses, notre bon Dieu prise et estime l'union de nos volontés à la sienne es rencontres âpres et pénibles, qui nous dépouillent de nos plus chers contentements, certes, quand je considère cela, je trouve tant d'avantages aux afflictions, que je ne puis m'empêcher d'avouer que plus on en reçoit, plus on est favorisé de Dieu.

6. — Il est vrai, cette vie est misérable et méprisable, sinon en ce point qu'elle nous fournit les occasions d'exercer notre foi, notre espérance et toutes les saintes vertus, surtout celle

de l'amour pur et nu, dans une absolue résignation et acceptation franche de tout ce que Dieu nous présentera dans les afflictions, où notre nature et amour-propre ne sauraient rien prendre, ains notre seul esprit se joint à Dieu.

7. — Cette misérable vie est partout pleine de croix, d'afflictions et de malheurs. Que les grandeurs, les plaisirs, les honneurs et les richesses de ce monde sont frivoles, inconstants et de peu de durée! Que bienheureuse est l'âme à qui cette vérité est bien imprimée dans le cœur, car, par ce moyen, elle s'élève joyeusement et avec grande facilité en l'amour et aux seuls désirs des biens éternels, dont l'espérance certaine adoucit l'aigreur des calamités de ce monde, qui, sans cela, seraient insupportables.

8. — Les plaies qui sont faites par la douce main de la Providence nous apportent la vraie santé, lorsque nous avons cette ferme foi et confiance qu'elle fait tout pour notre mieux; elle établit et conserve notre cœur en la désirable paix qui passe tout entendement et suffit seule pour consoler et affermir nos esprits dans les plus grands orages de cette vie.

9. — Qu'est-ce que notre bon Dieu prétend de vous en la permission de tant d'afflictions , sinon de vous rendre conforme à son Fils Notre-Seigneur? Si vous fermez les yeux aux choses de la terre et les ouvrez aux vérités éternelles, vous verrez et sentirez que si vous embrassez avec une amoureuse patience et humble soumission à Dieu la tribulation qu'il permet vous arriver, elle opérera enfin le poids d'un solide honneur et d'une paix stable. Un seul brin de ce vrai honneur vaut mieux un million de fois , que toutes les prospérités que le monde nous saurait présenter, lesquelles ne sont que trompeuses et imaginaires.

PAROLES CONSOLAMES. 417

10. — Je trouve très-heureuse cette chère Sœur qui souffre dans son corps et dans son âme, puisque véritablement ce doit être le plus délicieux partage des servantes de Notre-Seigneur que la croix et les travaux, et faut tâcher par ûdélité de témoigner par iceux notre amour à celui qui nous a montré l'excès du sien par ses incomparables souffrances, au prix desquelles les nôtres ne sont rien.

11. — Dieu ne vous envoie ces douleurs que pour le profit de votre âme : portez-les le plus doucement et patiemment qu'il vous sera possible, afin que, par ce moyen, elles vous aident à gagner le ciel. Les travaux de celle vie passent bientôt, et la félicité de celle que nous attendons est éternelle. Aspirez bien souvent à celte bienheureuse pairie, et, tant qu'il vous sera possible, n'avalez point les eaux de la mer tempétueuse de ce monde, mais buvez souvent les eaux salutaires de la divine grâce , vous adressant en tous vos besoins à la source de miséricorde avec un amour et confiance toute filiale.

12. — Bienheureuses sont lésâmes qui, vivant dans ce monde, font leur possible pour s'habituera la sainte soumission et conformité au bon plaisir de Dieu; car, quand la tempête des afflictions arrive, elle ne les ébranle point. Vous avez bien raison d'eslimer le chemin de la Croix, car qu'y a-t-il de plus souhaitable en ce monde que d'êlre rendue conforme au Fils de Dieu, dont l'infinie charité a voulu par multitude de travaux et de douleurs entrer dans sa gloire?

13. — Nous voilà bien au temps et dans l'occasion (parle trépas de...) de jeter fixement notre regard en la Irès-sainle volonté de Dieu, et lui témoigner notre invariable fidélité, en la pratique de cet incomparable document qui est au chapitre du livre IX de Y Amour divin : Si tu es p ris dans les fdels des tribulations, ne

regarde point ton aventure; mais regarde Dieu et le laisse faire. Il n'y a que ce seul refuge parmi lant d'orages. Mais heureuse l'âme qui demeurera dans le saint tabernacle en repos et confiance, attendant le secours de la souveraine Providence qui ne manque jamais à ceux qui espèrent en elle.

14. — Véritablement, j'admire la grandeur de vos croix, mais en même temps je les honore, me confiant fermement que celui qui vous les envoie ou permet qu'elles arrivent, vous donnera la force de corps et d'esprit pour les supporter et en tirer le fruit que sa divine Bonté prétend, laquelle, sans doute, ne permettra pas que vous succombiez sous le faix de tant de souffrances; mais, à mesure qu'elles croîtront, à mesure aussi croîtra le secours divin.

15. — Pourquoi pensons-nous que" notre bon Sauveur permette les peines et les travaux en cette vie, sinon pour nous faire souffrir comme il a souffert lui-même les abjections, les huementsdu peuple contre lui, et toutes sortes d'amertumes et de mépris? Tâchons d'imiter sa douceur et la patience qu'il a exercée parmi tout cela, et aimons ce petit bout de sa sainte croix qu'il impose sur nos épaules.

16. — Le bon Dieu ne permet les tentations que pour notre mieux, afin que les surmontant, nous recevions accroissement de grâce. Par ce moyen la fidélité de l'âme est éprouvée, on connaît sa faiblesse, on recourt à Dieu, on a de quoi souffrir pour son amour; car souffrir patiemment est un acte signalé d'amour, par lequel nous protestons que Dieu est aussi aimable aux tribulations comme aux prospérités.

17. — Que vous êtes heureuse et obligée à ce divin Sauveur puisque sa douceur est si compatissante à vos maux, que de vous y faire trouver le miel d'une savoureuse union à sa sainte

volonté I Mon Dieu, quelle grâce en ces souffrances corporelles! Vraiment, qui ne les chérirait avec de telles assistances et faveurs? je parle selon l'esprit, car, pour le pauvre corps, il tremble au retour de ces violentes douleurs.

18. — Souffrons avec grande humilité et patience nos maladies , comme des justes pénitences que Dieu nous envoie pour nos péchés, et encore comme des faveurs précieuses de sa miséricorde , par lesquelles il nous donne mille moyens de pratiquer les vraies vertus et nous conformer à la sainte Passion de son divin Fils. Si nous savions les trésors qui sont enclos et cachés dans la tribulation et les souffrances , nous aurions peine de nous empêcher de les désirer ardemment.

19. — C'est donc le temps (dans la maladie) d'enrichir votre cœur de toutes les vertus qui sont autour de la croix que notre bon Dieu vous envoie : le doux acquiescement à la maladie et à toutes les incommodités qu'elle traîne après soi, les paroles suaves et pleines de gratitude à celles qui sont autour de vous, l'aimable condescendance et acceptation des soulagements et nécessités et toutes les autres petites vertus.

20. — Quand est-ce que le Fils de Dieu rendit le plus grand service à son Père, sinon lorsqu'il souffrit tant de travaux et mourut pour nous en la croix? De même, nous servons beaucoup mieux Dieu lorsque nous souffrons quelque incommodité, que quand toutes choses nous arrivent à souhait; mais nous ne savons pas connaître cette vérité.

21. — Portez votre croix généreusement. Supportez avec une gaie douceur et patience tout ce que l'on dit de vous : profitez de cette occasion, car jamais, peut-être, n'en aurez-vous une semblable pour vous conformer à Notre-Seigneur. Em-

brassez et chérissez tous ces mépris, cachez-les dans votre sein et vous enrichissez d'un si précieux trésor; ne regardez ni la langue, ni la main qui vous frappe, mais voyez en tout cela la seule très-sainte volonté de votre Époux, qui vous veut rendre conforme à lui par cette tribulation. Tenez-vous ferme et constante dans l'enclos d'une très-humble humilité et d'une extraordinaire douceur, charité, égalité et modestie.

22. — C'est une permission de Dieu que votre corps et votre esprit aient été exercés. Que faire à cela? sinon adorer la divine Providence parmi vos travaux et vos peines, et vous y soumettre doucement et de bon cœur, y voyant et adorant la très-sainte volonté de Dieu qui les permet. Ne les regardez point, quoique vous les sentiez bien, ne les appréhendez point, n'en voulez point être guérie ni cherchez autre remède que la soumission simple de celte souffrance, tant qu'il plaira à Dieu vous la laisser, et vous divertissez un peu en des actions intérieures et extérieures, en parlant à Dieu de toute autre chose, quoique sans goût ni sentiment.

23. — Je vois en vos souffrances des effets d'un spécial amour de Dieu, qui veut de plus en plus vous épurer et affiner dans ces tourments, pour rendre votre union avec sa bonté plus parfaite et excellente. Hélas! qu'il est aisé de dire le

fiât voluntas tua emmy les douceurs ou choses indifférentes et qui nous touchent peu; mais de le dire sans exception dans les sentiments des douleurs et emmy les mortifications et abjections, certes, cela n'appartient qu'à l'amour pur et fort épuré de soi-même. Oh! que bienheureuses sont les âmes traitées de la sorte !

24. — Jamais nous ne savourerons les douceurs de la familiirite de l'àme avec son Dieu, que lorsque nous serons déter-

minées à suivre et que nous suivrons au péril de toutes nos inclinations, affections, habitudes et propensions, tout ce qui nous est marqué, qui n'est autre que l'amortissement de la nature , le mépris du monde et la vraie fidélité à Dieu. Ce ne sera pas sans peine, mais là où il y a de Famour, il n'y a point de travail; et d'ailleurs un moment de la jouissance intérieure de Dieu vaut plus que tous les plaisirs que la propre volonté nous ferait jamais goûter ensuite de nos inclinations.

25. — Toutes nos souffrances ne sont que des vétilles auprès de celles du Sauveur : aussi sa bonté paternelle voit bien la faiblesse de nos épaules qui ne peuvent pas porter de plus grand faix, en quoi nous avons grand sujet de nous humilier, de voir Noire-Seigneur et Maître qui souffre tant et endure tant pour notre amour , et nous ne voulons comme rien faire pour lui.

26. — Il faut plus aimer la souveraine Bonté dans les effets douloureux à la nature, que dans ceux qui sont à consolation, puisqu'en vérité, ce très-bon Père céleste en tire plus de gloire et nous plus d'utilité, quand nous les recevons avec l'humble et amoureuse soumission que nous devons,

Quel bonheur de souffrir quelque chose que le seul œil de notre bon Dieu voit ! Eh ! que notre mal doit grandement relever notre courage, voyant le moyen d'union secrète aux douleurs de notre doux Maître, car combien en a-t-il souffert que les hommes ni les anges n'ont jamais connues?

27. — Regarder les occasions de peine et de contradiction en elles-mêmes , c'est faire , sans comparaison , comme les chiens qui mordent la pierre sans regarder le bras qui la leur a lancée. 0 Dieu! ne faisons pas ainsi : levons les yeux au Ciel et voyons notre bon Père céleste qui, tout amoureux de notre

sanctification, se sert des créatures pour nous purifier et affiner comme Por dans le creuset.

En nous laissant aller aux réflexions chagrines , sur les afflictions qui nous arrivent, nous empêchons les desseins de Dieu sur nous, qui étaient de nous faire pratiquer la douceur de cœur et mille autres vertus, parmi ces contradictions qu'il permettait par un amour spécial, afin d'avoir occasion de couronner notre patience.

28. — Il faut adorer avec une profonde soumission la volonté de notre bon Dieu et baiser amoureusement les verges dont il châtie ses élu-s, et nonobstant toutes les répugnances de notre nature, lui donner mille louanges et offrir mille remercîments, parce qu'il est notre bon Dieu qui nous envoie avec un égal amour l'affliction comme la consolation , et même nous fait encore tirer, pour l'ordinaire, si nous sommes humbles, plus de profit spirituel es choses adverses qu'es prospères.

29. — Ne sommes-nous pas bienheureuses que notre miséricordieux Père céleste nous fasse un peu part de quelques petites gouttelettes du fiel donné à son divin Fils? Ce fiel, par notre soumission et filiale confiance, deviendra plus doux que le miel à notre bouche. Demeurons volontiers comme Dieu veut que nous soyons, et, comme m'écrivait le Bienheureux, ne regardons point par où nous cheminons, mais sur celui qui nous conduit, et au bienheureux pays où il nous mène.

30. — C'est un grand trait d'amour de la divine Providence quand elle permet l'infidélité de la créature, et que les affaires se succèdent mal et contrarient nos désirs, parce que tout cela oblige notre cœur, que Dieu a créé libre, à aller se reposer en Lui. Notre pauvre cœur est si faible que s'il rencontrait toujours dans les créatures du contentement, il irait avec peine

au Créateur. Les yeux de la chair ne voient pas bien cela, mais Dieu le voit pour nous; il sait que la douleur et l'humiliation nous rendent conformes à Notre-Seigneur, c'est pourquoi sa Bonté nous fournit souventefois l'occasion de grossir notre trésor spirituel, par les mérites que nous acquérons en supportant amoureusement la souffrance et l'affliction.

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