Le divin Maître vous conduit à un entier dépouille
ment et anéantissement de vous-même et de toute propre satisfaction; il veut que vous cheminiez comme aveugle sous sa protection et conduite; vous n'avez à faire qu'à suivre fidèlement ses lumières, et vous reposer en sa bonté, car c'est un grand bonheur que le parfait anéantissement de soi-même à la volonté de Dieu. Hélas! c'est l'unique gloire des âmes dédiées au saint Amour : faisons bien cette pratique, et pour cela ne faisons rien selon nos humeurs et inclinations, mais tout selon la raison et la vraie piété, soit en faisant ou souffrant.
24. — Mon Dieu, que je souhaite que par-dessus toutes vues et sentiments, nous soyons toujours amoureusement et humblement soumises à tout ce que sa Bonté veut et voudra à jamais faire de nous, et cela allègrement selon l'esprit! Quand notre esprit est arrêté auprès de lui, ne devons-nous pas nous contenter?
25. — La vraie manière de servir Dieu est de marcher par un chemin que l'on ne connaît point, et lorsqu'il semble que tout est bouleversé sens dessus dessous dans l'âme, pourvu qu'elle demeure fidèle parmi tout cela à la pratique des vertus, elle ne se doit point mettre en peine pour connaître quelle est sa voie, ni même y penser, mais marcher simplement en ce parfait abandonnement et renoncement d'elle-même à Dieu. Oh! que nous sommes heureuses de souffrir, si on le fait avec amour !
26. — Humilions-nous profondément sous la très-sainte main de notre bon Dieu, afin que nous nous laissions conduire dans les voies de son bon plaisir, et ne lui résistions en rien du tout, de ce qu'il lui plaira faire de nous, mais correspondons de notre part à sa grâce, par la suite du bien que sa Providence nous montre dans les occasions. Cette pratique
était infiniment estimée et pratiquée par notre Bienheureux Père.
27. — Oh! que l'état du parfait dénûment est excellent devant Dieu! Ne tenez à rien, qu'à Dieu seul. Qui n'aimera, qui ne se confiera, qui ne se fondra toute entre les hras de la divine Providence, qui nous fait tant de biens? Vraiment, il faudrait être de bronze et du tout insensible. Je ne vous saurais dire ce que mon cœur ressent envers Dieu, pour les grâces qu'il nous fait! Dites, et annoncez continuellement combien Dieu est bon, suave et abondant en ses miséricordes, à l'endroit des âmes qui s'abandonnent et confient entièrement en lui.
28. — Oui, demeurons douces, humbles, tranquilles, en l'état où Dieu nous mettra; en la peine, patienter; en la souffrance, souffrir; en l'action, agir; en la jouissance, jouir humblement, sans penser que nous faisons faute à ceci, à cela, car ce n'est que l'amour- propre qui fait cette réflexion, mais demeurez doucement confuse et abaissée devant Dieu.
29. — Les âmes qui vivent exposées à tout ce que Dieu veut faire d'elles et en elles, sans soin ni désir de chose quelconque, sinon de se tenir proche de lui, et faire et souffrir fidèlement les choses que sa Providence leur présentera dans chaque moment, font en cela une excellente pratique.
30. — Pour ce qui est du document, ne demandez rien, ne refusez rien, ce n'est autre chose qu'une parfaite indifférence, non-seulement pour les choses extérieures, mais encore plus pour les intérieures, ne désirant, ni refusant les consolations, suavités, peines, sécheresses, désolations, délaissements et tentations; ne recherchant pas d'être aimée, estimée, ni d'être en cet état ou en cet autre, d'aller par le chemin de celle-ci
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ou de celle-là, d'avoir de la satisfaction ou non; enfin, c'est ne vouloir que le seul bon plaisir de Dieu.
31. — C'est le vrai point de la plus haute et sublime perfection que d'être entièrement dépendante et soumise aux événements de la divine Providence. Si nous nous y sommes bien abandonnée, il nous serait indifférent d'être humiliée ou exaltée, en sécheresse, aridité, tristesse et privation, ou d'être consolée par la divine onction et dans la jouissance de Dieu. Bref, nous nous tiendrions entre les bonnes mains de ce grand Dieu comme l'étoffe en celles du tailleur, qui la coupe en cent façons pour l'usage qui lui plaît et auquel il l'a destinée, sans qu'elle y apporte d'obstacle : ains nous endurerions que cette puissante main de Dieu nous coupe, martèle, cisèle, tout comme elle veut que nous soyons faite, pour une pierre propre à parer son édifice, et les afflictions comme les délices ne nous seraient qu'une même chose.