ABANDON A SA PROVIDENCE
1er Octobre. — Nous devons vivre de la seule volonté de Dieu. Oh! qu'une âme serait heureuse si elle faisait cette entreprise de regarder et suivre en toutes choses cette divine volonté, car elle jouirait d'une profonde paix en sa résignation, parce qu'en tout elle trouverait cette divine volonté, et l'aime-
rait autant en une chose qu'en une autre, parce qu'elle ne mettrait pas son contentement es événements, ains en la volonté de Dieu qui les veut et les permet.
2. — Quant à la volonté du bon plaisir de Dieu que nous ne connaissons que par les événements, s'ils sont de quelque prospérité, il faut, bénissant Dieu, nous unir à celte divine volonté qui les envoie; de même devons-nous faire dans l'événement des choses pénibles, qui nous sont fâcheuses au corps et à l'esprit, joignant amoureusement notre volonté à l'obéissance de ce bon plaisir divin, nonobstant les répugnances de la nature ou de l'esprit humain, dont il ne faut tenir nul compte, pourvu qu'avec la pointe de notre volonté nous fassions simplement le très-saint acquiescement à celle de Dieu, disant : « Omon Dieu, je le veux, parce que tel est votre bon plaisir. »
3. — C'est une grande consolation de savoir que rien du tout ne saurait arriver que ce que Dieu voudra, et qu'il voudra tout bien pour nous qui ne voulons que sa volonté ; ainsi la santé ou la maladie nous doivent être indifférentes, puisque tout part de cette source d'incomparable miséricorde. Que peuvent donc craindre les âmes qui sont tout à Dieu, puisque rien ne peut leur ravir leur cher trésor et que l'extrémité du mal de celte mortelle vie, qui est la mort , nous donne entrée en la vie bienheureuse?
4. — Dans les temps d'afflictions, surtout des maladies corporelles, où bien souvent le cœur est fort alangouri et ne peut prier, ne vous efforcez pas de le faire, car les simples acquiescements à la volonté de Dieu, faits de temps en temps, suffisent, outre qu'une souffrance portée dans la volonté, avec douceur et patience, est une continuelle et Irès-puissante oraison devant Dieu, nonobstant les plaintes et inquiétudes de la partie inférieure.
5. — Quand sera-ce que nous savourerons la douceur de la volonté divine, en tout ce qui nous arrivera, n'y voyant que son bon plaisir qui nous départ, avec un amour égal et incompréhensible, les prospérités aussi bien que les adversités, le tout pour notre mieux ?
Habituons-nous à regarder tout ce qui nous arrive dans la volonté de Dieu : toutes choses, grandes et petites, nous viennent de cette part, car c'est un baume précieux que ce divin vouloir, qui nous doit rendre toutes sortes d'événements doux et suaves.
6. — Soyons toujours prête à faire et à souffrir tout ce que Dieu veut de nous, ne disant jamais, c'est assez de peines, de mépris et d'abnégation; mais, me voici toute soumise et prête à faire votre bon plaisir. Parler ainsi, c'est vivre selon l'esprit, et non selon la partie inférieure qui n'entre point en participation de cette façon d'agir si parfaite.
7. — Il faut tout réduire aux simples acquiescements de vouloir et faire le bien sans ardeur, mais par le seul motif de la volonté de Dieu; et de même, acquiescer amoureusement à cette divine volonté, quand elle aura permis que nous ayons omis quelque bien ou fait quelques manquements, nous résignant même à ce à quoi nous ne pouvons nous résigner si entièrement et généreusement que nous désirons, ou qu'il nous semble que Notre-Seigneur le désire de nous; c'est-à-dire qu'en tous nos biens, nous nous unissions à la volonté du bon plaisir qui les veut; et en nos misères et imperfections, nous nous unissions à la volonté de Dieu qui les permet, et tout cela avec paix et douceur d'esprit.
8. — Préparez votre âme et l'ouvrez devant Dieu, afin qu'il la remplisse de lui-même et de tout ce qu'il lui plaira, soit-il
doux ou amer à notre goût, espérant qu'il nous fera la grâce que sa sainte volonté nous servira de toute consolation.
La vraie paix et tranquillité de cœur consiste à adhérer à Dieu , tournant notre volonté en toutes choses selon la sienne, à ne lui point limiter le temps, mais à attendre celui que sa Providence a destiné pour nous consoler.
9. — Enfin nous sommes à Dieu ! Que ce qui sera trouvé hon à ses yeux soit fait; rien n'est si utile pour nous que cette douce volonté de Dieu ni rien de si doux à nos cœurs. Il importe peu de quel mal nous mourions, pourvu que nous montions à la bienheureuse éternité. 0 sainte Mère des enfants de Dieu, quand reposerons-nous sur votre sein et entre vos bras immortels? Nos âmes devraient défaillir en ce désir; mais non je me reprends : attendons doucement l'heure que le divin Sauveur a marquée pour nous combler de ce bonheur, et cependant n'ayons qu'un seul désir, celui de lui plaire.
10. — Nous voyons qu'on fait passer l'eau des plus belles sources par des canaux de fer, de plomb et de bois; cette même eau, passant par ces canaux, vient toujours de sa source pour s'introduire aux lieux où on la désire ; de même, toutes nos adversités et contradictions viennent de l'agréable et première source de la Divinité; bien qu'elles passent par les créatures, qu'elles nous viennent d'elles comme par des canaux, il ne faut jamais regarder les moyens par lesquels ces eaux amères nous viennent, mais adorer la source d'où elles dérivent , jetant toujours les yeux en Dieu dans nos peines et adversités pour les recevoir de sa main adorable.
11. — Moins nous sentons de capacité en nous, d'autant plus nous devons-nous serrer et attacher à Dieu , nous confiant totalement à son assistance, laquelle il ne manquera pas de nous
donner, pour nous acquitter de notre devoir, si nous sommes remplies de défiance de nous-mêmes, car il est tout assuré que nous ne pouvons chose quelconque de nous; mais c'est la vérité qu'en Dieu toutes choses nous sont possibles.
12. — Nous ne sommes pas assez attentives à cette vérité, que rien n'arrive que par la volonté de Dieu et l'ordre de sa Providence. Que cette vérité nous tienne en repos parmi toutes sortes d'événements, et prenons soin de bien vivre, laissant le soin de notre mort à Notre -Seigneur, comme faisait notre Bienheureux Père.
13. — Dieu nous éprouve par de petites afflictions, afin de nous mieux faire connaître son assistance, et nous donner plus de goût dans l'entier abandonneront que nous avons fait de toutes choses entre les mains de sa Providence. Oh! quel repos et assurance d'être logée sous ce tabernacle ! Dieu vous doit suffire pour toutes choses. L'unique bien de l'àme, c'est d'être seule avec son Dieu. Demeurez en cette simplicité et nudité.
14. — Il faut tout perdre plutôt que de manquer à la fidélité que nous devons à Dieu et à notre propre âme. Sa bonté saura bien conserver ce que nous abandonnerons pour lui et nous le multiplier au centuple. Servir Dieu (comme on dit) au péril de tout le reste, c'est régner et s'acquérir les vraies richesses, et s'assurer par les mérites du Sauveur la béatitude éternelle, dont un moment de jouissance vaut mieux que la possession de mille mondes.
15. — H faut nous contenter de savoir par la raison que Dieu est notre lumière, notre unique prétention, et partant demeurer en un parfait abandonnement de tout notre être entre ses mains, et en esprit de parfaite confiance. L'infinie Bonté
n'esl-elle pas notre unique prétention et repos? Quelle autre assurance est-il besoin d'avoir? Demeurons là, toutes abîmées et anéanties. Nous serons bien heureuses de vivre aveugles sans connaissance, ni sentiment aucun.
16. — Quel bonheur si les âmes savaient bien se livrer à Dieu ! elles expérimenteraient ses faveurs bien autrement que nous ne faisons. C'est un don très-précieux de la souveraine Bonté, que cet entier abandonnement et remise de vousmême entre ses mains. Puisqu'elle vous a fait la grâce d'être affranchie des réflexions superflues sur vous-même, tenez ferme pour ne jamais laisser embarrasser votre esprit, car c'est l'un des plus grands empêchements qui soient en la vie spirituelle.
17. - — Si vous êtes attaquée de la défiance de vous-rnome, ne vous en étonnez point. Jetez-vous à l'aveugle entre les bras de la divine Providence; dès qu'une fois nos cœurs ne cherchent que Dieu et son bon plaisir, le divin Sauveur les remplit d'une si grande abondance de son Esprit que l'on n'y voit plus que bénédiction et perfection.
18. — Le parfait abandonnement de nous-même entre les bras de la divine Providence, l'acquiescement amoureuse à tout ce qu'il lui plaira faire de nous et de toutes choses, la sainte affection de lui plaire par les actes de toutes les vertus selon les occasions, surtout de la très-sainte charité et humimilité, tout cela est le bois qui entretient le feu sacré du céleste Amour.
19. — Tâchons de parvenir à la totale destruction de nos sentiments humains et à la ruine de la prudence humaine, pour voir d'un œil pur, à la lumière de la foi, la beauté et
bonté des afflictions, des souffrances, des pressures de cœur, des dérélictions et maladies. Le monde ne s'attache qu'à l'apparence et ne va pas jusqu'à voir la moelle cachée sous la douleur de la Croix; il ne voit que l'écorce, qui paraît rude et fâcheuse, mais il ne pénètre point jusqu'au dedans, où l'on goûte plus de plaisir, si l'on aime bien Dieu, que l'on n'en trouvera jamais dans la jouissance des faux et vains contentements que ce pauvre monde peut donner.
20. — Nous serons bien heureuses, si nous nous quittons nous-mêmes par amour et pour accomplir la volonté de Dieu. Nous ne perdrons rien en ce traité, car sa bonté est riche en miséricorde pour tous, mais spécialement pour les personnes qui travaillent à purifier et perfectionner leurs âmes .qui lui sont dédiées.
21. — Les vraies servantes de Dieu se doivent toujours tenir disposées , pour recevoir avec indifférence toutes sortes d'événements et la mort même; car, puisque nous sommes assurées que rien ne nous saurait arriver que par sa volonté, cela nous doit servir pour toute consolation , et nous faire bénir Dieu en tout événement.
22. — Servez Notre-Seigneur comme il lui plaît, et tandis qu'il vous tiendra au désert , servez-l'y de bon cœur : il y tint bien ses chers Israélites quarante ans, pour faire un voyage de quarante jours. Soyez là de bon cœur et vous contentez de dire, quoique sans goût : Je veux être tout à Dieu, et jamais point ne l'offenser; et quand il vous arrivera de chopper, comme il sera sans doute , fût-ce cent fois le jour , relevez-vous par un acte de confiance ; marchez comme aveugle dans cette divine Providence; croyez qu'elle vous conduira bien.