‹ Œuvres diversesChapitre 270 sur 281 · ESPRIT DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

ESPRIT DE L'INSTITUT

1er Décembre. — L'esprit de l'Institut n'est autre que celui de Notre-Seigneur, vraiment humble, vraiment simple, droit, sincère et joyeux dans la sainte innocence et liberté. Il n'y a que les humbles qui glorifient et honorent Dieu comme il faut, parce que, reconnaissant que d'eux-mêmes ils ne sont rien, ne peuvent rien de bon , ils rendent à Dieu la gloire et l'honneur de tout ce qu'ils font de bien , connaissant et confessant qu'il est la source et l'origine de toutes grâces et vertus , et Dieu se plaît de faire de grandes choses par les âmes humbles et vraiment humbles de cœur.

2. — L'esprit de notre Congrégation est un esprit de dou-ceur, de petitesse, de simplicité et pauvreté; il ne s'en faut point départir, ains y assujettir tellement nos inclinations, qu'elles nous portent même au mépris du monde et de nos m. ai

propres intérêts, et que la douceur et l'humilité surnagent toujours entre nos paroles et actions, par une affabilité généreuse, sans composition ni affectation , et pour cela il ne faut qu'être humble et naïve.

3. — Les desseins de Dieu, en établissant la Visitation, ont été que nous fussions petites et véritablement humbles. Si nous ne sommes telles, nous anéantirons les desseins de son Cœur amoureux, et nous privera des grâces qu'il nous a destinées, si nous ne correspondons par l'amour de la bassesse. Ainsi, quand le monde nous méprisera, ne nous contentons pas de recevoir ce mépris comme gage très-aimable de la bonté et Providence divine, mais encore comme chose très-convenable et très-propre à notre petitesse.

4. — Nous devons regarder l'éclat de notre Institut et l'estime que l'on en fait, non en nous, mais en celui duquel Dieu nous a fait naître et d'où il provient, et ne nous jamais départir, pour tout l'éclat du monde, de l'amour de notre petitesse, vileté et abjection.

5. — C'est une chose grandement mauvaise en une religieuse de la Visitation, que l'amour de sa propre réputation et la crainte que quelques grains d'icelle ne nous en soient ôtés, parce que cela prouve un manque d'abandon à la Providence de Dieu, sans la permission de laquelle rien ne nous saurait arriver. L'essence de l'humilité consiste à avoir une volonté entièrement soumise à la volonté de Dieu.

6. — Toutes les filles de la Visitation sont obligées, parleur vocation, de chercher en toutes occasions leur humiliation et abjection; car Dieu ne favorise que les humbles et ceux qui se confient entièrement en lui. La plus grande abjection et vileté

PAROLES CONSOLANTES. i83

qui puisse être en une âme après le péché, c'est d'être sans vertus.

7. — Il ne faut point nous exalter ni louer au-dessus des autres (Ordres), ni même à Pégal des autres, mais confesser franchement que la Visitation est, en sa naissance, des dernières en l'Eglise de Dieu , aussi n'y est-elle que comme une petite violette de mars, qui n'a nul éclat en sa couleur, mais qui ne cesse et ne cessera jamais, Dieu aidant, de rendre une trèssuave et agréable odeur à son divin Créateur, tandis qu'elle demeurera dans la connaissance et amour de sa bassesse et abjection.

8. — La vraie dévotion des filles de cet Institut consiste dans cet esprit de force et de générosité qui nous fait opérer selon l'esprit de la grâce, nous faisant puissamment mortifier toutes nos tendretés, nos humeurs, passions et inclinations, et qui nous rend constantes et fidèles parmi les dégoûts, sécheresses, tentations et répugnances, afin de faire régner la raison et la volonté de Dieu au-dessus de tout cela.

9. — La perfection solide et puissante que Dieu requiert de nous, c'est une patience exercée parmi les injures, souffrances et contradictions ; une humilité vraie et profonde pratiquée parmi les humiliations, abjections et mépris; une douceur et égalité d'humeur dans l'inégalité des sentiments, des événements, multitude d'affaires et tracas; une obéissance prompte et simple accomplie parmi les répugnances, dégoûts et difficultés, et ainsi des autres vertus.

10. — Notre Bienheureux Père disait que le grand moyen de prendre l'esprit de notre vocation était de bien pratiquer les instructions qui sont en icelle, et vous savez que les principales

sont l'humilité, l'anéantissement de soi-même, et la sainte simplicité, qui retranche toutes sortes de vanités et propres recherches de satisfactions de soi-même. Si vous pratiquez bien cette sainte vertu d'humilité , elle paraîtra en toutes vos actions et paroles; et surtout je vous désire, mes chères Filles, la simplicité qui est l'ornement des Filles de la Visitation ; car, pour vous dire ce petit mot en passant, je souhaite que ces saintes vertus reluisent en nos esprits, paroles et actions, et qu'il n'y ait rien qui ressente le bien dire, le bien écrire, le bien parler, et telles autres choses bien polies; voire, je désire que nous paraissions plutôt grossières en toutes ces choses-là, que gentilles d'esprit.

11. — J'estime grandement la pratique intérieure des vertus qui ne sont connues que de Dieu; ce sont les meilleures pour nous, qui devons être toutes cachées aux yeux du monde; c'est en cet amour intérieur seul et en la parfaite douceur et simplicité que nous devons exceller, c'est-à-dire nous approfondir de plus en plus en notre petitesse, et en l'anéantissement de notre propre jugement et volonté, et enfin de tout ce qui nous est propre.

12. — Si Dieu veut que nous demeurions douces, tranquilles et toutes soumises à sa volonté; que nous soyions des plus pe-

tites et humbles religieuses de son Eglise, qui nous peut mieux servir à cela que les mépris qui ne nous manquent pas, et qui n'ont jamais manqué aux commencements des plus saintes Institutions? rien ne doit être plus cher; n'est-ce pas notre esprit que d'aimer les mépris et la bassesse?

13. — Ce que je désire spécialement aux Filles de cette petite Congrégation , c'est une grande fidélité pour servir amoureusement notre bon Dieu, par l'exacte observance de toutes

PAROLES CONSOLANTES. i85

les choses de l'Institut, une douceur cordiale pour aider et supporter le prochain suavement, et une entière dépendance en la conduite de la divine Providence sur nous et sur toutes choses, nous unissant amoureusement à la volonté de son bon plaisir dans tous les événements, et cette pratique nous sera d'autant plus utile, qu'elle nous conduira au sacré recueillement et à la familiarité avec Dieu.

14. — C'est une grande perfection de se tenir dans une grande bassesse et dans cette pratique de la véritable humilité. Notre Bienheureux Père dit que les Filles de la Visitation sont appelées à la plus haute perfection qui se puisse trouver ici-bas, parce que l'Institut les porte à la plus profonde humilité et anéantissement qui se puissent pratiquer. Cette vertu en est Pâme et la vie.

15. — Tenons -nous amoureusement cachées sous les larges feuilles de notre petitesse et abjection , et à ne vouloir paraître en chose aucune. C'était le grand sentiment de notre saint Fondateur, que nous fussions grandement amoureuses de notre petitesse, et pour cela il nous donne ce saint document de parler toujours bassement de notre Congrégation, sans exagération de louanges, sans comparaison aux autres Ordres.

16. — L'esprit de la Visitation est d'une haute perfection, laquelle est d'autant plus excellente qu'elle est plus intime; ce n'est autre chose qu'une mort de la nature, pour établir solidement le règne de la grâce, et voilà une perfection d'amour à quoi nous devons tendre, en s'adonnant à la perpétuelle observance de ces règles.

Page 1