‹ Œuvres diversesChapitre 272 sur 281 · Plût à Dieu que l'on me perçât les lèvres d'un fer · texte numérisé non relu

Plût à Dieu que l'on me perçât les lèvres d'un fer

rouge, et qu'à jamais la bouche des Filles de cette Congrégation fût fermée à la moindre parole contre l'humilité, rien n'étant plus capable d'abréger mes jours que de voir la vanité entre elles!

22. — Ne nous réjouissons nullement des bons accueils qu'on fait à notre Institut; mais humilions-nous et en glorifions Dieu; car être vraie Fille de Sainte-Marie , c'est estimer le mépris et mépriser l'honneur. Hors l'humilité solide, il n'y a que des ombres et simples images de vertu.

23. — Ce que nous devons ambitionner, c'est l'humilité et l'amour de notre propre abjection. Je supplie toutes nos chères Sœurs de mettre leur unique gloire et satisfaction en cela, et d'avoir toujours devant les yeux ce que notre Bienheureux Père a tant de fois dit, que pendant que nous conserverions l'affection à la petitesse et abjection , les bénédictions de Dieu abonderaient sur nous, et que sitôt que nous nous élèverions pardessus les autres , les grâces cesseraient.

24. — Si nous lisions et pratiquions fidèlement nos règles, que nous serions heureuses ! Elles nous guériraient de tout. C'est notre voie : cheminons-y sans nous en détourner, quelques difficultés qui nous puissent arriver. Si nous cherchions bien dans ce petit livret, nous y trouverions tous les remèdes.

25. — Oh! que bienheureuse est l'àme qui peut dire en vérité à Dieu : Vous savez que tous les manquements que je fais contre ma règle, c'est par pure faiblesse et infirmité, et non volontairement, car c'est chose assurée que ces manquements-là ne nous feront pas grand mal. Mais une âme qui en ferait volontairement et fréquemment, quoique légers, je vous assure

qu'elle serait en disposition de faire de grandes fautes, si elle en avait l'occasion.

26. — Notre excellence est de voir la volonté de Dieu en toutes choses et de la suivre. Cette vie cachée nous conduit à l'union divine, à la séparation de toutes les choses créées, et à une parfaite pureté de cœur qui plaît infiniment à Dieu. Sa Bonté ne nous a ainsi cachées au monde que pour nous faire vivre de lui et en lui.

27. — Pour avoir la perfection que Dieu demande de nous en notre vocation, il faut être parfaitement mortifiée de corps, de cœur et d'esprit, ne chercher plus ses propres intérêts, se perdre entièrement soi-même, et ne rien vouloir que Dieu seul.

28. — Enfin, l'esprit de l'Institut est un esprit droit, épuré, sincère ; un esprit qui ne cherche que Dieu , qui tend perpétuellement à l'union de son âme avec Dieu, qui est indépendant de toutes choses hors de Dieu et de son bon plaisir , qui vit par-dessus soi-même , qui ne vit qu'en Dieu , qui aime Dieu et le prochain, qui ne s'amuse point à tant de niaiseries de vouloir être aimée, caressée, estimée.

Bref, la perfection intérieure de laquelle nous faisons profession, et qui nous doit être en singulière recommandation, consiste en la pratique exacte du dernier document que notre Bienheureux Père nous a laissé et inculqué mille et mille fois par ses paroles et par ses écrits : Ne demandez rien, ne refusez rien.

29. — Si les Sœurs de notre Congrégation sont bien humbles et bien fidèles à Dieu , elles auront le Coeur de Jésus, leur Epoux crucifié, pour demeure et séjour en ce monde, et son palais céleste pour habitation éternelle.

30. — J'ai eu une lumière d'esprit fort grande, que sa divine Bonté accordait à ce cher Institut un grand don de vie intérieure, cachée et souffrante amoureusement avec Jésus en croix; mais que les grâces préparées aux âmes fidèles seraient, comme les grâces du Fils de Dieu (à proportion de notre néant), cachées en Dieu, et leur manifestation pour l'éternité. Enfin c'est mon sentiment, comme c'était aussi celui de notre Bienheureux Père , que Dieu voulait que les Filles de cette Congrégation

fussent les adoratrices et imitatrices des bassesses de son divin Fils et de sa vie parfaite, intérieurement toute cachée en Dieu et toute commune devant le monde.

31. — -En somme, on ne saurait mieux définir l'esprit de l'Institut qu'en rappelant ces paroles qui résument celles de notre Bienheureux Père : « Les Religieuses de la Visitation qui seront si heureuses que d'observer leurs règles fidèlement, pourront véritablement porter le nom de Filles évangéliques , établies particulièrement en ce dernier siècle pour être les imitatrices des deux plus chères vertus du Sacré Coeur du Verbe incarné, la douceur et l'humilité, qui sont comme la base et le fondement de leur Ordre, et leur donnent ce privilège particulier et cette grâce incomparable de porter la qualité de Filles du Coeur de Jésus. »

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