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SUR LE SEIZIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE (SUITE

Que tous vos ouvrages se fassent en commun, avec plus

de soin et d'allégresse ordinaire, que si vous les faisiez pour vous-mêmes , en particulier , car la charité de laquelle il est écrit, quelle ne cherche point les choses qui sont à elle, etc.

Cet article seul, bien ebservé, suffirait pour nous rendre parfaites, mes chères Sœurs, et à nous établir dans l'entière pratique de toute la règle. Tout ne consiste pas, comme je

vous le dis souvent , à avoir des belles règles, et à les porter dans sa poche; mais il faut les pratiquer, les lire et considérer mûrement.

Si nous faisons nos ouvrages en la manière qu'il est dit, et avec l'esprit que cette sainte règle nous ordonne, mes chères Sœurs, nous les ferons bien et avec une douce joie, d'une humeur toujours égale, sans nous mettre en peine à quel autre ouvrage nous serons employées, puisque, comme je vous disais samedi passé, il n'y a pas de marque plus évidente qu'une fille travaille à la vraie vertu, que de la voir en une pleine indifférence pour toutes les choses extérieures : nous ne devons pas même penser ce que l'on fera des ouvrages, ni ce qu'ils deviendront.

Ne préférez point, dit la règle , les commodités propres aux communes , ains les communes aux propres ; ô Dieu, que la pratique de ce point est excellente! et que cette règle est propre à faire reluire en nous la sainte charité qui est la reine de toutes les vertus. Cette seule règle bien observée est suffisante pour nous faire parvenir à la plus haute perfection; c'est celle qui nous unit parfaitement avec le cher prochain , et qui nous porte en même temps à l'union avec Dieu, la plus intime que l'on puisse avoir en cette vie. Ainsi, je vous supplie, mes Sœurs, de lire souvent un article si précieux de notre règle, d'en parler dans les récréations, de m'en faire des demandes, et je vous en dirai toujours des nouvelles merveilles, ce me semble: j'en ai bien parlé dans les Réponses, mais je ne vous en ai point enseigné cinquante pratiques, mais, que dis-je cinquante! plus de mille et millions se peuvent faire sur ce point, de préférer les commodités communes aux propres.

Quelles bénédictions, mes chères Sœurs, de voir reluire cette sainte vertu dans une communauté! que c'est une chose agréable à voir que les frères qui habitent unanimement en-

semble: Dieu est toujours au milieu d'eux. Mes filles, je ne peux pas m'étendre davantage sur ce sujet : je finis par les paroles que me dit un jour mon Bienheureux Père : « que pour être vraies servantes de Dieu, il faut être toujours douces et charitables envers notre prochain. »

EXHORTATION X

(Faite le 2 mars 16?0) SUR LE DIX-SEPTIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Le soin de celles qui sont malades, ou de celles qui après la

maladie ont besoin d'être ravigotées, ou de celles qui sont, etc.

Mes chères Sœurs, nous sommes toutes sujettes aux maladies à cause de l'infirmité de cette chair corruptible : or, pour cela, cette règle nous donne des grands enseignements. Le soin de celles qui sont malades, dit-elle, doit être enjoint à quelqu'une, pour nous montrer, mes chères Soeurs, que quand nous aurons du mal, ce n'est pas à nous d'avoir soin de notre santé, de nos soulagements, ni de chose quelconque, sinon de nous soumettre à Dieu amoureusement, et recevoir humblement tout ce qui nous sera donné comme notre Bienheureux Père l'enseigne au Directoire; ce n'est donc pas à nous de savoir si ceci ou cela nous serait bon, c'est à celle, à qui la sainte obéissance nous a commise, qui doit avoir l'œil sur nos nécessités. Vous, mes chères filles, quiètes sujettes à être malades, vous êtes bienheureuses d'avoir cette occasion de souffrance, et ne devez avoir aucun souci que d'acquiescer au bon plaisir de Dieu , vous tenir proche de sa Majesté, et lui offrir vos douleurs, demeurant paisibles, humbles, suaves et indifférentes. Les infirmières, et celles à qui l'obéissance donne soin de servir quel-

ques Sœurs, sont obligées, par cette règle, de considérer ce qu'elles jugent être nécessaires à chacune; puis, l'ayant demandé, le distribuer sans choix, ni sans inclinations, sans regarder ni avoir égard que de la nécessité, charité cordiale, et, comme dit cette règle : Celles qui ont l'honneur de servir les Sœurs le doivent faire gaiement, amoureusement, soigneusement, sans ennuis, sans plaintes, sans murmures. Que s'il arrivait que quelqu'une de celles que vous servez exige de vous plus que la raison, et que vous ne lui pouvez donner, souffrez, ne dites mot, avertissez-en seulement la supérieure, charitablement, ou devant elle, ou en particulier; surtout ne vous lassez point de les servir ou secourir; car vous savez que la charité est bénigne, patiente, supportant tout.

0 Dieu î quand nous sommes malades, non plus qu'aux autres temps, il ne faut rien demander, ni rien refuser, s'il se peut, mais exposer sa nécessité simplement, disant, « Ma Sœur, j'ai froid à la tête ou à l'estomac, j'ai soif, et ainsi des autres, » puis, demeurer indifférente ; que celle qui a soin de nous ordonne ce qu'elle voudra, nous n'y devons plus penser; ainsi fît notre bon Sauveur sur le lit de ses douleurs en la sainte croix ; il ne demanda pas à boire, ains dit seulement^ 'ai soif, et demeura indifférent de ce que Ton lui donnerait, et suça de ses divines lèvres le fiel qu'on lui présenta. De plus, il faut recevoir ce qu'on nous donne comme des pauvres reçoivent l'aumône : nous avons fait vœu de pauvreté; le pauvre, quand il demande l'aumône, ne dit pas : Donnez-moi ceci ou cela, ains il dit que, pour l'amour de Notre-Seigneur,on lui fasse l'aumône. Hélas! mes chères Sœurs , par notre vœu nous sommes plus pauvres que les pauvres eux-mêmes, et tout ce que la religion nous donne, c'est par charité et pour l'amour de Dieu; tâchons de le recevoir de la sorte; si nous le faisons, Dieu nous bénira, et il n'y aura jamais parmi nous de plainte, de murmure et de chagrin, ains des actions de grâce et de reconnaissance.

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