Dieu veut que votre misère soit le trône de sa miséri
corde, et vos impuissances le siège de sa toute-puissance. Il vous laisse là , sans doute pour sa gloire et votre grand profit. Qu'il me tue, dit Job, f espérerai en lui. Demeurez humble, tranquille, douce et confiante parmi cette obscurité et impuissance; si vous ne vous impatientez point, si vous ne vous empressez point, mais que, de bon cœur (je ne dis pas gaiement, mais je dis franchement), vous embrassiez cette croix et demeuriez en ténèbres, vous aimerez votre abjection; car être obscure et impuissante n'est autre qu'être abjecte. Aimez-vous comme cela, pour l'amour de celui qui vous veut comme cela. Allez tout simplement à l'abri de vos résolutions, retranchez les réflexions d'esprit que vous faites sur votre mal comme des cruelles tentations. N'essayez point de guérir votre mal.
9. (Test aussi un entortillement d'esprit, ce tintamarre qui vous fait peur. Mon Dieu ! ma fille , ne vous sauriez-vous prosterner devant Dieu quand cela vous arrive et lui dire tout simplement : « Oui, Seigneur, vous le voulez et je le veux aussi ; si vous ne le voulez pas, je ne le veux pas? » Et puis, passez à faire un peu d'exercices et d'actions qui vous servent de divertissement, et ne vous embarrassez point pour les chasser, moquez-vous de tout cela.
10. Parlons d'une règle générale que je vous veux donner; c'est qu'en tout ce que je vous dirai, ne pensez pas, ne regardez pas ceci, cela ; tout cela s'entend grosso modo; car je ne veux point que vous contraigniez votre esprit à rien, sinon à bien servir Dieu et à le bien aimer, à ne point abandonner nos résolutions, ains à les aimer. Pour moi, j'aime tant les miennes que, quoi que je voie, ne me semble suffisant; cela ne me saurait ôter une once de la bonne estime que j'en ai, encore que j'en considère tant d'autres plus excellentes et relevées.