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Quand le patriarche Joseph renvoya ses frères d'Egypte

pour lui amener son père Jacob, il leur bailla cet avis : Ne vous courroucez point en chemin. Je vous en dis de même : cette misérable vie n'est qu'un acheminement à la bienheureuse ; ne nous courrouçons point en chemin; allons avec nos compagnons doucement et paisiblement. Ne recevez pas les prétextes que î'amour-propre suggère pour excuser le courroux ; car saint Jacques dit tout clair que Vire de l'homme n'opère point la justice de Dieu; combien moins celle de la femme! Aussi, Notre-Seigneur enferme toute la doctrine des mœurs exprimée en ces mots : Apprenez de moi que je suis débonnaire et humble de cœur; bref, le sucre ne gâte nulle sauce. Il faut résister au mal, et réprimer les vices de ceux qui nous sont en charge, puissamment, fermement, vaillamment, mais paisiblement et doucement. Rien n'arrête tant l'éléphant que l'agneau, et rien ne rompt si aisément la furie du canon que la laine. Jamais je ne me mis en colère, pour justement que cela ait été, que je n'aie vu , par après, que j'eusse fait encore plus justement de ne me point courroucer. On ne prise pas tant la répréhension , quoiqu'elle soit accompagnée de raison, que celle qui n'a d'antre origine que la raison, puisque l'âme raisonnable est naturellement sujette à la raison, et, à la passion, elle n'y est sujette que par tyrannie. La raison donc accompagnée de passion se rend odieuse, et sa juste domination se rend avilie par sa tyrannie. Bref, souvent l'Epouse de Notre-Seigneur est appelée Sulamite, c'est-à-dire paisible, et que, dessous sa langue, elle a le miel et le lait, et, en ses lèvres, un rayon distillant; aussi saint Paul nous apprend de surmonter le mal et non de le combattre. Ceux qui se courroucent combattent le mal; mais ceux qui sont doux le vainquent. Surmontez, dit l'Apôtre, le mal par le bien.

12. Ressouvenez-vous de faire état que tout le passé n'est rien, et que tous les jours il nous faut dire avec David : Tout maintenant, je commence à bien aimer mon Dieu. Faites beau-

coup pour Dieu , et ne faites rien sans amour ; mangez et buvez pour cela.

13. Le désir de perfection doit être en vous comme l'oranger de la côte maritime, qui est presque toute Tannée chargé de fruits, de fleurs et de feuilles, car votre désir doit toujours fructifier par les occasions qui se présentent d'en effectuer chaque jour quelque partie, et, néanmoins, il ne doit jamais cesser de souhaiter des nouveaux objets et sujets de passer plus avant, et ces souhaits sont les fruits de l'arbre de notre désir ; les feuilles sont les fréquentes reconnaissances de notre imbécillité, qui conservent les bonnes œuvres et les bons désirs. C'est l'une des colonnes de votre tabernacle, l'autre est l'amour de votre viduité; amour saint et désirable pour autant de raisons qu'il y a d'étoiles au ciel.

14. Jetez souvent votre cœur es plaies de Notre-Seigneur, et non à force de bras. Ayez une extrême confiance en sa miséricorde et bonté qui ne vous abandonnera point, mais ne laissez pour cela de vous bien prendre à sa sainte croix. Après l'amour de Notre-Seigneur, je vous recommande celui de son Eglise. Louez Dieu cent fois le jour d'être fille de son Eglise. Jetez vos yeux sur l'Epoux et sur l'Epouse ; dites à l'Epoux : ce Hé ! que vous » êtes Epoux d'une belle Epouse! » Et à l'Epouse : « Hé! que

» vous êtes Epouse d'un divin Epoux! »

15. Notre-Seigneur désire que vous ne pensiez ni à votre avancement, ni à votre amendement, point du tout; mais à recevoir et employer les occasions de le servir, par la pratique des vertus, dans chaque moment, sans aucune réflexion sur le passé ni l'avenir. Chaque moment présent doit porter son soin à l'unique occupation, dans les retours à Dieu, et un général abandonnement qui détruise tout ce qui s'oppose à ses desseins.

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