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SUR LE DIX-SEPTIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE (SUITE

S'il y a quelque douleur caehée au corps de la servante de Dieu,, qu'on la croie simplement sans doute.

Grâces à Dieu, mes chères Sœurs, le charitable support des infirmes règne parmi nous. Mais, savez-vous sur quoi je veux vous parler à ce propos? C'est sur une certaine bizarrerie d'amour-propre qui se glisse en quelques-unes, qui est que lorsqu'elles ont quelque mal , elles ne le veulent pas dire à leur supérieure, mais que les autres le disent; cela ne peut procéder d'autre source que d'orgueil ; l'on veut faire semblant d'être bien généreuse et de ne point dire son mal, mais il le faut faire connaître. Se tenir tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, se frotier le front, faire l'essoufflée , cela n'est-il pas bien joli à des servantes de Dieu? Enfin, on veut que la supérieure devine notre mal, et qu'elle nous dise gracieusement : Ma fille, vous

trouvez-vous mal? allez-vous-en vous coucher ou prendre quelque chose. Je vous déclare, mes Sœurs, que quand je m'apercevrai de cette tricherie, que je vous tromperai bien; car je vous laisserai souffrir avec votre amour-propre, et ne ferai pas semblant de vous voir. Quand vous viendrez dans la simplicité de votre règle me dire : Ma Mère, j'ai tel mal, alors, de tout mon cœur, je vous permettrai ce que je croirai devant Dieu vous être propre; autrement, je vous dirai : Vous n'êtes pas simple, vous en pâtirez; car, mes Sœurs, il faut aller dans le grand chemin de la règle; toutes ces façons sont trop molles pour une fille de la Visitation, qui doit être généreuse, courageuse et forte. Nous faisons cela sous le prétexte d'observer le document de notre Bienheureux Père, de ne rien demander. Pardonnez-moi, mes chères Sœurs, nous n'en sommes pas encore là; car, quand nous y serons, nous souffrirons entre Dieu et nous, sans en rendre du témoignage, ni sans vouloir que les autres nous plaignent et disent notre mal.

Je ne m'étonne pas de quoi nous ne sommes pas encore à cette haute perfection, mais je m'étonne comme quoi nous faisons ces enfances; de vrai, cela me déplaît bien fort, et je vous prie de vous en corriger. Il semble que nous voulions faire comme un prédicateur à un de ses auditeurs qu'il reprenait d'un vice : Je ne te nommerai pas, mais je te jetterai mon bréviaire. Je ne dirai pas que j'ai mal à la tête, mais je la tiendrai tant et ferai tant de grimaces, que celles qui seront auprès de moi s'en apercevront et le diront pour moi; cela est si fade que j'ai honte que des filles de la Visitation le fassent. Mes chères Sœurs, si vous avez mal, venez Je dire simplement, l'on vous soulagera charitablement, sans faire tous ces détours qui sont tant éloignés de l'esprit de simplicité.

De plus, celles qui sont à l'infirmerie ne s'assujettissent pas, ains sortent de l'infirmerie, et se vont promener sans congé de l'infirmière, qui ne sait par après où elles sont. Voyez-vous, mes

chères Sœurs, nous ne savons pas bien noire leçon : nous ne sommes à l'infirmerie que pour obéir; celles qui ne le font pas, certes, elles montrent bien qu'elles n'ont point de vraie vertu. Quand nous sommes à l'infirmerie, nous y sommes comme les novices au noviciat, et les infirmes ne doivent point sortir sans la licence de leur infirmière, non plus que les novices du noviciat, sans la licence de leur directrice. Or sus, que l'on fasse profit de ceci, je le dis pour toutes, parce que toutes sont sujettes à être malades; et plût à Dieu que toutes sussent bien le mérite qu'il y a dans la souffrance et l'humble soumission, car nous ne serions pas si tièdes à employer les occasions, lesquelles nous agrandissent devant Dieu. Bienheureuse est l'âme qui ne cherche que Dieu, sans aucune propre satisfaction, soit en la santé, soit en la maladie; car elle a toujours la paix du cœur.

EXHORTATION XII

(Faite le 9 mars 1630) SUR LE DIX-NEUVIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Celui qui hait son frère est homicide, ains au sexe des

mâles que Dieu créa le premier, le sexe des femmes a aussi reçu ce commandement.

Nous ne haïssons pas nos Sœurs, par la grâce de Dieu, d'une grande haine, nous ne leur souhaitons pas de grands maux; mais cela n'est pas assez, de ne se vouloir pas de mal, il se faut aimer cordialement; il ne se faut pas contenter de ne leur vouloir point de mal, ains il les faut respecter et leur souhîùter toutes sortes de biens et prospérités, désirer leur perfection et progrès en l'amour de Dieu, comme le nôtre; ce n'est pas assez

de ne leur donner point de trouble et d'ennui, mais il faut procurer la paix de leur cœur, leur consolation et joie; bref, ce n'est pas assez de ne leur point faire de mal, il leur faut faire tout le bien que l'on peut. Certes, ceux qui lisent l'Ecriture sacrée, voient qu'elle est toute pleine de témoignages de l'ardent désir que Dieu a que nous aimions le prochain.

Notre principal prochain, à nous qui sommes heureusement hors du inonde et de ses embarras, enfermées dans un cloître, ce sont nos Sœurs; nous ne conversons presque jamais qu'avec elles, et celles qui n'ont pas charge du temporel voient rarement les personnes de dehors nos grilles; certes, je sais bien que tout le monde est notre prochain, et que tous les chrétiens sont nos frères et nos sœurs; mais étant hors de leur conversation, nous ne pouvons que prier pour eux, ce que nous faisons, grâces à Dieu. Donc, notre cher prochain, ce sont nos Sœurs, lesquelles Notre-Seigneur nous a dit que nous aimassions comme il nous a aimés; et, une autre fois, il dit à ses disciples : Aimezvous les uns les autres, afin quen cela l'on connaisse que vous êtes mes disciples; et quand ce divin Maître fut interrogé, quel était le plus grand commandement : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, dit-il , de tout ton cœur, et l'autre , semblable à celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même; voici , dit-il après la Cène, que je vous donne un nouveau commandement : Aimezvous les uns les autres. Certes, mes chères Sœurs, nous ne saurions jamais atteindre à la perfection de la sainte dilection, et union avec Dieu, que nous n'ayons cet amour du prochain. Je lisais hier que saint Jean dit : Celui qui dit qu'il aime Dieu et n'aime pas son prochain, il est menteur ; car, comment aimerait-il Dieu qu'il ne voit pas, s'il hait son prochain qu'il voit? Ainsi, mes Sœurs, si nous n'avons pas l'amour cordial et la sainte dilection envers nos Sœurs qui nous représentent l'image de Dieu , nous devons croire que nous n'avons pas le vrai amour de Dieu.

Comme j'ai dit, nous ne voulons pas, il est vrai, aucun mal à nos Sœurs, mais ce n'est pas assez : il faut les aimer cordialement, parce qu'elles sont le temple de Dieu ; également, parce qu'elles toutes sont Epouses de Dieu et nos Sœurs; et persévéramment, parce qu'il ne faut jamais cesser d'aimer Dieu, ni par conséquent nos prochains. Regardons si nous n'avons point de petites aigreurs de cœur contre elles, point de jalousie, point d'ambition, point d'aversion ou inclination particulière. Nous ne voudrions pas dire du mal de nos Sœurs, mais regardons si, par le mouvement de notre aversion, nous ne disons point quelquefois des choses qui rabattent la bonne estime de celles à qui nous n'inclinons pas. Regardons bien, devant Dieu, si nous désirons le bien de toutes nos Sœurs également, autant à l'une qu'à l'autre; car, ce n'est pas opérer selon la charité parfaite, que d'être bien douces en la conversation avec celles à qui nous avons de l'inclination et de la sympaihie, ni de parler bien d'elles, ni rien dire d'elles à leur désavantage, ni rien faire qui les contrarie; mais la charité et la vraie vertu requièrent qu'indifféremment nous conversions avec nos Sœurs, suavement, cordialement, avec une humble franchise, une douce confiance, une sainte joie et allégresse, parlant bien de toutes, ne censurant ni ne contrariant point ce qu'elles disent ou font; en cela gît la vertu, et non point en nos inclinations. Que si même il s'en trouve qui nous fussent à dégoût, qui nous contrariassent, ô mes chères Sœurs, souvenez-vous qu'il est écrit : Faites du bien à ceux qui vous font du mal; bénissez ceux qui vous maudissent, aimez ceux qui vous persécutent et haïssent. Je vous supplie, que nous mettions toutes les mains dans nos cœurs, pour chercher si tout va à l'endroit de nos prochains, comme sont nos affections pour lui; si nous y trouvons quelque ressentiment, aversion ou souvenir de quelque tort reçu, prenons soudain la serpe de la sainte crainte de Dieu, et retranchons ce mauvais surjon de notre nature corrompue qui ne

veut rien souffrir; puis, édifions en sa place l'amour de ce grand commandement du prochain et de l'observance de ce sacré précepte : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés; que si, au contraire, nous trouvons dans nos cœurs des inclinations et affections particulières, chassons-les prompt tement, car ce sont des renardeaux qui gâtent et veulent démolir la vigne de la charité et union religieuses, étant grandement pernicieux dans un couvent, à cause des conséquences qu'il tire après soi; et, de plus, c'est une marque qu'il n'y a pas de la vraie vertu qui nous fait aimer également, et non pas amuser nos esprits à cette niaiserie d'inclination.

Pour conclusion, mes chères Sœurs, aimons-nous en Notre- Seigneur, également, cordialement et constamment, nous gardant des amitiés particulières , et aussi des aversions et amertumes de cœur ; mais tenons le plus que nous pourrons nos cœurs dans une sainte égalité envers nos Sœurs.

11 me vient encore en pensée de vous dire que nous nous gardions de plus en plus d'offenser le prochain par nos paroles, nous souvenant que c'est l'arbre de vie, auquel il est défendu de toucher pour médire ou en juger sous peine de mort. J'ai été longue, mais je vous dis ces choses au nom de Notre-Seigneur et de sa part, ce qui me fait vous prier d'en faire profit; car c'est une chose extrêmement délicate et nécessaire que la diîection du prochain et l'égale union avec toutes nos Sœurs, et à quoi il est fort dangereux de faillir; peut-être que si l'on avait la vue bien claire de ce côté-là, l'on ne serait pas si en peine de quoi se confesser, un péché véniel y est bientôt fait. Aimons nos Sœurs parce qu'elles sont les œuvres des mains de Dieu, ses épouses et son temple. Honorons Dieu en elles, et les honorons en Dieu. Aimons Dieu en elles, et ne les aimons qu'en Dieu et pour Dieu.

EXHORTATION XTII

(Faite le 23 mars 1630) SUR LE VINGTIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Celle qui ne veut pardonner à sa Sœur ne doit point

espérer de recevoir le fruit de V oraison; mais celle, laquelle ne veut jamais demander pardon, ou qui ne le demande, etc.

C'est une pratique qui doit être en grand usage parmi nous, que, dès que nous connaîtrerons avoir tant soit peu fâché une de nos Sœurs, nous lui en devons demander pardon, soit que nous ayons dit quelques paroles mortifiantes, ou sèches, ou contrariantes, ou pour ravaler, ou pour désapprouver, ou même fait quelque action qui ait pu fâcher, et, cela, le faire rondement, franchement et de bon cœur. Celle qui ne veut pas pardonner à sa Sœur, dit notre sainte règle, ne doit point espérer de recevoir le fruit de l oraison. Certes, c'est un grand malheur, et bien à craindre pour une âme religieuse qui est close dans un cloître, de se rendre incapable de recevoir le fruit de l'oraison, pour une tricherie et des chimères qui ne valent pas le parler; mais, savez-vous ce que c'est que le fruit de l'oraison? Ce sont les solides vertus, l'intime et savoureuse union de l'âme avec Dieu, la supplantation des ennemis de l'âme, l'assujettissement de la nature, et le renoncement de tout ce monde et mille autres que je ne pourrais dire en peu de temps : eh bien! une Sœur nous a fâchée; il faut lui pardonner de bon cœur, et non-seulement cela, mais, par un acte d'humilité intérieure, reconnaître devant Dieu, et faire confesser à notre propre cœur, que c'est sans sujet que nous nous sommes ombragées, et que c'est l'orgueil et propre estime qui est en nous qui nous fait prendre en mauvaise part ce que l'on nous dit, et ainsi toujours pardonner, h. 7

parce que Notre-Seigneur n'a point dit : Pardonnez sept fois, mais septante fois sept fois; cela veut dire autant de fois qu'il nous offensera; et, ce bon Dieu même, soudain que le pécheur retourne à lui, il le reçoit en son amitié. Or, parce que nous sommes faibles et chétives créatures, il faut, après que Ton nous a fâchées, et même après avoir pardonné, regarder au fin fond du cœur s'il ne reste point de petite froideur ou amertume contre la Sœur, et si nous en trouvons un seul brin, i'arracher de nous et le jeter arrière, pour nous rendre capable de recevoir le fruit de l'oraison, qui est, comme j'ai déjà dit : les vertus et encore les visites de Dieu envers les âmes qui sont si heureuses de ne vouloir que Lui; c'est l'un des grands et des principaux points et fruits de la religion, et le principal de la vie monastique, que l'union, tant avec Dieu qu'avec le prochain; la belle et agréable chose! Oh! que c'est une chose excellemment bonne, que de voiries Sœurs d'un même Institut habiter en union et conformité ! cela attire toutes sortes de bénédictions sur elles. Des cœurs unis en charité sont des vases propres à recevoir les grâces célestes, et les cœurs désunis périssent.

Je vous supplie, mes chères Sœurs, demeurez liées et unies ensemble par le lien de paix et de charité, vous prévenant, comme dit la constitution, en honneur et respect; que si, par fragilité humaine, vous fâchiez quelqu'une de vos Sœurs, soyez soudain à ses pied? pour lui en requérir pardon. Si vous faites cela avec humilité , je vous puis assurer que vous attirerez beaucoup de bénédictions sur vous et toucherez le cœur de celles à qui vous demanderez pardon , lesquelles vous en aimeront mieux que si vous n'aviez point failli; et, certes, il ne nous doit point fâcher, dit le grand saint Augustin, de produire les remèdes par la même bouche qui a fait les blessures. Nous devons nous estimer heureuses de pouvoir, par un acte d'humilité , réparer ces fautes envers nos Sœurs, et c'est la juste raison que si nous

avons jeté, à la volée, quelques propos qui aient blessé le cœur de notre Sœur, la même langue qui a fait cette plaie y applique l'onguent pour la guérir. Vraiment, celles qui sont soigneuses de cette pratique font un acte d'humilité fort agréable à la divine Majesté , qui, étant le Dieu d'amour, d'union et de paix, veut que la dilection suave, la paix tranquille, et la sainte union cordiale et charitable régnent entre ses enfants.

Mais nous ne devons pas attendre que l'on nous vienne rechercher pour nous demander pardon, ains nous devons aller à celle qui nous a fâchée; je sais bien que ceci est quelque chose audessus du commun; aussi devons-nous tendre à Pexcellen te vertu. Il faut donc, soudain qu'une Sœur nous a dit une parole sèche, prendre le temps convenable pour nous jeter à ses pieds, la priant de nous pardonner notre peu de cordialité, ou de condescendance, ou l'imprudence que nous pouvons avoir commise à son endroit, qui lui ont donné sujet de mécontentement; celte humble accusation de nous-même est agréable et suave aux yeux de la divine Bonté. Cela nous y doit rendre fort attentives, tant pour demander pardon bien humblement, que pour pardonner franchement; ce que faisant avec fidélité, nous mériterons de recevoir les fruits de l'oraison, de la sainte union et charité fraternelle et cordiale, et nous pourrons dire, dans une humble et fidèle confiance : Pardonnez-nous, Seigneur, comme nous pardonnons à nos prochains.

EXHORTATION XIV

(Faite en 1630) SUR LE VINGT-DEUXIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Or, entre vous ne doit être aucune dilection charnelle,

ains spirituelle.

En ce petit chapitre de notre sainte règle , mes très-chères Sœurs, nous y trouvons une grande perfection enclose, et le grand saint Augustin, en peu de mots, nous dit excellemment comme il faut aimer nos Sœurs : Or, entre nous ne doit être aucune dilection charnelle, ains spirituelle. Cela veut dire : ne vous aimez point d'une amitié naturelle, sensuelle, qui soit fondée sur des qualités frivoles, comme de parenté, alliance, connaissances, correspondance, ressemblance, sympathie d'esprit, symbolissement d'humeurs et mille autres niaiseries que les esprits humains se forgent; comme encore des beautés naturelles, des grâces civiles; toutes telles folies doivent être bannies de nos esprits, et aimer nos Sœurs, non d'un amour humain, non d'un amour intéressé, mais, comme dit notre sainte règle, dune dilection spirituelle, d'une certaine affection intérieure et cordiale qui s'attache aux vertus et non point aux autres choses; aussi, serait-ce chose déplorable que des personnes qui ont fait profession, et se sont obligées de vivre de la vie de l'esprit et selon les règles de la perfection, qu'elles s'amusent à aimer selon la chair et selon leurs inclinations sensuelles, vaines et naturelles. Nous ne devons aimer personne, pour proche qu'elle nous soit, qu'en Dieu, pour Dieu et selon Dieu ; aimer nos Sœurs en Dieu , c'est l'unique moyen d'empêcher les impuretés qui se glissent quelquefois aux amitiés les plus spirituelles, et c'est un amour beaucoup plus parfait de

regarder Dieu au prochain, et l'aimer dans le prochain; car, par cette voie, Dieu sera aimé lui seul souverainement, et encore le prochain autant que l'amour de Dieu le requerra, et cela d'un amour tout pur auquel il n'y a rien à craindre. Aimer notre prochain en Dieu, voilà qui est excellent; mais encore quelquefois il est dangereux de faillir, parce que l'on prend le change, en sortant de cette divine Source, imperceptiblement par les astuces de l'amour-propre ; mais en aimant Dieu en notre prochain, l'on ne peut jamais errer. Et notre sainte règle, en quelque endroit, nous apprend cette leçon d'aimer, quand elle dit : Honorez Dieu, duquel vous avez été rendue le temple, les unes en la personne des autres, réciproquement ; c'est à quoi je vous exhorte, mes très-chères Sœurs; honorons, adorons et aimons Dieu en la personne de toutes nos Sœurs; car il habite en elles par grâce, et souvent en réalité par la très-sainte communion : aimons toutes nos Sœurs en Dieu, et aimons Dieu en toutes nos Sœurs; ne cherchons que son bon plaisir et sa gloire en nos amitiés, et non notre satisfaction; ainsi faisant, sa bonté nous accordera l'amour pur et solide du prochain et fera croître en nous le sien de jour en jour, à mesure que nos cœurs se dégageront des amitiés et affections charnelles et terrestres, desquelles sa bonté nous préserve toujours, s'il lui plaît.

EXHORTATION XV

(Faite en 1630) SUR LE VINGT-TROISIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Que l'on obéisse à la Supérieure en gardant l'honneur qui lui est dû, de peur qu'en icelle Dieu ne soit offensé, etc.

Voyez-vous, mes Sœurs, je ne dis pas la règle de suite, mais selon que Dieu me fait connaître vos besoins. J'ai donc pensé de vous mettre devant les yeux cet article : « Que ton obéisse » à la Supérieure en gardant l'honneur qui lui est dû, de peur » qu'en icelle Dieu ne soit offensé. » Vous savez, mes Sœurs, tous les beaux Entretiens que nous a faits notre Bienheureux Père de M obéissance , que ce serait chose superflue que je vous en parle maintenant; seulement, je vous prie, rendons-nous exactes et promptes aux obéissances, voir aux plus petites , car sachez, mes chères filles, que d'être obéissantes c'est être religieuses, et être religieuses, c'est être obéissantes. Le Fiîs de l'homme a été obéissant tout le temps de sa vie, et encore davantage en sa mort, qui ne fut pas une mort commune, mais la mort pénible, rude et honteuse de la croix. Croyez-moi, mes Sœurs, j'ai accoutumé de vous dire, et c'est après notre Bienheureux Père, que le remède à tous maux, c'est la considération des travaux de notre cher Sauveur. Qui est celle d'entre nous qui, considérant ce Dieu incompréhensible, ce grand Dieu, ce Seigneur d'une si haute Majesté, descendu du sein de son Père, pour venir se rendre obéissant tout le cours de sa vie mortelle, jusques à mourir sur une croix par obéissance! qui sera celle, dis-je, qui refusera d'obéir aux créatures, voyant le Créateur qui s'y est soumis pour être notre exemplaire? A son imitation, mes chères Sœurs, obéissons, non-seulement de corps,

mais de cœur à nos supérieures, et, quand nous avons des répugnances, répondons-leur comme notre divin Maître à saint Pierre : Pourquoi ne veux-tu pas que je boive le calice que mon Père me donne ? Et d'autant que nos répugnances ne sont que nos inférieures, que la raison, comme dame et maîtresse, les domine et assujettit, joignons toujours nos cœurs, nos volontés et nos jugements à l'obéissance, la faisant purement pour Dieu et pour plaire à lui seul , lequel voyant le fond de nos cœurs, qui pour lui se soumettent, nous en récompensera en son éternité où lui-même sera notre récompense.

EXHORTATION XVI

(Faite en 1630) SUR LE VINGT-QUATRIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE.

Or, afin que toutes ces choses soient gardées, et que si quelque chose n'est pas observée elle ne soit pas pourtant négligée , etc.

En ce chapitre, le grand saint Augustin n'exclut rien : il veut que tout ce qui est de notre Institut soit observé par toutes les Sœurs, sans exemption, si que chacune de nous devrait avoir sa règle devant ses yeux, et en savoir toutes les paroles sur le bout du doigt, par manière de dire, puisque chacune doit observer tout ce qui est contenu en icelle, ce qui n'est pas petite chose, car elle nous achemine au plus haut de la perfection chrétienne et religieuse.

Notre règle et notre manière de vie ne consistent pas en beaucoup de choses extérieures ; mais elles consistent en un ardent

amour de Dieu et zèle de sa gloire, en une parfaite résignation et abnégation de nous-même, en une véritable humilité et simplicité de cœur : voilà ce que le monde ne connaît pas et de quoi l'œil humain ne tient pas grand compte, et c'est ce que - nous devons observer, puisque nous sommes ici assemblées pour vivre selon ces saintes règles qui nous marquent ce chemin, chemin véritablement dur à la chair, amer à l'esprit; mais suave au cœur, doux à l'âme, qui s'unit, par cette voie de la mort de soi-même, à son Dieu.

Or, parce que le grand Père saint Augustin savait bien que, tandis que nous sommes çà-bas, nous sommes sujettes à chopper, voire, à tomber quelquefois, il a ajouté en ce chapitre : Si quelque chose rf est pas observée ,qu elle ne soit pas pourtant négligée. Ains que Ion ait soin de réparer au plus tôt le défaut Ce n'est rien, mes très-chères Sœurs, de manquer un peu de condescendance, de promptitude à l'obéissance, pourvu que cela ne soit pas volontaire, ains par surprise et rarement, et que ce défaut soit soudain réparé ; c'est donc contre la règle de croupir en ses fautes; car, comme vous voyez, elle requiert une prompte correction. Il faut réparer au plus tôt ce défaut, c'est-à-dire, soudain que vous vous connaîtrez fautives en quelque point de votre règle, regardez soudain devant Dieu d'où procède ce mal, et, l'ayant découvert, appliquez-y d'abord le remède; par exemple : une Sœur connaît qu'en peu de temps elle a fait trois ou quatre manquements de promptitude à l'obéissance, ou de cette humble et douce condescendance qui nous est tant recommandée, elle doit regarder si c'est par inclination d'achever un bout de filet, ou par quelque négligence ou paresse d'esprit; si elle manque à la condescendance, regarde si c'est par contrariété, par sécheresse de cœur ou telle autre; et, ayant découvert la source de son mal, qu'elle y applique soudain le remède qui y est contraire, mortifiant généreusement ses petites inclinations ou humeurs pour s'assujettir à la sainte règle; ainsi faisant,

bien que nous ne puissions pas absolument éviter de chopper, nous éviterons pourtant la négligence, réparant ainsi nos défauts, lesquels n'étant pas faits par une volonté malicieuse, ne sont pas beaucoup désagréables aux yeux de la divine Majesté. C'est principalement à la supérieure de prendre garde que les manquements contre la règle ne régnent pas; il est vrai, mais c'est aussi à la fidélité que chacune aura à se relever promptement; c'est encore aux surveillantes à avoir l'œil attentif, afin que rien de l'observance extérieure ne se néglige. En somme, mes chères Sœurs, c'est à chacune de veiller continuellement sur son cœur, pour voir si elle observe toutes les paroles de cette sainte règle qu'elle doit porter écrite, car c'est pour nous le chemin de la vraie vie, et la porte par laquelle nous entrerons aux cieux. Lisons-les attentivement : méditonsles sérieusement et dévotement, pratiquons-les fidèlement, afin que nous puissions dire au Père éternel à l'heure de notre mort, à l'imitation de notre cher Epoux : Mon Dieu! recevez mon esprit entre vos mains où je le remets; car j'ai passé mon pèlerinage selon votre volonté , et j'ai entièrement accompli ce que vous m'aviez mis en main, qui n'est autre que mes règles, qui sont selon votre Cœur et volonté. J'ai toujours marché par ce chemin que votre bonté m'a montré et où votre paternelle douceur m'a mise. Voici donc, Seigneur, que j'ai observé mes règles et ai accompli l'œuvre de ma perfection en la manière de vie que vous m'avez découverte; j'ai observé en icelle vos commandements , vos préceptes et vos conseils ; c'est pourquoi maintenant je remets mon âme entre vos mains, espérant que vous la colloquerez en votre royaume, selon votre promesse et la grandeur de votre miséricorde.

EXHORTATION XVII

(Faite en mat 1630) SUR LE VINGT-SIXIÈME CHAPITRE DE LA RÈGLE

Plaise à Dieu que vous observiez toutes ces choses ici avec dilection comme amoureuses de la beauté spirituelle, etc.

Mes chères filles, imaginez-vous de voir le grand saint Augustin au milieu de vous qui vous dit comme à ces bonnes âmes à qui il écrivait et donnait sa règle : Plaise à Dieu que vous observiez toutes ces choses ici avec dilection, etc. Pouvaitil faire un souhait plus digne, plus juste et plus à propos à la fin de sa règle? Plaise à Dieu que vous observiez toutes ces choses avec dilection, c'est-à-dire avec amour; car, quand vous feriez tout ce qu'une créature peut faire, si vous le faites sans amour, vos œuvres ne sont rien qu'un semblant et une feinte; mais, comme disait ce grand Saint en une autre occurrence, aime et fais tout ce que tu voudras, quoi que ce soit, pourvu que tu aimes, c'est assez. Observez donc toutes ces choses; il dit, toutes, car l'amour est soigneux de ne rien omettre, avec dilection, comme amoureuses de la beauté spirituelle et comme odoriférantes des bonnes odeurs de Jésus-Christ , c'est-à-dire de ses vertus; pesez cette parole, mes chères filles : comme amoureuses de la beauté spirituelle. Ah Dieu! si nos esprits, au lieu de s'amusera tant d'inutilités, s'occupaient aux choses divines, que nous découvririons des beautés dans l'intime de nos âmes, et que la vie spirituelle nous semblerait souverainement agréable et délicieuse! nous trouverions odoriférantes les vertus, les paroles et les actions de notre bon Maître et Sauveur.

Par la bonne conversation : Il faut , pour être telle , qu'elle soit suave, dévote, supportante et naïve avec le prochain. Ohî

que c'est une excellente chose que celte bonne conversation avec Dieu , nous tenant proche de lui , amoureusement et finalement, non comme esclaves sous la Lot, mais comme libres et affranchies , et constituées sous la grâce de Dieu! Voilà ce qui chasse ces craintes mercenaires, ces considérations serviles, certaines craintes noires et basses qui attaquent quelquefois les âmes; nous sommes tirées de la servitude du monde pour courir après le Sauveur, pour converser avec lui, pour jouir de ses chères amours.

Ah ! mes chères Sœurs, que j'ai le cœur touché quand je vois que des enfances nous distraient de ce bonheur, lequel, pour vous l'acquérir en sa perfection, je donnerais franchement, ce me semble , ma vie. Souvenez-vous de cette parole que sainte Thérèse disait à ses filles : « Il n'y a rien de si malheureux » qu'une religieuse qui n'est pas toute à Dieu, qui veut un peu » Dieu , un peu elle-même , un peu le monde , un peu l'esprit 55 du monde, et un peu de liberté. »

Non, mes Sœurs, vous n'aurez jamais de paix en cet entre-deux; si vous ne cherchez uniquement Dieu, vous n'aurez qu'inquiétude. Défaisons nos esprits de tout, mes Sœurs, pour ne vouloir que celte part unique et nécessaire ; je veux dire, pour ne vouloir que Dieu et son amour, en l'accomplissement de ses saintes volontés qu'il nous signifie en ces bénites règles, dont toutes les paroles devraient être écrites en nos cœurs et exprimées par nos actions : lisons-les attentivement et amoureusement, pratiquons-les fidèlement et finalement, et Dieu nous bénira.

EXHORTATION XVIII

(Faite en juin 1630) SUR LE VINGT-SIXIÈME CHAPITRE DE L£ RÈGLE.

Plaise à Dieu que vous observiez toutes ces choses ici avec dilection, comme amoureuses de la beauté spirituelle, etc.

Voici le dernier chapitre de dos règles, où notre grand Père saint Augustin, cette admirable et belle lumière de l'Église, va découvrant d'une suave façon, comme nous devons observer toutes ces choses de notre règle. En premier lieu, il fait un souhait ou un élan d'esprit pour nous, plaise à Dieu que vous observiez toutes ces choses ici avec dilection. Toutes les choses de notre règle doivent véritablement être observées avec un soin et une allégresse dignes, si cela se pouvait, de celui pour l'amour duquel nous les observons. Tout doit être observé, mais observé avec dilection, par un épanouissement de cœur de l'amour divin : que par amour, nous gardions ie silence; que par amour, nous recevions les humiliations et obéissances difficiles; que par amour, nous nous levions, couchions, priions et disions l'Office à la même heure; que ce même amour nous fasse souffrir toutes sortes d'incommodités et faire gaiement toutes les choses plus abjectes et pénibles à la nature. Que l'amour nous rende si soigneuses à l'observance, que nous n'en omettions pas un seul point à notre escient : bref, il faut que cet amour céleste soit notre motif, notre but et notre prétention. Il faut observer tout, mais avec dilection , comme amoureuses de la beauté spirituelle* Or, vous savez que la nature de notre volonté est telle, que, dès qu'elle a découvert quelque objet beau et aimable, elle vient d'abord à en désirer la possession et la jouissance. Toute beauté , toute bonté et perfection dérivent de

Dieu, qui est souverainement beau, bon et parfait, et cette bonté, qui est eu lui, fait qu'il communique aux âmes qui le servent, quelques petites parcelles de ces vertus; par exemple: une âme est charitable et bénigne; elle tient cela de Dieu, et ainsi des autres vertus, lesquelles étant dans une âme, la rendent merveilleusement belle, et font cette beauté spirituelle de laquelle nous devons être amoureuses pour observer nos règles, qui sont le chemin par lequel nous arriverons à la jouissance de cette douce beauté spirituelle, qui est plus à désirer que toutes les délices d'un Louvre. Nous devons quelquefois considérer la beauté d'une âme vertueuse et spirituelle, afin que notre volonté l'ayant découverte, l'aime et soit encouragée par icelle.

Cheminons droitement et fervemment, mes chères Sœurs, en cette sainte loi de notre vocation, comme amoureuses de la beauté spirituelle et comme odoriférantes des bonnes odeurs de Jésus-Christ , non comme des esclaves et forcées sous une dure loi, mais comme des bien-aimées filles et épouses de Dieu, libres et affranchies des lois de la chair et du monde, constituées sous la grâce de Dieu, notre unique Epoux, après lequel nous devons courir et le suivre pas à pas, attirées par ses odeurs, qui sont toutes les actions qu'il a pratiquées durant sa vie. Ces principales odeurs sont : pauvreté, mépris et douleurs. Pauvreté, parce que, supposant que les oiseaux aient des nids; les renards, des tanières; les cerfs, des forêts; et toutes sortes d'animaux, quelques retraites, néanmoins, le Fils de l'homme n'a pas où reposer son chef: sa sainte Mère est pauvre; le glorieux saint Joseph n'est qu'un pauvre charpentier. Enfin, le Seigneur et Créateur de toutes choses n'a rien eu çà-bas pour reposer son sacré et adorable chef.

Mépris, parce qu'il dit lui-même qu'il est l'opprobre, l'abjection et la risée du peuple, tenu pour un ver et non pour un homme, appelé endiablé, samaritain, séducteur et perturbateur

du repos public , lui , qui n'est qu'un avec le Père et le Saint- Esprit.

Douleurs, parce que depuis la nativité de ce béni enfant, il n'a eu que douleurs : il est né en pleurant, tout tremblottant de froid; il endure en Egypte; il souffre la persécution des Juifs, et, bref, il souffre l'effroyable supplice de la croix, et jamais douleurs ne furent comparables à ses douleurs. Voilà, à mon avis, les odeurs dont parle notre sainte règle, après lesquelles nous devons courir, toutes amoureuses de ces célestes parfums. Or, je sais bien que Dieu répand quelquefois dans les âmes qui lui sont fidèles des consolations, suavités et douceurs incomparablement meilleures que le vin le plus délicieux des fols plaisirs de ce siècle mondain, mais ces parfums sont donnés pour récompense de l'assiduité fidèle et constante à suivre les premiers, qui sont les vrais parfums de Jésus-Christ, lequel, si nous le suivons parfaitement, il nous donnera les autres en abondance, même dès cette vie, pour nous faire savourer et goûter les délices qu'il nous a préparées à la vie béatifique et bienheureuse.

De plus : mes chères Sœurs, pour bien observer la règle qui nous ordonne d'être simples, naïves, douces et dévotes, faisons que nos conversations soient immaculées et angéliques, pleines de saints colloques, et de fervents et charitables propos. Ne marchons point par crainte, comme des esclaves sous la loi qu'ils n'aiment pas, mais joyeusement comme des âmes libres d'ellesmêmes et affranchies de l'esclavage où sont les mondains, et constituées sous la loi de la grâce et d'amour. Jouissons des privilèges des filles de Dieu, qui sont la sainte joie et liberté d'esprit; non de la liberté fausse, que notre chair corrompue appète, mais de la sainte liberté d'esprit qui nous met hors des prisons de ce monde, et nous tire de l'esclavage de ses iniques lois, nous délivre de ses basses affections, et met nos soins, nos soucis, nos pensées, nos désirs, notre amour dans

ciel, où doit être notre conversation, jusqu'à ce que notre âme, éprise de la captivité de cette mortalité, s'en aille en pleine et parfaite liberté, entre les bras de son Epoux, pour jouir à jamais de la grandeur de son immensité, et louer éternellement l'infinité de ses grandes miséricordes.

EXHORTATION XIX

(Faite en juin 1630)

CONCLUSION DE l'eXPLIC ATION DE LA RÈGLE.

Voici que j'ai achevé de vous lire les règles; Dieu veuille qu'à l'heure de notre mort nous puissions dire que nous achevons notre vie, ayant achevé l'accomplissement de notre perfection, selon cette sainte règle : or, nous l'accomplirons parfaitement lorsque nous serons délivrées de tout autre soin que de plaire à Dieu, étant aussi délivrées de ce misérable amour, mauvais et déréglé de nos corps, de nos esprits: lors encore que nous aurons secoué et jeté loin de nous cet amour et soin superflu de notre santé, de nos commodités de notre réputation, de nos consolations et satisfactions, bref, de tous ces amours impurs et imparfaits qui ne sont pas celui de Dieu ou tendant à Lui. Je vous supplie, mes très -chères Sœurs, armons-nous de générosité, pour marcher fervemment dans ce fidèle chemin de notre sainte règle; il aboutit au ciel. Courage donc, Dieu est pour nous; qui nous contredira? Dieu est des nôtres, il tiendra notre parti; ne craignons rien; entreprenons^ bon escient, la pratique de cette sainte règle. Hélas! nous sommes obligées de l'observer sous peine de damnation éternelle, parce que nous avons fait vœu de vivre selon icelle;

nous l'avons vouée de franche volonté, sans que personne nous y ait contraint. La Religion ne pensait point à nous : nous la sommes venue chercher; nous avons d'une franche volonté renoncé et quitté le monde, et tous ses fols et vains amusements, pour nous dédiera Dieu par l'observation de cette sainte règle. Gardons-la donc exactement ; aimons-la précieusement et puissamment, et l'honorons et estimons chèrement, comme l'échelle et le chemin par lequel nous arriverons au ciel; ne plaignons pas nos peines : notre récompense sera grande; regardons le ciel et méprisons la terre; regardons les délices souveraines qui sont là-haut qui nous attendent; regardons Dieu, et nous oublions nous-mêmes et toutes choses pour lui plaire; mortifions-nous puissamment et constamment pour acquérir le ciel; car il n'y a que les violents qui le ravissent. A celui qui vaincra, dit l'Ecriture, je lui édifierai une colonne au Temple de mon Dieu, et il demeurera à jamais en ce lieu.

Croyez-moi, mes chères Sœurs, le ciel vaut bien la peine que nous prenions à mortifier nos inclinations; et puis, il faut nécessairement les mortifier pour y aller, car nous n'entrerons point au Royaume, ni aux noces de l'Agneau, avec elles, couvertes de leurs vieux haillons; il faut la robe nuptiale des saintes vertus. Veillons donc sur nous-mêmes, mes chères Sœurs, prenons l'épée en main, et jetons l'œil sur notre àme, pour découvrir ou retrancher ce qui, directement ou indirectement, serait en nous contre Dieu et notre sainte règle; c'est à quoi, ce me semble, que je vous exhorte souvent, et je vous en prie, derechef, pour l'amour de Dieu et pour l'amour de votre propre conscience. Considérez souvent la chétiveté de tout ce qui se trouve en ce val misérable et le méprisez fortement; considérez la bonté et beauté de Dieu, et des choses éternelles, et les aimez ardemment; considérez-vous vous-mêmes pour vous vaincre courageusement; soyez veillantes et vaillantes pour batailler contre les ennemis de votre perfection, encoura-

gez-vous, regardant la beauté du ciel. Les pèlerins sont consolés voyant la terre où ils vont.

Nous ne devons pas travailler seulement pour avoir le ciel quoique la pièce le vaille bien, mais travailler pour avoir le Dieu du ciel; car si Dieu n'y était point, certes, le ciel avec toutes les excellences de ses beautés, richesses et douceurs serait ennuyeux, au lieu d'être à délices. Regardez donc le cielc'est-à-dire, regardez là-haut où Dieu habite, et vous animez à travailler pour lui, afin que vous y habitiez aussi, jouissant éternellement de lui; sa bonté nous en fasse la grâce par sa douce miséricorde.

EXHORTATIONS

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