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DE LA VISITATION

EXHORTATION I

(Faite en juillet 1630) SUR LA PRÉFACE DE NOS CONSTITUTIONS.

En ouvrant la Règle, voici la pensée qui m'est venue sur la préface de nos Constitutions : tout ainsi que les faibles jouiront du fruit de la santé des robustes, les robustes jouiront réciproquement du mérite de la patience des imbéciles [infirmes].

Je vous dis souvent, mes chères Sœurs, que dans nos règles et constitutions sont encloses toutes les sciences que nous devrions désirer; et plût à Dieu que nous fussions soigneuses de les lire fréquemment et attentivement, car nous recevrions les lumières requises pour les parfaitement observer. Voilà ce que l'on lit tous les mois; mais qui est-ce qui le rumine comme il faut? En ce petit document ici est enclos une très-grande perfection, et montre grandement l'excellence de l'union religieuse; les faibles jouiront du fruit de la santé des robustes; le fruit de la santé, doit être le travail ; ainsi les fortes balayent, font le pain, blanchissent le linge, apprêtent à manger, bref, rendent tous les autres services nécessaires, faisant par ce moyen jouir leurs Sœurs du fruit de leur santé; mais, afin que les fortes jouissent

aussi du mérite de la patience des infirmes, les infirmes doivent se rendre humbles, douces, patientes et reconnaissantes de la charité qu'on exerce en leur endroit; et, je vous prie, mes Sœurs, qui êtes maladives, que vous examiniez quelquefois si vous rendez vos Sœurs participantes de quelque bien ou mérite, par le moyen de votre patience et résignation à la divine volonté, car vous jouissez toujours du travail de vos Sœurs ; mais si vous n'êtes pas vertueuses en vos maladies , si vous êtes impatientes et peu soumises, de quoi jouiront vos Sœurs qui vous servent? Ceci mérite considération.

Et vous, mes Sœurs, que Dieu a gratifiées de la force et santé pour avoir l'honneur de servir nos Sœurs, considérez si vous le faites de bon cœur pour Dieu, et pour Dieu seulement, et non pour aucun respect humain; voyez si vous êtes promptes, douces et charitables à les secourir; si vous trouvez qu'oui, bénissez Dieu, et le faites toujours de plus en plus; si vous trouvez que non, redressez-vous et vous humiliez beaucoup devant Dieu; et, tant les unes que les autres, considérez attentivement cette petite parole de notre saint Fondateur et vous y trouverez instruction.

0 Dieu! mes chères Sœurs, quei bien de servir les malades! Le bon Job, tant chéri de Dieu, s'en vantait : Je suis, disait-il, le pied du boiteux , l'œil de l aveugle, le support du pauvre. Nous autres, ne pouvons aller chercher les pauvres aux carrefours et aux hôpitaux pouk* exercer la charité en leur endroit; mais Dieu aura plus agréable le service que, par obéissance et charité, nous rendrons à nos Sœurs, que si c'était aux mendiants; aussi sommes-nous toutes pauvres, et devons-nous recevoir, comme par charitable aumône, le bien que l'on nous fait, et ne servons jamais nos Sœurs comme simples créatures, mais comme Notre- Seigneur en leurs personnes , car il a dit, ce divin Maître : Tout ce que vous ferez aux moindres des miens , je le réputerai comme si vous l'aviez fait à ma propre personne ; cette parole nous

devrait faire fondre, pour bien et amoureusement servir notre prochain.

Faites-donc, mes chères Sœurs, qui travaillez, que votre travail soit fait en paix et charité, pour Dieu, humble, fervent et fidèle, et ce bon Dieu sera lui-même votre récompense. Que celles qui ne sont point distraites par le travail extérieur s'occupent plus soigneusement à l'intérieur, se tenant bien proches de Dieu, et disposées à souffrir ce qu'il lui plaira, et à faire ce que la sainte obéissance voudra; ainsi faisant, Notre-Seigneur versera ses bénédictions et sur celles qui travaillent, et sur celles qui ne travaillent pas, pourvu que toutes travaillent à se mortifier, à l'aimer, à le louer et remercier de ses bienfaits

EXHORTATION

(Faite en août 1630) SUR LA PRÉFACE DE NOS CONSTITUTIONS (SUITE).

La Supérieure prendra soigneusement garde à ce qu'on n'introduise, ni directement ni indirectement, aucunes austérités corporelles, outre celles qui y sont maintenant, qui puissent être d'obligation ou de coutume générale, etc.

Mes très-chères filles, voici un grand point qui mérite d'être bien pesé et considéré ; vous voyez que notre Institut ne demande pas de nous les austérités du corps ; au contraire, nous irions contre la fin pour laquelle il a été institué si nous y en introduisions; qu'il ne se parle donc plus de cela, je vous en conjure, mes chères Sœurs, et que l'on quitte absolument cette entreprise de faire des disciplines plusieurs ensemble, cela ne fait que nourrir l'orgueil et la bonne opinion de soi-même, car

nous penserons aussitôt que nous sommes quelque chose de plus que les autres, que nous faisons plus de choses qu'elles; et, si celles qui viennent après nous ne font pas ce que nous faisons, on dira aussitôt qu'elles ne sont pas aussi ferventes que nous. Vous faites cette discipline, ou autres austérités , la veille d'une grande fête, avec une partie des Sœurs avec lesquelles vous vous assemblez cette année; l'année qui vient, vous la ferez encore en la même grande fête, et de même tous les ans à même jour; n'est-ce pas là, par après, une coutume générale? Pour Dieu, mes Sœurs, adonnons-nous bien à l'austérité de l'esprit et du cœur, qui nous est ordonnée, et laissons celle du corps , au moins pour les faire ensemble.

Si quelqu'une est inspirée de Dieu et attirée à faire plus que les antres et qu'il est marqué, qu'elle découvre son désir à la supérieure et lui demande congé de porter la ceinture, jeûner, faire la discipline ou autres choses qu'elle désirera, qu'on lui permettra selon qu'on jugera, non-seulement un jour, mais quarante, et même quarante ans s'il est besoin, et qu'alors elle la fasse à la bonne heure, mais seule et en son particulier.

Je trouve, mes Sœurs, que si vous employez bien les occasions qui se présentent en votre chemin, de vous mortifier et pratiquer la vertu, vous ferez bien autant et davantage pour votre perfection, et vous accomplirez bien mieux les intentions de notre saint Fondateur. Croyez, mes Sœurs , que si vous recevez bien humblement et simplement tout ce qui vous est présenté, soit pour le vivre, vêtir et autres choses, et les mortifications, humiliations et contradictions que l'on vous fera, cela vaudra bien les austérités que vous faites ou que vous désirez faire, et bien davantage; car, que vous coûte cela, quand vous les avez choisies? Vous n'y avez pas grande difficulté, vous y prenez plutôt du plaisir et en tirez de la complaisance. Notre Bienheureux Père ne dit-il pas tout clair « que notre choix gâte toutes nos œuvres »?

Croyez-moi, mes Sœurs, faites bien fortement et bien serrée, sans vous épargner, la discipline du vendredi, de Y Ave maris Stella, et ne craignez rien , vous ne vous tuerez pas; et contenait z-vous de cela, sinon aux nécessités particulières, comme j'ai dit, et lorsque, en de grandes occasions de calamités et tribulations publiques, l'on nous marquera de la faire ou autres austérités. Et, au lieu de tenir les genoux nus contre terre, comme il y en a qui font celte mortification , tenez-vous bien dévotement à genoux, sans remuer, tant que vous pourrez, avec une grande modestie , tout le temps de vos exercices spirituels, et cette pratique sera bien aussi bonne, voire, meilleure.

Soyez bien fidèle aussi, comme j'ai dit, aux rencontres des pratiques des vertus : avez-vous, par exemple, quelque chose en votre robe, ou en quelque autre chose de vos habits, ou en votre lit qui vous déplaise ou vous incommode, qui n'est pas si bien ajusté, ou qui n'est pas comme vous le voudriez, acceptez cela de bon cœur, baisez-le, si vous le pouvez, et soyez trèscontente de l'avoir. Le potage que Ton vous donne à table n'est pas assez gras ou il l'est trop, il n'est pas salé ou il n'y a que de l'eau; il n'y a pas assez d'huile à votre salade, le vinaigre n'est pas assez fort, soyez bien aise d'avoir ces occasions de pratiquer la mortification de votre goût, embrassez-les amoureusement et gaiement. Ce morceau que vous aimez, de votre portion, ne se trouve-t-il pas tourné de votre côté, ne le mangez pas le premier. Vous donne-t-on quelque chose que vous n'aimez pas, vous manque-t-il quelque chose de quoi vous pouvez vous passer et que l'on a oublié de vous donner, aimez toutes ces rencontres, et vous accommodez à la céleste Providence, qui le permet pour vous en faire tirer profit, et vous faire avancer à la perfection du divin amour, si vous le savez prendre comme il faut. Vous trouvez-vous à la récréation ou ailleurs assise en une place qui vous incommode, n'y êtes-vous pas bien à votre aise, demeurez-y doucement, sans dire un mot de plainte ni faire con-

naître que vous êtes mal : croyez-moi, tout cela vous coûtera plus qu'un bon Miserere de discipline.

Assurez-vous, mes chères Sœurs, que, quand on mortifie bien l'esprit, le corps s'en ressent, et qu'il est ainsi prou maté et mortifié. Et puis, voyez-vous, mes chères Sœurs, ces âmes si ardentes à la mortification du corps et à faire plus que les autres, touchez-les un peu avec le bout du doigt, pour les contrarier ou humilier; touchez-les un peu en leurs répugnances ou en leur réputation, elles feront bien voir alors combien leur amour-propre leur est en singulière recommandation et estime, combien elles sont vives, sensibles et immortifiées.

Faisons donc, mes chères Sœurs, grand état, et ne prisons rien tant, je vous en conjure, que cette mortification intérieure de l'esprit, comme étant la plus importante pour nous faire parvenir à la perfection de notre vocation, pour nous faire agréer à Dieu , et nous faire enfin accomplir ses divines volontés, ce qu'il requiert de nous, qui est tout ce que nous devons désirer, et à quoi nous devons nous appliquer.

EXHORTATION III

(Faite en août 1630) SUR LA TROISIÈME CONSTITUTION.

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