A UNE COMMUNAUTÉ
Notre digne Mère proposa l'élection de l'assistante, des conseillères, et, sur ce sujet, elle dit :
Il ne faut pas toujours laisser les mêmes officières aux charges, pour deux raisons : l'une, de peur qu'elles ne s'y attachent trop. Nous regardons comme un devoir d'ôter les Sœurs de quelque emploi que ce soit, quand on les y voit attachées, parce que cela est contre l'esprit de notre vocation qui enseigne de ne s'attacher qu'à Dieu. L'autre raison est parce que, l'Institut se devant beaucoup étendre pour la gloire de Dieu, il faut former plusieurs filles et les rendre capables de toutes les charges.
Je vous prie, mes très-chères Sœurs, soyez humbles, basses et petites à vos yeux, et soyez bien aises que l'on vous tienne pour telles et que l'on vous traite pour cela. Les autres Ordres de religion ont tous une grande estime de leur Institut, chacun pense être le plus grand, et tout cela à très-bonne intention, parce que tous aussi sont très-grands. Mais, nous autres, nous nous devons estimer les moindres et les plus petites, comme étant les dernières venues en l'Eglise de Dieu. Oui, mes Sœurs, nous sommes les plus petites, et nous nous devons tenir pour
telles, non que pour cela nous devions mésestimer notre manière de vivre, car nous la devons aimer et chérir comme une grâce très-particulière que Dieu, par sa bonté, nous a faite de nous y appeler, nous donnant cet Institut conforme à notre portée et petitesse, mais il ne faut pas pour cela nous surestimer, car notre excellence est de n'en avoir point.
L'obéissance est la fille aînée de l'humilité, et, partant, je vous y exhorte. Obéissez en toutes choses, mes chères filles: à Dieu, en vos supérieurs; à Dieu, par l'obéissance et observance de vos règles; à Dieu, par le tranquille acquiescement aux événements que la Providence ordonne; et, je vous prie, mes très-chères filles, de retenir ces dernières paroles comme les enfants du monde retiennent celles qu'ils entendent dire à leur père et mère quand ils meurent. Je ne meurs pas, mais plût à Dieu qu'il me fît la grâce de bien mourir à mes imperfections!
Quand vous perdrez l'amour du mépris et de la mortification, vous perdrez votre esprit et rendrez inutiles les desseins que Dieu a eus de toute éternité sur vous, qui sont de faire des filles et des religieuses très-basses, très-petites et très-abjectes à leurs yeux et aux yeux de tout le monde. N'anéantissons donc point, je vous prie , l'inspiration que Dieu a donnée à notre très-cher Instituteur, mais répondons aux grâces que sa Bonté veut nous faire par lui. Ne soyons jamais si aises que quand on nous méprisera, que l'on dira mal de nous, qu'on n'en fera nul état. Ce n'est pas qu'il faille rechercher les occasions de mépris, mais les accepter de bon cœur quand nous les rencontrons et en être bien aises.
Je vous l'ai dit plusieurs fois, et vous le répète encore : l'esprit de notre vocation est un esprit de profonde humilité, douceur, soumission, condescendance et souplesse d'esprit envers le prochain; humilité qui produit la générosité, nous confiant en Dieu et nous défiant de nous-mêmes. Nous sommes obligées,
mes très-chères Sœurs, mais d'une obligation toute particulière, de nous former là-dessus, parce que ces vertus reluisent en notre cher Instituteur, de qui Dieu se servit pour nous le faire savoir. Et puis, elles sont les chères vertus, et très-aimées de notre Sauveur. Soyons donc très-souples, très-humbles, très-maniables, très-dépouillées, et très-abandonnées au bon plaisir de Dieu et de sa Providence, autrement nous résisterions aux desseins éternels que sa bonté a sur nous. Ne le faisons pas, mes très-chères Sœurs, je vous en conjure.
Sa Bonté se veut servir de nous en plusieurs endroits, inspirant quantité de personnes à nous demander. Ne désistons point de notre côté; au contraire, disons plusieurs fois le jour : Je suis prête, Seigneur; que vous plaît-il que je fasse?
Mon départ ne doit point presser vos cœurs de douleur, mais dites à Dieu : Vous nous l'aviez donnée, nous vous la rendons maintenant. Elle est vôtre, Seigneur; servez-vous-en ici et là, partout oii il vous plaira; et si votre volonté était de vous en servir au bout du monde, et qu'il y eût plus de votre bon plaisir que nous nous y portassions nous-mêmes, nous le ferions de tout notre cœur. Oui, mes Sœurs, il faut être prêtes à cela, et dire : 0 mon Dieu! nous vous la rendons donc; mais quand il vous plaira de nous la redonner, votre Nom en soit béni.
Bref, supportez-vous les unes les autres, soyez plus jalouses de votre esprit et de votre perfection qu'un mari ne serait d'une belle femme qu'il aimerait chèrement. Soyez courageuses, et, quand le monde vous méprisera, ne vous contentez pas de recevoir ce mépris comme un gage très-aimable de la bonté de Dieu sur vous, mais recevez-le comme une chose très-propre et convenable à votre petitesse. Aimez-le chèrement , et pour votre particulier et pour le général de l'Institut.
Lorsque vous sentez des répugnances et contradictions en votre chemin, ne vous en étonnez point; car la vertu se pratique parmi la contradiction et répugnance d'un naturel arrogant et
orgueilleux; oui, les vertus d'humilité, soumission et souplesse d'esprit qui se pratiquent nonobstant ce naturel sont très-solides et très-fortes. Une seule action, pratiquée comme cela, vaut dix fois le ciel; que dis-je, le ciel, elle vaut plus, car elle vaut le Dieu du ciel. Courage donc, mes chères Sœurs, au service de Dieu.
A Dieu, mes chères Sœurs; je vous conjure de demeurer petites, basses, humbles, aimant le mépris, la mortification, l'abaissement de vous-même, et tout ce qui vous pourrait rendre petites aux yeux du monde. Eh quoi! Dieu, qui est si grand, s'est fait si petit pour notre amour, qu'il a toujours caché l'éclat de sa grandeur pour paraître abject; et nous, qui sommes ses servantes, nous ne voudrions pas nous rendre petites à son imitation? Nous avons tant dit autrefois que le dessein de Dieu sur nous est que nous soyons très-petites en son Eglise, en sorte qu'il soit glorifié en notre humilité et bassesse, car c'est ce qu'il veut de nous!
Mon cher Sauveur, je vous recommande ces âmes que vous m'avez commises, et demande très-humblement pardon à votre Majesté des fautes que j'ai faites à leur service, par mon mauvais exemple; et, je vous supplie aussi, mes chères Sœurs, de me pardonner et prier sa bonté de m'amender. Seigneur, elles sont vôtres! bénissez-les, mon Dieu, de votre bénédiction éternelle. Je les remets entre vos mains, conduisez-les selon l'ordre de votre divine Providence. Rendez-les obéissantes à votre bon plaisir, à leurs règles, constitutions et ordonnances des supérieurs, très-amoureuses du mépris. Faites, mon cher Sauveur, qu'en tout ce qu'elles feront elles cherchent de s'anéantir ellesmêmes, pour vous glorifier.
Oui, mes très-chères filles, croyez-moi, Dieu veut tirer sa gloire de votre petitesse. Votre éclat doit être de n'avoir point d'éclat; votre grandeur d'être très-petites à vos yeux et de procurer de l'être aussi en l'estime du monde.
Sainte et sacrée Vierge, Mère de mon Dieu, ces filles sont vôtres, prenez-les donc en votre protection, présentez-les à votre cher Fils, protégez leurs cœurs, afin de les lui rendre agréables. A Dieu, mes chères filles; je vous laisse sans vous laisser. Je vous donne de très-bon cœur ma bénédiction, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Soulagez vos cœurs, je vous en prie , et demeurez fermes entre les bras de Dieu et conformes à son bon plaisir.
ii. il
EXHORTATIONS