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SUR LA NOMINATION DES SOEURS, POUR LA FONDATION DU DEUXIÈME

MONASTÈRE d' ANNECY.

Mes chères Sœurs, ce n'est pas ici un chapitre, c'est seulement pour vous nommer les Sœurs que nous et nos Sœurs conseillères avons choisies, avec le consentement du Père spirituel, pour l'établissement, en cette ville, d'une seconde maison de notre Institut, laquelle se va commencer pour la gloire de Dieu et le bien des pauvres familles, après avoir surmonté autant de difficultés, pour faire réussir cette bonne œuvre, que l'on n'en a jamais eu pour aucune fondation, que je sache. Et, certes, mes chères Sœurs , c'est un bon signe que tout réussira avec consolation : le diable, prévoyant le bien qui se fera en cet établissement, l'a malicieusement contrarié; mais, Dieu, contre tous ces efforts, l'a fait heureusement acheminer. J'espère qu'il

bénira celte œuvre, puisque notre intention n'est que pour sa gloire et le salut des âmes, et que ces deux monastères seront si unis, qu'ils ne feront qu'em, tant pour le spirituel que pour le temporel, et que nous désirerons autant la perfection, la consolation et la prospérité de la maison où nous ne serons pas, que de celle où nous serons, aimant autant nos Sœurs, avec lesquelles nous allons, que celles que nous quittons, puisque nous ne nous quittons pas, à cause de celte grande et cordiale union qui doit être parmi nous, et laquelle je désire voir fleurir en telle sorte entre ces deux maisons, que chacun voie que ce n'est qu'une même chose. Mes chères Sœurs, je suis bien si chétive, que, si cela n'élait pas, je ne voudrais jamais m'en être mêlée [de cette fondation] , ni qu'elle se fût faite, ni qu'elle se fît jamais, tant ce désir m'est intime, que nous estimions autant le bien de nos Sœurs que le nôtre propre, que nous aimions et procurions autant l'honneur, l'estime et la perfection d'une maison, que de l'autre, que nous nous chargions pour le soulagement de nos Sœurs, et que, réciproquement, nos Sœurs se chargent pour nous décharger.

Si nous voyons que, d'aventure, une de ces maisons soit plus chérie et recherchée, ne nous en mettons point en peine, n'en soyons point marries, mais consolées, sachant que le bien de nos maisons et de nos Sœurs est le nôtre.

Je désire encore fort que ce second monastère se tienne toujours dans la dépendance et entière soumission de ce premier, le tenant pour sa mère et toutes les Sœurs d'icelui, comme font généralement, justement et louablement toutes les autres maisons de l'Institut, voire, beaucoup plus, puisque c'est cette seule maison qui a reçu l'inspiration de faire cet établissement, et qui lui fournit cordialement toutes les choses nécessaires pour un commencement.

Quant au temporel, l'union doit être telle que ce qui est à l'une des maisons soit à l'autre, bien que chaque supérieure

doive conduire et avoir soin du sien; mais que quand l'autre en aura besoin, qu'elles se fassent service cordialement et promptement, s'entr'aidant de tout ce qui se pourra dans une sainte franchise.

Je supplie Notre-Seigneur de répandre son esprit sur cette nouvelle maison et sur celle de Rumilly, où ma Sœur Jeanne- Françoise de Vallon va être supérieure, et généralement sur toutes celles de l'Institut, afin que nous vivions en union, pureté , intégrité à l'observance.

Consolez-vous, mes chères Sœurs, en ce que notre Bienheureux Père dit, qu'à cause de l'union qui est entre nous, celles qui demeurent s'en vont, et celles qui s^en vont demeurent , non en leurs personnes, mais en celles de leurs Sœurs.

Vous autres, mes chères filles, qui allez donner un commencement à cette nouvelle maison, devez bénir Dieu et le remercier de l'honneur et de la grâce qu'il vous fait, vous donnant un emploi totalement à sa gloire : vous allez commencer une retraite de bénédictions en laquelle multitude d'âmes se retireront pour aimer et servir Dieu et y faire leur salut. Et vous, ma Sœur Madeleine-Elisabeth de Lucinge, vous vous devez fort humilier devant cette souveraine bonté qui daigne jeter les yeux sur vous, et vous a destinée de toute éternité pour conduire une troupe d'âmes consacrées à son service et à son pur amour; rendez-lui mille actions de grâces de ce qu'il vous emploie à chose si grande quj de coopérer avec lui au salut des âmes ; armez-vous de courage, d'humilité, de confiance, et toutes, tant les unes que les autres, je vous souhaite un vrai amour et fidélité à notre Institut; et croyez, mes chères Sœurs, que si nous sommes un peu séparées de corps, nous ne le sommes point d'esprit, et possible notre union sera plus sensible et suave que quand nous nous voyions de cette présence corporelle, parce que, souvent, on n'estime un bien que quand on l'a perdu. Il nous fâche à toutes de vous quitter; mais, non,

mollirons que nous méprisons les choses de la terre et que notre espérance est au Ciel où nous nous verrons, comme j'espère, éternellement.

EXHORTATION IX

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