SUK LA PURETÉ DU COEUR ET LA FÊTE DE L'IMMACULEE CONCEPTION
Mes chères Filles, j'ai pensé qu'il serait à propos que je vous dise un mot aujourd'hui pour vous convier et exhorter à la pureté de cœur. Pour cela, je vous prie, mes chères Sœurs, de
mettre tout de bon la main à l'œuvre, pour rendre pures vos alfeclions et intentions, et non-seulement vous purifier des grands péchés, car, grâce à Dieu, je crois que nous n'en faisons pas; mais cela n'est pas assez pour des âmes qui sont obligées, par leurs vœux et vocation , de tendre à la pureté de la perfection ; il faut purifier jusqu'à la moindre chose. Tâchons donc, mes Sœurs, de faire nos actions avec la pureté d'intention qu'avait Notre-Seigneur quand il est venu s'incarner et rendre passible et mortel : or, il n'a point eu d'autre motif que la gloire de son Père Eternel et le salut des hommes; voilà les seuls que nous devrions avoir en retranchant fidèlement tout propre intérêt, toutes recherches vaines, tout désir de plaire aux créatures, tous les tours et retours que nous fait faire notre amourpropre sur nous-même; enfin, être sans désirs ni prétentions que de la gloire de Dieu et le salut de nos prochains.
Ceci, de prime abord, semblera facile et très -raisonnable, nous étant avis que nous le pratiquerons incontinent, d'autant qu'il n'y a rien de plus juste que cela, tendre tous les jours à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Certes, mes chères Sœurs, il est vrai qu'il n'y a rien de plus juste; mais regardons de près; tenons-nous proche de Dieu, et sa bonté ne manquera pas de nous faire connaître combien nous sommes défaillantes en ce point, et combien notre amour-propre nous déçoit. Regardons ce que notre bon Sauveur fait pour nous, et si nous aurions bien le courage d'entreprendre, pour sa seule gloire et le salut de nos prochains, quelque chose mille fois moindre. Hélas ! nos cœurs nous répondront incontinent que nous sommes trop chétives et misérables, et trop soigneuses de chercher nos propres intérêts. Voilà ce bon Dieu qui descend çà bas, en ce lieu de misères, charge sur lui toutes nos iniquités et nos pauvretés, prend la forme, et, est en effet, un petit Enfant, quoique Tout-Puissant, rebuté dans une étable, souffrant le froid et les autres incommodités, se cachant, s'enfuyant, se tenant resserré
pour fuir la tyrannie d'Hérode; puis, après tout ceci, se tenir l'espace d'environ trente ans parmi les hommes, comme le fils d'un charpentier, et enfin souffrir mille injures, affronts, blasphèmes et tourments; puis, finalement, après avoir travaillé sans cesse au salut des humains, mourir honteusement de la rude et douloureuse mort de la croix.
Or, dites-moi, qui voudrait entreprendre cela, dans cette pureté de cœur et d'intention incomparable qu'avait ce divin Seigneur en tout ce qu'il fit pour notre salut; souffrir toutes sortes de maux, étant innocent, pour la seule gloire de son Dieu et le salut du prochain? Bienheureuse est l'âme qui est en cette disposition ; mais ce n'est pas en ces grandes souffrances que le Sauveur veut que nous l'imitions, puisqu'il ne nous donne pas ces grandes occasions-là. Il veut donc que nous recevions toutes choses comme de sa très-sainte main, en vivres, en vêtir, contradictions, afflictions et autres choses que sa bonté permettra nous arriver, et que nous les supportions amoureusement entre lui et nous, purement pour lui, ôtant de nos cœurs tout ce que nous verrons qui contrarierait cette pureté de la seule gloire de Dieu et du salut des hommes.
Si nous nous tenons proche de Dieu, il nous éclairera, et nous fera voir jusqu'à la moindre impureté qui pourrait être en nos esprits; car sa bonté se plaît merveilleusement dans les âmes pures et nettes. C'est pourquoi, je vous prie, mes chères Sœurs, autant qu'il m'est possible, que nous nous purifiions en considération de la pureté adorable de la venue de Notre-Seigneur et Maître, et encore en cette considération de la fête que nous célébrerons demain , de l'Immaculée Conception de Notre-Dame et glorieuse Maîtresse et Protectrice, la priant, puisque la moindre impureté, tache de péché ou d'imperfection, ni de corps, ni d'esprit, ni de cœur, ne s'est jamais trouvée en elle, qui a toujours été la sainte colombe toute pure et toute blanche, qu'elle nous obtienne la fidélité à purifier nos cœurs, où sans
doute nous trouverons mille petites choses à purifier, et que nous les puissions rendre une demeure agréable à son Fils bien-aimé, parleur candeur et véritable pureté. Tâchons, mes chères Sœurs, chacune en notre particulier, de nous rendre attentives à celte pratique, et ne laissons pas passer l'Avent sans en tirer du fruit pour nos âmes, puisque c'est un temps saint, où même les gens du monde s'étudient à la dévotion plus qu'à l'ordinaire.
EXHORTATION III