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POUR LA FETE DE LA PENTECOTE

sur les dispositions qu'll faut avoir pour attirer en soi

l'esprit-saint.

Mes très-chères filles, j'ai pensé vous dire dans quelles dispositions il faut être pour recevoir le Saint-Esprit. Je vous assure qu'il n'en faut point d'autres que se tenir bien proche de ce divin Esprit, et se vider de soi-même. Je réfléchissais, ces jours passés, d'où venait que nous n'avancions pas

assez, et il me vint en pensée que ce qui nous empêche le plus, ce sont les réflexions inutiles de notre esprit, auxquelles nous nous arrêtons trop. Comme, pour l'ordinaire, ce sont des pensées indifférentes, nous ne prenons pas assez soin de nous en détourner fidèlement. Oh! si c'étaient des pensées mauvaises, ou des tentations, nous les combattrions; car cela est si manifestement mauvais, que nous ne saurions y adhérer. Mais nous ne nous vidons pas assez de nous-mêmes; nous sommes trop attachées à notre amour-propre, à nos propres intérêts, à noîre propre volonté, à nos inclinations et à nos commodités. 0 Dieu! laissons un peu ce nous-même, et jetons-nous à corps perdu à la merci de la divine Providence.

Serait-il possible que nous ne voulussions pas pratiquer les saintes maximes de notre Bienheureux Père? Elles tendent toutes à la simplicité d'esprit et à la totale dépendance de Dieu. Ne savons-nous pas combien il avait d'aversion aux réflexions inutiles, et combien grand était le soin avec lequel il voulait que l'on travaillât à s'en affranchir? Qu'est-ce qui a plus éclaté en lui que la simplicité et la dépendance de Dieu, qu'il possédait si éminemment, et d'où procédaient toutes les autres vertus, comme de leur source? Quelle simplicité et candeur d'esprit n'avait-il pas! il se tenait par là presque continuellement occupé en Dieu. Oh! qu'il était entièrement vide de lui même! c'est pourquoi il a été pleinement rempli de l'Esprit divin. Quel abandon et quelle entière dépendance de la volonté divine et du bon plaisir éternel! Avec quelle souplesse, humilité et douceur s'est-il toujours laissé conduire et manier, au gré de ce grand Dieu, sans aucune résistance ! Il a fidèlement pratiqué ce qu'il nous a tant recommandé , de ne rien refuser et de ne rien demander, mais de se reposer sur le soin paternel de l'aimable Sauveur de nos âmes.

Je vous conjure donc, mes chères filles, autant qu'il m'est possible, pour l'honneur et la grâce que nous avons d'être filles

de ce saint Père, et par le respect que nous lui devons, d'entreprendre, à bon escient, l'œuvre de votre perfection, par les moyens qu'il nous a laissés , en sorte que nous n'ayons désormais qu'un seul soin, qui est de produire deux actes : l'un de fidélité à notre vocation , et à bien employer les occasions que Dieu nous présente, quelques petites et légères qu'elles nous semblent être; et l'autre , d'être fidèles à l'oraison et à la mortification. Examinons-nous bien, mes Sœurs, et nous trouverons que notre défaut et notre retard ne viennent que de ce que nous ne nous mortifions pas assez , et que nous ne faisons pas bien l'oraison.

Un autre acte est de nous tenir en tranquillité auprès de Notre- Seigneur, ne nous arrêtant en aucune façon aux pensées et réflexions inutiles; mais nous occupant amoureusement et familièrement, avec simplicité et humilité, en la sainte présence de Notre-Seigneur, notre doux et aimable Epoux, nous abandonnant sans réserve à lui, afin qu'il fasse de nous tout ce qu'il lui plaira.

Nous sommes de bonnes filles, à la vérité; mais, certes, il faut bien passer plus avant, car je ne vois pas assez reluire, parmi nous, la fidélité dans les occasions de pratiquer la vertu, ni dans le recueillement. Nous nous laissons trop dissiper; nous craignons trop la mortification; nous n'avons pas assez de courage à nous vaincre, et à faire une continuelle guerre à nos humeurs et à nos penchants; nous n'aimons pas assez la souffrance. C'est pourquoi, commençons dès maintenant; faisons bien tout ce que je viens de dire, et je puis vous assurer que le reste suivra, que nous nous disposerons à bien recevoir le Saint-Esprit, que nous lui préparerons une agréable demeure dans nos âmes, et que nous recevrons, toutes en général et chacune en particulier, quelques grâces extraordinaires du Saint-Esprit. Et j'en serais très-aise, s'il plaisait ainsi à Dieu, afin que par ce moyen nous puissions être fortifiées pour faire

progrès en notre voie, et pour faire violence à nos mauvaises inclinations.

Faisons-le donc, mes très-chères filles; tenons-nous bien serrées et attentives auprès de Dieu, non pour demeurer toujours à genoux dans le chœur, mais employant bien le temps que nous y serons, soit pour faire l'oraison ou pour dire l'Office, et nous détournant promptement des distractions et inutilités qui nous y pourront arriver.

De même , toute la journée et à toute heure , même à tout moment, si nous pouvions, élançons notre cœur en Dieu; tenons-nous en la disposition de nous laisser conduire à sa divine bonté, et d'acquiescer promptement aux effets de son bon plaisir en tout ce qu'il permettra nous arriver. Voilà donc le seul et vrai moyen de nous disposer à recevoir les grâces que Dieu nous a préparées. Pratiquons le bien durant cette octave, rappelons-nous encore, pour nous y exciter fortement, que c'est l'intention de nos constitutions, puisqu'elles nous ordonnent trois jours de retraite avant la Pentecôte. Donc, durant l'octave de cette grande fête, tenons-nous fort recueillies, en actions de grâces de ce singulier bénéfice que Dieu a accordé au monde, en envoyant son Saint-Esprit. Enfin, mes chères filles, durant tout le cours de notre vie, ne nous éloignons jamais en rien, autant qu'il nous sera possible, de ce saint exercice.

EXHORTATION XIII

(Faite en 1632, après sa réélection)

GRAND DÉSIR DE LA SAINTE DE RECEVOIR L'ESPRIT-SAINT, SA RÉSOLUTION A CONDUIRE LES AMES SANS ÉCOUTER LES PLAINTES DE LA NATURE.

Mes très-chères Sœurs, nous voici à la veille de cette grande fête, en laquelle Dieu fit ses dons à son Eglise, et surtout le don de son Saint-Esprit vivifiant; car, bien que le Sauveur ayant employé trois ans pour enseigner et instruire ses Apôtres en sa sacrée humanité, néanmoins, ils étaient si faibles et si grossiers, que Notre-Seigneur leur voulut envoyer son Saint-Esprit, qui est l'amour de lui et de son Père éternel. Ce Saint-Esprit est amour, procède d'amour, et communique amour, force, sagesse et tous les autres dons que vous savez. Or, mes chères Sœurs, j'ai grand désir qu'en cette fête amoureuse ce feu vienne dans nos cœurs, pour réveiller notre tépidité et embraser notre froideur.

Mais, savez-vous ce qu'il faut faire pour recevoir le Saint- Esprit? Il faut être assise : cela veut dire avoir l'esprit et l'affection en solitude, s'élevant, comme dit un Prophète, audessus de soi-même. Il faut demander ce Saint-Esprit, le désirer par affection, et l'attirer par bonnes actions; et, si nous sommes si heureuses de le recevoir en l'esprit d'humilité, il apportera en nos cœurs et en nos âmes la lumière pour notre amendement, et la grâce et l'amour pour notre avancement, en cette voie d'amour, ce que je désire bien fort, mes chères Sœurs.

Et, puisque Dieu m'a encore commis le soin particulier de vos âmes, je me résous, moyennant sa divine assistance, de ne rien laisser en arrière pour votre avancement en la voie de

Dieu. Oui, je crois que c'est Dieu qui m'a donné cette charge, car je l'ai grandement prié afin de ne pas l'avoir. Sa bonté sait, que de me voir chargée, ce n'est pas mon inclination, et que je n'y vois que sa seule et pure volonté, que j'adore de toute la soumission de mon cœur. Et puisque donc sa bonté me commande de travailler encore ces trois ans, dans cette vigne, j'y mettrai ma dernière main. Oui, mes très-chères Sœurs, je ne vous le cèle point, je vous le dis ouvertement, ce sera mon dernier triennal, pendant lequel, Dieu aidant, je me consumerai à votre service. Je vous consacre mon âme à cet effet, et emploirai les forces de mon corps, et le peu d'esprit que Dieu m'a donné à votre service, et ceci à toutes également; car, grâce à sa Bonté, je n'ai inclination ni aversion particulière pour aucune de mes Sœurs. J'aime celles qui sont bonnes, parce que Dieu habite en elles; j'aime celles qui ne sont pas si bonnes, parce qu'en elles Dieu veut que je pratique la sainte vertu de charité. Celles qui font le mieux me donnent le plus de consolation; celles qui ne font pas si bien m'affligent le cœur; mais, toutes pourtant, mon âme et mon esprit les aiment, et me consumerai à les aider, servir et secourir; car, enfin, mes chères Sœurs, ces trois ans du dernier triennal de ma vie, mon âme vous est entièrement dédiée et consacrée. Je vous servirai toutes en tout, et cela de toute l'étendue de mes forces, que je suis résolue d'employer pour vous jusqu'au dernier soupir.

Je ne prétendais pas de tant vivre, ni que mon pèlerinage me fut tant prolongé ça-bas; personne ne le croyait aussi; mais puisqu'il plaît à Notre-Seigneur qu'en la fin de ma vie je fasse encore ce triennal , je mettrai ma dernière main en cette vigne, et consumerai toute ma force et ma substance pour la faire fructifier. Je ne sais pas, mes chères Sœurs, si Dieu me laissera vous servir ces trois ans durant , car la vie , en cet âge vieux, est fort incertaine; mais, soit que Dieu me

tire au commencement , au milieu ou à la fin de ma carrière, cela m'est tout indifférent; soit fait ce que Notre-Seigneur trouvera bon.

Toutefois, sa bonté me donne quelque espérance qu'après ces trois ans il me donnera quelques mois ou quelques ans de repos, selon qu'il lui plaira, pour penser un peu à moi; car, hélas ! mes chères Sœurs, il y a vingt-deux ans que je pense aux autres, et n'ai presque pas le loisir de penser à moi. Dieu disposera de mes ans, de mes mois, de ma vie, de ma mort, selon sa sainte volonté : je ne m'en mets point en peine; mais je vous le dis, mes chères Sœurs, ne soyez pas étonnées si vous me voyez plus veillante sur vous que jamais; car j'ai ce sentiment au cœur, qu'il faut que le dernier triennal que je ferai porte coup, et que, sur la fin de ma chétive vie, vous me donniez le contentement de vous voir coopérer aux desseins de Dieu sur vous, et à mon petit service, qui vous sera tout dédié.

Mes Sœurs, croyez-moi, cette vie est trompeuse et incertaine, ne nous y attachons pas; mais, comme dit saint Paul: Que notre conversation soit au ciel : cherchons les choses d'en haut, méprisons celles d'en bas : dépouillons-nous de nous-même, en sorte que nous puissions dire cette heureuse parole de ce grand Apôtre : Je vis, non pas moi, mais Jésus-Christ vit en moi. Voilà, mes très-chères Sœurs, ce que je désire, que nous mourions en nous, afin qu'en nous vive Celui par lequel nous ne pouvons vivre. Je n'ai que cela à vous dire, Dieu me l'a donné , car je ne l'avais pas prémédité.

[Un peu avant le chapitre, cette unique Mère dit à une Sœur : Voyez-vous, tous mes sens, tout moi-même, tout mon intérieur répugne à cette charge, et je V accepte seulement pour le bon plaisir de Dieu, car, hélas! je suis sur la fin de ma vie, et j'ai besoin dépenser à moi. ]

EXHORTATION XIV

(Faite en 1631)

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