SUR L'OBLIGATION DE RUINER LA NATURE POUR FAIRE RÉGNER LA GRACE
La dévotion des filles de la Congrégation doit être forte, pour entreprendre la ruine de leurs inclinations, affections et propensions. Voici qui se rencontre fort à propos, pour ces bonnes filles qui sont ici pour demander leur essai. Mes filles, il faut bien comprendre ceci ; Ton vient à la religion pour vaincre ses inclinations, habitudes et propensions, afin d'ajuster tout cela aux Règles du couvent.
Mes Sœurs, je vous dis souvent que le ciel souffre violence et que les vainqueurs et forts le ravissent. Qui veut aller à la perfection, doit renoncer à soi-même et porter sa croix. Ce sont, tout cela, des paroles prononcées par la Vérité éternelle. J'ai ce sentiment an cœur; il faut se faire violence, autrement point de vertu. Noire Bienheureux Père disait que la mesure de la Providence de Dieu était la mesure de notre confiance; et moi je vous dis que la mesure de notre perfection est celle de notre mortification. Nous avons autant d'amour de Dieu que nous nous mortifions et que nous anéantissons notre nature, soigneusement, pour l'amour de sa bonté, qui nous donne beaucoup, ses bénédictions étant immenses; mais, par notre lâcheté, nous lui donnons peu. C'est une grande parole, elle est pourtant véritable : Nous ne serons jamais agréables à Dieu qu'en détruisant notre nature, et nous ne jouirons jamais de la paix intérieure, que par la mortification intérieure et l'entier renoncement à toutes nos inclinations. Jamais, vous le dis-je encore une fois, nous ne savourerons la douceur de la familiarité de
l'âme avec son Dieu, que lorsque nous serons déterminées à suivre, et que nous suivrons au péril de toutes nos inclinations, affections, habitudes et propensions, tout ce qui nous est marqué, qui n'est autre que l'amortissement de la nature, le mépris du monde et la vraie fidélité à Dieu. Si nous faisons ceci, ce ne sera pas sans peine; mais, là où il y a de l'amour, il n'y a point de travail; et, d'ailleurs, un moment de la jouissance intérieure de Dieu vaut plus que tous les plaisirs que la propre volonté nous ferait jamais goûter, ensuite de nos inclinations. Regardons la bienheureuse éternité qui nous attend. Ah ! mes Sœurs, elle mérite bien que nous nous violentions pour l'acquérir; et puis, c'est la volonté de Dieu, et cela devrait suffire pour nous faire entreprendre courageusement la destruction de la nature.
Il y a vingt et un ans que notre Congrégation commença ; nous allons demain commencer une nouvelle année [de l'Institut]. Je vous supplie que nous commencions aussi une nouvelle vie en la ferveur, en la mortification et l'anéantissement de nous-mêmes, afin qu'à mesure que nous vieillissons nous profitions. Toutes, tant que nous sommes, nous avons besoin de nous combattre, de nous faire force et de nous surmonter. Je dis toutes, les vieilles et les jeunes, les anciennes et les nouvelles, sous la protection de la très-auguste Trinité, dont nous célébrons la fête. Il faut nous renouveler toutes, en l'exacte observance, et, pour cela, il faut se vaincre. Partant, mes Sœurs, je vous annonce la guerre contre vous-mêmes, contre la nature ; soyons courageuses et vaillantes en ce combat , appuyées sur la grâce de Dieu, qui ne nous manquera pas, pour cet effet; car il la donne à ceux qui la lui demandent humblement. Nous n'avons besoin qu'à nous déterminer à tout tuer, et nous confier en sa divine Bonté. Je n'ai pas autre chose à vous dire , mes chères Sœurs.
EXHORTATION XV