‹ Œuvres diversesChapitre 56 sur 281 · POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

SUR LES VERTUS QU'lL PRATIQUA AU DÉSERT.

Ayant une fois demandé à notre Bienheureux Père quelques sujets de considérations sur la fête de saint Jean-Baptiste , il me dit que rien n'était plus doux à son esprit que de penser que ce grand Saint avait connu Notre-Seigneur dès le sein de sa Mère, et que, tressaillant de joie à son arrivée, il avait procuré à sainte Elisabeth, sa mère, le bonheur de participera cette connaissance et à cette joie, sentant les doux mouvements que la présence du Sauveur causait en ce cher fils de ses entrailles; et, ce qui est plus admirable, continue notre Bienheureux Père, c'est qu'après une telle faveur, saint Jean se soit volontairement privé de celle devoir et d'entendre son cher Maître, puisque, selon le témoignage de l'Ecriture, il ne lui parla jamais, et que, sachant même qu'il prêchait, et se communiquait à tout le monde dans la Judée, il passa vingt-cinq ans dans le désert, assez près de lui, sans lui rendre réellement aucune visite, quoique pourtant son insigne mortification lui méritât la grâce d'en jouir spirituellement. Peut-on trouver une plus parfaite abnégation, que d'être si proche de son souverain et unique amour, et, pour l'amour de ce même amour, s'abstenir de le voir et de l'entendre.

Il faut faire de même, me dit notre Bienheureux, auprès du Très-Saint Sacrement, où nous savons que Jésus-Christ réside; ne pouvant le voir et goûter, même en esprit, il faut l'adorer par la foi et le glorifier dans notre délaissement. Il ajouta qu'il n'aurait su dire si cet admirable Précurseur était un homme céleste, ou un ange terrestre, que sa casaque d'armes marquait son humilité qui le couvrait tout. Sa ceinture de poils de cha-

meau autour des reins signifiait son austère pénitence, qu'il ne mangeait que des sauterelles, pour faire voir que, quoiqu'il fût sur la terre, il ne laissait pas de s'élever incessamment vers le ciel; le miel sauvage dont il assaisonnait sa nourriture marquait la suavité de son amour, qui adoucissait toutes les rigueurs, mais que cet amour était sauvage, ne l'ayant appris d'autres maîtres que des plantes et des chênes. Mais nous, poursuivit ce saint Père, pouvons apprendre ce même amour de la considération des vérités célestes, de l'exemple de nos Sœurs et de toutes les créatures? Ecoutez comme elles crient à l'oreille de notre cœur : ilmour, amour « 0 saint amour! ajoutait-il , venez donc posséder nos cœurs. »

Mes filles, si j'osais mêler quelques-unes de mes pensées avec celles de notre grand Saint, je dirais que saint Jean ne parla jamais d'une manière plus admirable que lorsqu'il fut interrogé qui il était, car il répondit toujours par une humble négative; et, quand il fut obligé de répondre positivement, il dit qu'il n'était qu'une voix, comme voulant dire qu'il n'était rien, paroles, en vérité, bien dignes d'un prophète, et du plus grand d'entre les hommes, puisque David nous assure que toute la terre n est rien devant le Seigneur. Mes chères filles, ses paroles me pénètrent, je vous en assure, je ne suis rien devant mon Dieu, et avec combien de justice dois-je rendre ce témoignage de moi-même, entendant que tous les peuples de l'univers ne sont rien devant ses yeux. Cette pensée est fort salutaire, mes chères Sœurs, car elle porte l'âme à la connaissance de sa bassesse et de son abjection, où pourtant elle nt doit pas s'arrêter ; mais passer au plus tôt à l'amour de celte même abjection, qui lui fera désirer d'être tenue et traitée à proportion de ce rien qu'elle a reconnu en elle. L'humilité est le siège de la grâce. Vous savez qu'il est dit : sur qui reposera V esprit du Seigneur, sinon sur celui qui est humble et doux de cœur. Ce fut pour cela que le grand Précurseur, étant venu pré-

parer les voies de notre bon Maître, nous a donné ce rare exemple d'humilité, disant qu'il n'était qu'une voix et un rien, niant même d'être ce qu'il était. Mes filles, si nous nous abaissions avec une profonde humilité de cœur, le Tout-Puissant s'abaissera jusqu'à nous et nous remplira de son esprit et de sa grâce, c'est ce qu'il fait en nous donnant son fils Jésus-Christ pour vrai Maître de l'humilité, et qui ne se plaît que dans les âmes humbles, petites, et anéanties; si nous l'écoutons bien, nous entendrons les leçons divines qu'il nous fera; mais, si nous ne l'écoutons point, il ne daignera plus se communiquer à nous, et malheur s'il cesse de nous apprendre! Elevons nos cœurs vers la miséricorde infinie de ce divin Agneau que saint Jean est venu manifester; que notre élévation, pourtant, soit toujours accompagnée d'un abaissement profond, à la vue de notre indignité et faiblesse; oui, je vous le dis, mes Sœurs, les trésors immenses des richesses de Dieu ne se donnent, et ne se dispensent qu'aux âmes pauvres, c'est-à dire humbles et basses, qui sont dénuées de leur propre estime; soyons donc telles, mes dières Sœurs, et Dieu nous enseignera lui-même sa volonté et Je chemin du ciel.

EXHORTATION XVI

(Faite le 28 juin 1625)

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