AVANT LA PETITE RETRAITE DE LA PRÉSENTATION
Je ne veux guère dire, ains seulement i^ous avertir, mes chères Sœurs, que dans trois jours nous ferons la plus digne et plus sainte action que nous ne saurions jamais faire, ou, pour mieux dire, nous la reconfirmerons; et, en nos renouvellements de vœux, nous ferons un nouveau sacrifice de tout nous-même à Dieu : notre mémoire , entendement et volonté , notre cœur, enfin tout notre être sera Fholocauste que nous offrirons à Notre Seigneur.
Je vous conjure donc, mes chères Sœurs, d'employer fidèlement ces trois jours, que nous demeurerons retirées, à nous préparer pour faire dignement cette sainte action, de reconfirmer nos vœux, lesquels nous obligent et nous appellent à une perfection la plus sublime que l'on saurait penser; car en la présence et en la vue du Très-Haut, nous avons voué îa perpétuelle chasteté, obéissance et pauvreté. Cette oblation est perpétuelle, mes Sœurs, car sans terme ni fin nous nous sommes absolument données à Dieu. Nous allons reconfirmer ce don en la présence réelle de cette infinie Majesté, qui sera là, tout près, en SGn Saint Sacrement. Incontinent que nous aurons fait notre reconfirmation, rentrez donc en vous-même, considérez la dignité de cette action, l'excellence des vœux, à qui c'est, devant qui vous les avez reconfirmés.
Regardez encore la récompense qui suit l'observance de ces vœux ; c'est la gloire éternelle du paradis, la compagnie de tous les Bienheureux, et, qui plus est, la perpétuelle jouissance de Dieu , auquel volontairement nous nous sommes liées par ces
vœux. Et d'autre part, regardez le mal qui arrive à celles qui négligeront de rendre à Dieu ce qu'elles lui ont voué. Celles-ci ne peuvent rien attendre que le châtiment éternel, car il est, dit : Rendez vos vœux au Seigneur , parce qu'il est terrible et redoutable.
Voilà quatre points bien considérables : la dignité des vœux, à qui on les faits , la récompense ou la peine qui les suit. Pesezles attentivement, mes chères Sœurs, car notre obligation n'est pas petite, elle est plus grande que celle de prêtrise r les Prêtres n'ont qu'un vœu, nous en avons trois; ils ont cette dignité pardessus nous de manier le Corps précieux du Sauveur; mais nous sommes appelées à plus grande perfection qu'eux.
La divine Providence nous donne des jours de retraite, pour nous préparer, par un soigneux examen de tous nos devoirs, et voyant comme nous n'avons pas bien employé les moyens qui nous sont donnés pour tendre à l'excellente perfection de notre vocation, que nous nous humilions devant Dieu, confessant de cœur que nous n'avons pas rendu avec assez de soin et de perfection, les vœux que nous lui avons faits. Je vous conjure, derechef, mes chères Sœurs, que nous n'allions pas faire cette action à la volée. Comprenons bien sa dignité; faisons-la de cœur plus que de bouche, afin de ne pas mentir à Dieu, en la présence de son Saint-Sacrement; mais allons renouveler nos vœux avec une véritable et cordiale affection de nous relier à Dieu, à notre vocation et à nos règles. Si vous faites ainsi, je vous puis assurer que Notre-Seigneur recevra votre oblation et sacrifice d'un œil propice, comme ceux du juste Abel, et nous comblera de beaucoup de faveurs, de sa grâce, de la suavité de l'union de nos âmes avec lui, et de gloire après notre mort. Amen.
EXHORTATION XXII