‹ Œuvres diversesChapitre 60 sur 281 · SELON DIEU · texte numérisé non relu

SELON DIEU

Mes chères Sœurs, avant que ces jours de retraite finissent, j'ai pensé que je vous devais exhorter, à ce que ma constitution me marque, que je dois procurer que la mutuelle charité et sainte amitié fleurissent en la maison, c'est pourquoi, je vous supplie, mes chères Sœurs, que toutes, en vos retraites que vous faites pour votre amendement, vous jetiez un regard, pour voir si vous faites bien fleurir la permanente charité et sainte dilection, et que, outre les résolutions particulières de chacune selon sa nécessité, que celle-ci de faire fleurir entre vous la sainte dilection, se fasse générale. Je ne vous dis pas cela, mes chères Sœurs, parce que j'ai remarqué grands défauts de ce côté-là , ni que je sente que ma conscience m'oblige à vous en parler; mais c'est une chose que la constitution recommande en plusieurs endroits et oblige la supérieure tout spécialement à avoir l'œil sur ses filles, afin que la mutuelle dilection et sainte amitié fleurissent en la Congrégation.

Mes chères Sœurs, ne nous y trompons pas; certes, il faut que notre dilection , pour être bénie de Dieu, soit commune et égale , car le Sauveur n'a pas commandé qu'on aimât plus les uns que les autres, mais il a dit : Aimez le prochain comme vous-même.

Nous pensons quelquefois que nos affections soient bien pures, mais devant Dieu c'en est tout autrement; la dilection plus pure ne regarde que Dieu, ne tend qu'à Dieu, et ne prétend que Dieu. J'aime mes Sœurs, parce que je rois Dieu en elles, et que Dieu le veut : je les chéris et les respecte parce qu'elles me représentent la personne de Dieu ; je les aime sans prétention quelconque, sinon d'obéir à Dieu, et suivre ses divines volontés, cela est avoir une dilection pure, parce qu'elle n'a que Dieu pour motif et pour fin : mais, si j'aime mes Sœurs avec l'espérance qu'elles m'aimeront réciproquement et me feront des services, tout cela est imparfait et indigne de notre vocation, si nous avions tel motif en notre amour.

Mais ce serait chose odieuse d'aimer nos Sœurs pour leurs qualités naturelles, pour leur bel esprit, ou pour être d'humeur correspondante l'une à l'autre, et semblables chimères, qui seules causent les particularités et tirent aux partialités. Le plus grand mal qui puisse être dans une communauté, c'est quand les esprits se liguent et se mettent à tirer quartier à part, rompant la liaison commune pour en faire une singulière qui les ôte de l'observance , renverse l'obéissance , engendre mille petites envies , et enfin fait perdre le vrai esprit de la religion.

Mes Sœurs, votre dilection est fausse si elle n'est égale, générale et entière avec toutes vos Sœurs, en sorte que vous soyez autant suave avec l'une qu'avec l'autre; autant prompte à secourir celle-ci que celle-là; autant aise de vous trouver à la récréation vers Tune que vers l'autre. Votre motif en l'amour que vous portez à vos Sœurs doit être fondé sur le sein de Dieu; s'il est hors de là, il ne vaut rien. Prenez-y garde, mes Sœurs,

je vous en prie, de ne chopper de ce côté-là. Pour moi, je vous assure que j'aimerai plutôt voir quelque autre notable défaut dans une maison religieuse, que ce seul de la partialité aux affections, à cause des conséquences qu'il tire après soi, et des vains amusements qu'il donne aux esprits qui en sont atteints, leur empêchant, par mille pensées sur ce sujet, la conversation que Pâme doit toujours avoir avec Dieu; au contraire, quand l'affection est commune, elle n'apporte que tout bien, toute paix et toute tranquillité, et chasse en telle sorte les embarrassements d'esprit, qu'autant plus cette union avec nos Sœurs sera pure, générale et entière, d'autant plus sera grande notre union avec Dieu!

EXHORTATION XX

POUR LE TEMPS DES RETRAITES

sur l'importance de renouveler nos saints voeux en esprit de foi

et de générosité.

Voilà, mes Sœurs, nos solitudes presque finies; mais pourtant tout n'est pas fait, car le plus fort est encore à faire, qui est de mettre en pratique les bons mouvements, lumières et résolutions que nous y avons faits; car, grâce à Dieu, il n'y en a point d'entre nous à qui sa bonté n'en ait donné suffisamment pour s'avancer en son saint amour. Je vous exhorte donc, qu'en ces trois jours de solitude que vous ferez encore, vous considériez l'importance qu'il y a de tenir parole à Notre-Seigneur, et que làdessus vous vous encouragiez en la pratique de ces saintes résolutions, peser après mûrement et sérieusement l'action que h. 14

nous allons faire le jour de la Présentation, selon notre coutume, qui est le renouvellement de nos vœux. Vous savez, mes Sœurs, qu'avec les gens du monde les paroles données sont de grand poids; mais les promesses reconfirmées souvent, certes, c'est à grand déshonneur si on ne les observe pas. Nous avons donné parole à Notre-Seigneur, en faisant profession, de garder toute notre vie, pauvreté, obéissance et chasteté; nous les confirmons souvent : reste à les bien observer. Nous allons encore les reconfirmer bientôt; de vrai, mes Sœurs, ce n'est pas un jeu d'enfant, il y va du salut éternel, pensons-y bien, je vous prie. 13 faut dorénavant une plus étroite et exacte observance, puisque Ja confirmation est une reliaison à Notre-Seigneur et à notre vocation; nous allons reconfirmer d'observer notre règle, et pour le moins nos trois vœux. Or, sachez, mes Filles, que l'obéissance consiste à obéir en toute chose qui n'est point péché; mais obéir promptement, avec soumission de jugement et de volonté. La pauvreté, à se contenter de ce que la religion nous donne pour notre usagerne rien désirer de plus, n'avoir affection à aucune chose, et être bien aise et recevoir de bon cœur les choses moindres, plus chétives et incommodes de toute la maison quand Dieu permettra qu'elles nous arrivent. La chasteté, à retirer toutes nos affections, pensées et désirs des choses créées, pour les occuper totalement en Dieu, ne voulant avoir d'amour que pour Lui ni d'amour que de Lui. Multitude de choses se pourrait dire sur ce sujet, mais retenez bien ce que j'ai dit et le mettez en pratique , et ce sera bien prou. Offrez vos vœux à Dieu en toute humilité , priez sa sainte Mère de les offrir avec les siens, et de vous impétrer la grâce et la fidélité nécessaires pour les bien observer.

EXHORTATION XXI

(Faite en 1629)

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