‹ Œuvres diversesChapitre 22 sur 169 · AVRIL 1887 M · texte numérisé non relu

AVRIL 1887 M

Le déchiffrement des écritures de TOrient a reculé les bornes dç l'histoire jusque dans un lointain qui semblait, il n'y a pas encore longtemps, enveloppé de brumes impénétrables. Les premières sociétés organisées dont Thumanité ait gardé le souvenir sont apparues en pleine lumière. La vie du peuple égyptien, en particulier, le peuple le plus vieux du monde au dire des anciens, nous est dès maintenant connue pendant une période de plusieurs milliers d'années, et ce qui, dans la reconstitution de ce passé merveilleux, accroît l'intérêt des recherches, ce qui imprime un caractère spécial à l'œuvre de l'historien, c'est la nature et le nombre des documents mis au jour. Tandis que pour les nations dont nous sommes les héritiers, pour nos ancêtres directs, les traditions, les légendes, les annales empruntées à des archives

1. Extrait de la Reçue internationale de l'Enseignement, 1887, 7* année, t. u, p. 19-38.

BiBL. ÉG\-PT., T. III. 1

lectuel les conséquences de leur entréeen Egypte, j'essayerai, dans une seconde série de conférences, de vous en fournir une idée, en comparant les données des monuments hiéroglyphiques avec leurs récits, notamment avec ceux qui se sont fondus dans la compilation de Diodore.

J'ai pris pour sujet de la leçon de ce jour : le Temple égyptien. Il m'a semblé qu'il convenait de tracer, sur la première page d'une histoire du plus religieux des peuples, le dessin de la demeure de ses dieux.

Le temple était placé à l'intérieur d'une aire sacrée, le TÉMÉNOS \ ayant ses bosquets, ses arbres saints, son lac alimenté par « les eaux célestes » • ou par un canal d'amenée, enfin son champ pour les semailles rituelles et les ensevelissements divins. Une épaisse et haute muraille en briques protégeait l'édifice contre les ennemis, les impurs, et mettait, en tout cas, les richesses qu'il renfermait à l'abri d'un coup de main ; en outre il cachait le mystère de certaines fêtes à ceux qui n'étaient pas initiés. Contre cette muraille se rangeaient les magasins destinés au dépôt des grains^ des fruits, des végétaux, des vins, des bières, des huiles, du laitage, de toutes les redevances nécessaires aux sacrifices, les étables pour les victimes, les boulangeries pour le pain et la pâtisserie des dieux, les ateliers où se confectionnaient les parures et les vêtements des divines images, les laboratoires de parfumerie, les préaux où étaient enseignées les écritures sacrées, les appartements des reclus, les annexes dont les constructions en briques crues des Mennou de Ramsès II à Thèbes, nous donnent un spécimen ; tout autour se pres-

Page 1