Les diadèmes sont parfois identiûés aux déesses
218 LE TEMPLE d'aPET
principal est un faisceau de lotus ou de papyrus reliés parles
deux extrémités A . J'ai parlé plus haut de cet emblème et
des idées de renaissance, de reverdissement qu'il rappelle ; il se retrouve au haut des tombes^ comme aux frises des temples;
quelquefois les fleurs sont encore fermées Ç et s'alignent
pressées les unes contre les autres; ou encore elles sont
groupées par trois, pluriel idéographique M yXny| M. Le
faisceau, avecou sans les deux disques intérieurs et extérieurs qui figurent les deux époques du mystère des renaissances
divines, ceint le front du dieu, n .
De la plume i\. — Le plus souvent, le àiB.dème Atew est orné de deux plumes d'autruche g qu'on est accoutumé d'appeler les plumes de justice. On voit ces plumes flottant au vent sur la tête des guerriers ; elles forment des chassemouches que les vautours placés à la voûte du temple agitent au-dessus du roi ; par leur mouvement ondulé, elles- écartent les mauvaises influences, comme le sistre dont le bruit met en fuite les génies malins ; elles font naître l'impression de la brise douce et rafraîchissante, et c'est ainsi que le dieu dont elles sont le principal attribut. Su, figure le vent bienfaisant qui lutte contre le vent du désert et ramène la vie à la végétation ; elles représentent encore la lumière vibrante, le rayon victorieux, dissipant les ténèbres, personnifié aussi sous le nom de Su; enfin en avançant plus avant dans le symbolisme, ce qui est lumière étant morale, vérité, justice et tout ce qui participe de la science divine, la plume d'autruche est devenue l'emblème par excellence de la déesse Ma. Toutes ces significations, le prêtre égyptien en fait une synthèse en plaçant la plume sur la tête d'un dieu. — Il est peu de diadèmes auxquels deux plumes flottantes, une pour le Midi, une pour le Nord, ne soient accolées symétriquement ; elles forment à elles seules le diadème de Ptah (voyez pi. ii, n°20) le dieu qui fait tout avec art et vérité, d'Unnofer quand il est mâxeru.
LE TEMPLE D'APET 219
Des cornes ^'^s^. — Enfin des cornes horizontales partent de chaque côt6 du faisceau Atew à la hauteur des oreilles ; elles rappellent Ténergie fécondatrice, ou, comme les ailes attachées au disque solaire, la lumière qui inonde le Midi et leNord.Les cornes composent Temblème préféré de Chnuphis (voyez pi. II, n^ 11) ; elles servent de support à tous les diadèmes qui se placent au-dessus d'une autre coiffure.
Le diadème Atew appartient encore à Chnuphis, à Tliot. Comme les divinités à figure d'animal, Chnuphis, Thot, ont la tète enveloppée par une pièce d'étoffe retombant sur les épaules (voyez pi. ii, n®^ 3 et 11) et le faisceau de plantes se
dresse sur les deux cornes ^^^ (voyez pi. ii, n° 37) placées au
sommet du front.
Je n'insiste pas ici sur les qualités et le rôle que symbolise le diadème A ^eto; ces qualités, ce rôle sont attribués par le prêtre à la divinité qui en est revêtue.
Diadème Hemhem, PL n, n«> 41-44.
Le groupe des trois faisceaux de lotus ou de papyrus reposant sur les cornes et accolés par des plumes d'autruche
et des uraîus compose le diadème « le terrible »
préféré du troisième personnage de la triade. Le disque solaire qui plane sur les fleurs est souvent remplacé par un épervier (voyez pi. II. n°M2, 43).
Diadème d'A hi.
PL II, n«« 39, 40.
Un autre diadème appartenant également au troisième personnage de la triade contient aussi comme pièce centrale un faisceau de plantes sacrées, sur lequel s'applique, à la place du
220 LE TEMPLE d'aPET
disque figurant le soleil caché dans les fleurs, un scarabée aux ailes étendues; sur les côtés du faisceau sont disposées symétriquement : deux plumes droites d'épervier, puis deux tiges, Tune de lotus, l'autre de papyrus, sur chacune desquelles s'enroule un uraeus à tête de lion, enfin deux pousses en forme de vrille. Des disques solaires sont placés au-dessus de chaque emblème, l'ensemble émerge de l'idéogramme de la terre
simple r-T-1 ou redoublé et reposant sur les cornes hori-
zontales. Les cornes elles-mêmes s'agencent sur une sorte de
bonnet, ayant la forme du vase ^, ^ qui, avec les deux
plumes d'épervier, compose la coiffure d'Amon et dont est dérivée la couronne du Nord. Ce diadème, comme une interprétation sommaire de ses éléments permettra de s'en rendre compte, attribue au dieu qui en est revêtu un double rôle ; le rôle subjectif de dieu renaissant, le rôle objectif du dieu maître des renaissances par la victoire sur le mal. La plume droite qui s'attache au faisceau mystérieux asile de la régénération et centre du diadème, c'est le rayon qui tombe d'aplomb écrasant l'ennemi, le rayon créateur ; le serpent urseus s'enroulant autour d'une des tiges sacrées symbolise la majesté du dieu après sa renaissance.
De Vurœus. — L'urœus est intimement lié à l'idée de divinité; il est rare qu'il ne soit point adjoint au disque solaire, en son nom de Râ «îX, dont il rappelle les révolutions périodiques ; dédoublé, parfois avec les couronnes du Sud et
du Nord, O, fcS, il forme avec lui l'emblème gravé audessus de la porte des lieux consacrés, et le motif d'un diadème (voyez pi. II, n®« 24-26). L'uraeus représente en même temps la puissance génératrice femelle, lerécipient réagissant de toute conception, et dans un rôle spécial préside à la germination et au reverdissement des plantes où il se cache d'ordinaire. Il fait partie de tous les diadèmes. Dans celui qui est présentement décrit, on a introduit les deux urseus pour affirmer le principe de la régénération éternelle, la double
LE TEMPLE d'aPET 221
puissance rénovatrice par les formules magiques ; on leur a donné une tête de lion pour y joindre l'idée de lutte et rappeler le rôle des lions Su et Tef nut au matin, dans le mythe du nôme de Tinis.
Enfin, les pousses symbolisent la renaissance accomplie et parfaite par Tefifet de la puissance qui féconde l'Univers.
D'une manière générale, en partant du centre vers l'une des extrémités de l'ensemble (les deux parties symétriques correspondant à la division en Midi et en Nord), on pourrait lire ce diadème : c'est là le récipient universel, le dieu qui se transforme ; au matin, quand il renaît, il est dans son essence la force qui repousse l'agent du mal ; c'est lui aussi qui préside à toutes les renaissances, et qui lutte pour qu'elles puissent s'accomplir ; tout ce qui reverdit, tout ce qui est jeune vient de lui ; par son énergie fécondante il maintient et renouvelle la Création ; — ou encore : voici Neith, voici le dieu Osiris ; il est aussi Chepra; il est Amon; il est le lion Su; il est Ranent; il est Chnuphis, etc.
Ce diadème convient donc bien au double personnage que la théogonie égyptienne fait jouer au troisième membre de la triade. C'est ainsi qu'Horus, dans le mythe d'Osiris, est l'agent de toute victoire; que Chons, le dieu enfant, le dieu qui se transforme sans cesse à l'exemple de la lune, et qui brille avant et après l'aurore, est aussi l'agent de toute magie, le dieu protecteur qu'on invoque contre le mal, celui qui guérit les maladies.
A Memphis, le dieu fils sous le nom d'Imhotep est le dieu de la médecine, comme Harpocrate, comme Chons ; et de fait, les monuments du même dieu sous le nom de Nof re-Tum qui se trouvent dans nos musées nous le montrent avec des emblèmes correspondant aux éléments de la précédente coiffure.
222 LE TEMPLE d'aPET
Diadème de Nofre- Tum.
PL II, n«31.
Ce dieu est en effet représenté monté sur un lion, ayant sur la tête un papyrus d'où sortent les deux plumes droites et tenant à la main le bâton ondulé, « le maître des enchantements » ; la signification de cet ensemble se résume dans le titre du dieu « protecteur des deux mondes ».
Du Pchent.
PI. III, n«« 60-68.
Le pchent est la réunion de deux couronnes : la couronne blanche, caractérisant la puissance sur le Midi, et lacouronne rouge caractérisant la puissance sur le Nord.
Au premier abord, il n'est pas facile de distinguer les éléments qui composent chacun de ces diadèmes ; celui du Midi ne signifie pas toujours la royauté sur le Midi ; placé sur une autre coiffure, il a souvent les mêmes emplois que le diadème Atew (comp. pi. ii^ n®* 36-39, 46, et pi. iii^n^'^Sl, 54,55, 56, 66) dont il tire son origine par une légère déformation
devenue essentielle ^ , Ll'- H en ©st de même de lacouronne du Nord; elle sert de base (voyez pi. ii, n^^ 46-48) à d'autres diadèmes et a parfois une signification différente de celle qui lui est attribuée d'ordinaire.
Ses éléments semblent être le vase \7, le signe czza et la
pousse \ du grand diadème décrit plus haut. La disposition primitive des idéogrammes de la terre et des plantes dans le vase \J a été troublée par un abus de dessin W ; elle reporte
1. Le hàg' Q ^st le contour linéaire du faisceau de VAtew. Cf. pi. n, n° 46, et pi. m, n' 66.
LE TEMPLE d'aPET 223
aux idées qui inspiraient les fidèles semant auprès du catafalque d'Osiris des plantes hâtives dans des vases remplis de terre. La couronne du Nord rappelle donc les mêmes conceptions que la couronne du Sud. La superposition de ces deux antiques coiffures compose un ensemble comparable au
diadème d'Ah'i. (Rapprochez W!/ ^®^Cp ^* voyez pi. ii, n^»40, 43, 44, et pi. in, n^ 63.)
Lepchent d'ailleurs est aussi complété ^ par l'adjonction,
soit des plumes d'Amon, soit des plumes de vérité, soit des deux espèces de plumes simultanément, et c'est ainsi qu'est formé le grand diadème d'Hor-Hud, l'Horus d'Edfou, dans son sanctuaire.
Enfin le diadème d'Hor-Hud déjà si complexe peut être superposé à une de ces coiffures terrestres (voyez pL ni, n® 68) telles que le serre-tête de Ptah-nefer-her, de Chons au visage d'enfant, au corps engainé, le Klajl, le Nemes, la perruque, la coiffure tombante s'arrondissant au-dessous du cou, le casque, que revêt successivement le roi, et dont chacune a pris une signification symbolique \
Tels sont les principaux types de coiffures de dieux, que nous retrouvons dans le petit temple d'Apet. Ils se modifient par des emprunts faits aux éléments les uns des autres ; ils se combinent, se superposent, autant que l'assemblage est matériellement possible '.
1. Sur les murs des temples pharaoniques, ces coiffures appartiennent au ROI dans la partie du temple réservée aux cérémonies extérieures ; il ne revêt guère les emblèmes des dieux que dans le sanctuaire.
2. En somme, les coiffures des dieux peuvent être divisées en deux classes principales : celles qui ont rapport au mythe solaire rappelé par le disque et les plumes; celles qui ont rapport au dogme de révolution et de la renaissance perpétuelle du monde que symbolisent les plantes issues de l'union de la terre et de Veau^ et le dogme est rappelé par les papyrus et les lotus isolés ou en faisceau, les pousses, le pchent et ses éléments, etc.
224 LE TEMPLE d'aPET
Coiffures des déesses.
PL ni et IV.
Les coiflEures des déesses sont simples ; la tête est toujours enveloppée soit d'une perruque tombant sur les épaules avec deux nattes sur la poitrine, soit d'une pièce d'étoffe à raies arrangée de même, ou rejetée en arrière (voyez pi. m, n«» F.
Pour affirmer son rôle de protectrice et de mère, on place sur cette première coiffure un vautour (pi. m, n®« F. 15, 16) dont la tête s'avance au-dessus du front de la déesse, et dont les ailes se rabattent sur les tempes. L'ensemble est surmonté de l'idéogramme du nom de la déesse : un scorpion pour Selk,
le signe |T pour Nephthys,le siège pour Isis, ]\ pour Ma, g
pour Nout, ûpour Apet; ceci, lorsque les divinités sont considérées comme puissances élémentaires (voyez pi. m, n<>* F. 6-12) ; mais dans le rôle de grandes divinités, les déesses prennent le plus souvent un diadème composé comme suit (pi. III, n** F. 20) : un socle d'urœus reposant sur la perruque supporte de longues cornes de vache entre lesquelles se place un disque. Les cornes de vache caractérisent essentiellement la divinité femelle en son rôle de mère divine. Le disque solaire semé à profusion dans toutes les coiffures rappelle l'origine commune de tous les dieux ; mais diverses représentations démontrent qu'il y a dans ce diadème une seconde signification : souvent un enfant naissant apparaît entre les deux cornes ou s'élève au-dessus d'une tête de vache; il faut donc considérer que cette partie du diadème fait allusion au dogme de la renaissance du dieu quittant les flancs maternels et s'élevant comme à l'horizon au-dessus de la montagne de l'Est V — Les déesses prennent aussi un autre
1. On a vu dans ce diadème Tirnage du disque lunaire. Dans le cas où la lune représente le principe femelle de la divinité, elle revêt en effet cette coiffure, mais c'est en tant que mère^ comme toutes les autres déesses ; le disque lunaire a une tout autre forme.