PI. II, III, IV
En passant du tableau à Texamen de chacune des^gures, nous retrouvons les mêmes procédés dans la disposition des emblèmes dont elles sont ornées pour déterminer ou modifier le personnage qu'elles symbolisent.
Chaque divinité a ses emblèmes spéciaux qui sont comme les idéogrammes de ses qualités; mais elle peut aussi s'adjoindre quelques ornements dont la signification se combine avec celle des premiers, ou même, tout en gardant son nom et ses titres, emprunter les emblèmes d'un ou plusieurs autres dieux.
Les emblèmes les plus importants sont les coiffures et diadèmes.
Quand on passe en revue les représentations des grands temples de Dendérah, Philae, Edfou, Esnèh, et même des temples pharaoniques, on est confondu par la quantité de coiffures que revêtent les dieux et le roi qui fait l'offrande ; celui-ci en change pour ainsi dire à chaque tableau. A Edfou seulement, on compte plus de cent coiffures différentes, et cette liste doit être augmentée des modèles pris à d'autres monuments.
Le chaos apparent qui règne dans l'emploi de ces emblèmes par les décorateurs s'organise avec un peu d'attention ; tout se ramène à un certain nombre d'éléments fixes que le sculpteur a combinés entre eux. Plusieurs de ces combinaisons se retrouvent constamment ; elles portent des noms que nous apprennent les inscriptions, et les hymnes y font des allusions qui ont paru jusqu'ici assez obscures ; quelques-unes seulement ont été classées et attribuées à certains dieux comme faisant partie de la collection de leurs emblèmes particuliers. J'ai déjà présenté en 1878 une note sur cette
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question ^ et je résumerai ici les conclusions d'un premier travail.
Signification symbolique des coiffures et de leurs éléments.
Cliaque divinité a une coiffure spéciale dont les éléments représentent symboliquement les attributs composant sa personne, et correspondent à la série de ses titres.
Par exemple, le diadème propre du grand dieu Hor-Hud est ]e pchent (pi. m, n° 60), formé par la réunion des diadèmes du Midi et du Nord ; et tous les Horus en sont revêtus. Sur la tête d'Amon-Râ, enveloppée d'une coiffure en forme de tronc de cône renversé (pi. ii, n® 27), les prêtres disposent deux plumes d'épervier, symboles de la double lumière qui tombe du zénith sur les régions du Midi et du Nord ; et en revêtant de ce diadème un personnage divin, ils en font un Amon, ils entendent lui en conférer les attributs.
Par Tadjonction d'un emblème à une coiffure type, ils en modifient à la fois la forme et la signification ; ils vont plus loin et superposent souvent deux ou trois coiffures les unes aux autres, fondant ainsi plusieurs personnes divines en une seule.
Quelques divinités ont pour diadème propre un seul de ces éléments qui servontà composer les coiffures. On peut en découvrir aisément lcsenssyml)o]ique; et de là remontant aux diadèmes encore simples d'Osiris, de Ptah, d'Ammon, on les comparera an\ personnes divines dont ils sont les attributs, on analysera In nit^^thode du dêroratom', on possédera le procétlé qui a rondnit aux groupements complexes que les sculpteurs ptolémaïques ont tirés par additions successives des formes plus fixes léguées par les Pharaons, on arrivera à rinterprétation do ces jeux de l'esprit hiératique quelque étranges qu'ils paraissent aux premiers regards.
1. Cette note, lue à VAcadvtnie des Inscriptions et Belles-Lettres, ne s'est pas retrouvée dans les papiers de M. de Rochemonteix. — G. M.
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De la place occupée par les emblèmes dans le système
général de la décoration.
En somme, les diadèmes et les autres parties du vêtement et tous les emblèmes ou ornements dont la notice ne peut trouver sa place ici, forment le troisième degré dans l'exposition détaillée des idées du décorateur sur le dieu du temple. Sans dévier de sa méthode, il nous énumère par une série de tableaux les états par lesquels passe la divinité, les énergies qu'elle manifeste ; puis dans le même tableau, il définit son sujet par le développement du polynôme divin dont enfin il modifie et complète chaque personne par l'accumulation 6! emblèmes divers.
Des diadèmes portés par le roi.
Le ROI apparaît dans la série des tableaux successivement revêtu des coiffures imaginées pour les dieux. On a interprété l'intention des décorateurs en avançant que le roi devait à chaque fête prendre un diadème particulier^ de manière qu'un classement des diadèmes placés sur sa tête constituerait une sorte de calendrier des fêtes du temple. Aux jours fériés en effet, les images des dieux sont habillées suivant certaines prescriptions, et l'on sait, par les belles études de Mariette sur Abydos et Dendérah, par les tombes, quelle importance avait la toilette des statues dans les cérémonies du culte. La coiffure était la pièce principale du vêtement : le sphinx des Pyramides a encore au sommet de la tête une cavité où pénétraient les cartonnages emblématiques figurant le diadème ; les statues élevées en avant des temples portent souvent un récipient semblable, et les grands éperviers de granit qui gisent au pied des pylônes d'Edfou, privés, contre l'usage le plus fréquent, du pchent d'Horus, ont le sinciput disposé pour recevoir des coiffures mobiles.
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J'avoue n'avoir pu trouver dans l'étude des tableaux rapprochés des calendriers d'Edfou et de Dendérah la justification de cette hypothèse entendue dans son sens absolu. Dans les chapelles de ces temples consacrées à la fête du Nouvel-An, le roi prend plus de vingt coiffures différentes ; les salles réservées aux solennités de la mort, de la naissance du dieu, offrent la même variété. D'autre part, dans toutes les représentations épisodiques d'une fête quelconque où le ROI assiste à la tète du collège sacerdotal, il ne porte qu'un très petit nombre de coiffures toujours les mêmes, et le plus souvent est revêtu du pchent. Enfin, dans les cérémonies qu'il est censé accomplir pour la fondation de l'édifice sacré, on le voit changer de diadème à chaque acte nouveau ; mais, dans les séries parallèles du Midi et du Nord, à un même acte ne correspond pas le même diadème, et si le temple, comme à Edfou, renferme plusieurs exemplaires de la fondation, le choix des coiffures paraît tout à fait indépendant de la cérémonie.
D'ailleurs, l'hypothèse ne fait que reculer la question et n'explique pas l'origine des coiffures et leurs rapports avec les jours fériés.
Pour reconnaître le but des décorateurs, il faut se reporter à ce qui a été dit plus haut du personnage royal. De même qu'il aligne à côté du roi les figures qui en détermineront exactement le rôle dans le tableau, le sculpteur le pare aussi des attributs de ces figures ; il rappelle la relation dogmatique existant entre la divinité et 1' adorateur qui procède d'elle, en plaçant sur la tête de celui-ci les coiffures et les diadèmes avec toute leur signification symbolique ; et cette signification, ce sont surtout les inscriptions tracées à côté du roi, les plus précieuses souvent pour l'intelligence de cette catégorie des idéogrammes de la décoration, qui nous la font connaître en termes mystiques.
Certes, dans les solennités où les prêtres célébraient telle forme, tel acte de dieu, on choisissait pour en revêtir les
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divinités, les statues banales érigées à la porte des temples, des vêtements, des coiffures appropriées à la circonstance. Mais ces dernières étaient du nombre des types fixes qui portent des noms dans les inscriptions, qui font partie des oflErandes dont la munificence royale dotait les trésors sacrés, qui sont classées parmi les amulettes nécessaires à l'accomplissement des mystères ^ et qu'on voit rangées sous le lit funèbre d'Osiris. Certes, le servant préposé à la toilette des dieux, s'inspirant des représentations murales, devait tirer des sacristies quelques-uns des emblèmes divins pour les disposer autour du diadème principal ; mais c'est au décorateur mettant en œuvre les éléments élaborés pour les premiers besoins du culte qu'il faut attribuer l'invention des arrangements multiples qu'il a sculptés sur les murs ; c'est avant tout lui qui les a créés pour donner une forme symbolique à sa pensée, une expression à ses conceptions dogmatiques.
Notice sommaire des principaux diadèmes figurés dans le
temple d'Apet.
Je donnerai pour conclure une courte description des principaux diadèmes figurés dans le temple d'Apet et des éléments qui les composent; les planches ci-jointes (pi. ii, ni et iv) présentent un classement du simple au complexe des exemples d'arrangements d'emblèmes en diadèmes, que j'ai recueillis dans divers monuments.
Diadème Atew.
PI. n, n«8 36-38.
Je commencerai, puisque le monument est consacré à l'engendrement d'Osiris^ par le diadème de ce dieu, bien connu dans la science sous le nom de diadème Atew, L'élément