SCENE X
Monsieur, votre visite, et j'ai dij in'enipresser...
FLORVAL.
Quoi ! ma présence ici n'a rien qui vous afflige ?
CONSTANCE
Qui m'afflige! et pourquoi?
Se peut-il ?
CONSTANCE
Non, vous dis-je,
FLORVAL.
Qu'un tel aveu m'est cher ! quoi ! daigne.^-vous encor, Condamnant en secret les mépris de Mondor?...
CONSTANCE
Monsieur, souvenez-vous que Mondor est mon père.
FLORVAL.
Oui, ce titre en mon cœur éteint toute colère; Mais cependant Mondor, en forçant votre choix, En vous faisant subir les rigoureuses lois D'un hymen ..
CONSTANCE
Parlez mieux du lien qui m'engage j Mon père en le formant fut moins cruel que sage.
FLORVAL.
Qu'entends-je ! quel discours !
CONSTANCE
Qu'a-t-il de surprenant?
(montrant Valsain.) Pouvez-vous oubUer que monsieur vous entend. Et qu'il doit s'étonner?...
nS L'Ël'REUVE DELICATE,
C'est un ami sincère Qui connaît mes chagrins et les partage en frère ; Nous pouvons devant lui nous parler librement.
VALSAIN.
Ah ! vous êtes trop bon !
FLORVAL.
Non , c'est sans compliment j Ce n'est pas avec vous que mon cœur se déguise.
CONSTANCE
On ne vit en effet jamais tant de franchise !
VALSAIN.
N'importe , permettez : je vais sortir.
CONSTANCE
Non pas.
VALSAIN.
Je suis de trop.
CONSTANCE
Monsieur, demeurez.
FLORVAL, à Valsain.
Que d'appas Sont d'un autre que moi le fortuné partage ! Puis-je voir sans regret qu'un autre ait l'avantage De posséder ce cœur aimant et sans détour, Qui semblait au bonheur destiné par l'amour?
Monsieur. . .
FLORVAL , de même.
De contempler cette grâce touchante,
SCKNE X. 79
Cet air noble et décent, cette taille charmante, Ces traits que la pudeur semble embellir encor...
CONSTANCE
De grâce...
FLORVAl. , (le même.
Et d'admirer enfin l'heureux accord Des charmes de son sexe et des vertus du nôtre !
CONSTANCE, à part.
On jurerait qu'il prend mon mari pour un autre.
( haut.)
Je mêlasse à la fin...
FLORVAL.
Hélas ! je ne viens plus Réclamer près de vous des droits que j'ai perdus! INIais faites-moi des lois que je ne puisse enfreindre. M'interdiriez- vous donc jusqu'au droit de me plaindre?
CONSTANCE
Et de quoi donc, monsieur? ne pouvais-je à mon choix Disposer de m^ main ?
FLORVAL.
J'espérais toutefois En partant...
Mon ami, qui quitte la partie La perd ; il faut rester.
FLORVAL.
En huit jours l'on m'oublie !
VALSAIN.
Au fait c'est un peu prompt !
8o L'ÉPREUVE DÉLICATE,
CONSTANCE , à Florval.
Puisque c'est vainement Que j'impose silence à votre emportement , Je sors.
FLORVAL, la retenant et voulant sortir lui-même.
Non...
VALSAIN , les ramenant tous les deux.
Demeurez.
FLORVAL , à part, à Valsain , du ton de la prière.
Puisqu'il faut vous le dire , Vous la gênez ; il faut qu'un de nous se relire.
VALSAIN, à part, vivement.
Si je reste , il verra que je suis son époux !
(à Florval.)
C'est moi... Vous sortiriez, si vous étiez chez vous...
( avec effort.) Je suis chez moi , je sors.
CONSTANCE , voulant encore le retenir.
Qtioi, Monsieur !...
VALSAIN.
Je me hâte,
(à part, en sortant.)
Et reviens promptement. L'épreuve est délicate !
(Il sort.)