ACTE I, SCENE VIII. i5i
ROJVÉZT, souriant.
Oh!... mais heureusement, quand on en sait la cause, Le plus grand mal bientôt devient fort peu de chose. On sait ce qui vous rend malade.
SELMOURS.
Moi, comment?
BOÎNÉZI.
En partant, vous pensiez vous guérir. . Pauvre enfant! Partir en pareil cas , fi donc ! mauvais système ; Le remède du mal est dans le mal lui-même.
SELMOl RS.
Je ne vous compiends point.
A quoi bon ces détours?
Avez-vous cru pouvoir me cacher vos amours ?
SELMOURS.
Quoi! monsieur, vous savez?...
BONÉZr.
Vraiment, le beau mystère !
Prétendiez-vous forcer deux femmes à se taire? Justine et Camilla m'ont tout dit.
SELMOURS, élonné.
Camilla !
C'est elle?...
BONÉZI.
Qu'avez-vous à répondre à cela ?
SELMOURS, co.nfus.
Oh! rien.. Mais cet aveu dut beaucoup vous surprendre?
i53 LA DUPE DE SOI-MÊME,
BONilZI.
Me surprendre! qui? moi ! Peut-on me rien apprendre? Je savais tout avant ma fille.
SELMOURS.
Je le crois :
J'ai parlé ce matin pour la première fois; Jusqu'au dernier moment j'ai souffert sans me plaindre, Et suis surpris que vous...
Bah ! vous aviez beau feindre, Quand tout vous décelait, vos yeux, votre air, vos soins. Je n'en disais rien, mais je n'en pensais pas moins.
SELMOURS.
Eh quoi! vous me parlez sans humeur, sans colère! Mon amour...
BONÉZI.
Je le crois pur, honnête, sincère; Pourquoi le blâmerai-je? Autrefois, comme vous, N'ai-je donc pas aimé? N'aimons-nous donc pas tous? A la jeunesse, enfin, il faut bien faire grâce; Jadis, c'était mon tour, et vous prenez ma place; Rien de plus naturel.
SELMOURS.
Oh! que j'ai de regret De ne vous avoir pas plus tôt dit mon secret?
RONÉZI.
c'est un tort; vous avez manqué de confiance.
SELMOURS.
llélas ! je n'osais pas.