ACTE II, SCKNE HT. i
RICARDO
Français ! poète ! ah ! Dieu!
BOWÉzr.
A vos yeux sont-ce là des crimes?
RICARDO
Oli ! parbleu !
Je le crois! vos Français sont un peuple folâtre, Léger, capricieux, de lui-même idolâtre, De spectacles, de jeux et de modes épris; Et dans tous ses propos railleur jusqu'au mépris!...
BONÉzr.
Ma foi! vous avez tort; les Français sont aimables. Bons amis, bons guerriers, convives agréables ; Et surtout bons maris; point tyrans, point jaloux , Comme le sont ici presque tous les époux. Quant aux poètes... Ciel! se pourrait-il qu'un homme D'autant d'esprit que vousblamat ce qu'on renomme?
(avec enlliousiisme.) Savez-vous ce '^fue c'est qu'un poète? c'est un... Un poète... est un homme au-dessus du commun.
RICARDO
Oui, mais qui meurt de faim, ou qui vit de fumée.
Mais la gloire...
RICARDO
Allons donc! malgré leur renommée , On devrait s'assurer de tous ces beaux esprits. Ou lever un impôt, du moins, sur leurs écrits. Ainsi, je vous l'ai dit, ef jo vous le répète,
i66 LA DUPE DE SOI-MEME,
Pour gendre je ne veux ni Français, ni poêle; Selmours est l'un et l'autre, et vous devez juger Si jamais à ma fille il peut même songer.
BONÉZl.
Mais votre fille l'aime,
RICARDO
Eh ! croit-on me l'apprendre ?
Je le sais ; j'ai pris soin aussi de lui défendre D'entrer jamais chez vous.
BONÉZI.
Soins plus que superflus !
Il est honnête.
RICARDO, se moquant.
Honnête !. . . Est-il riche ?
BOIVÉZÏ.
En vertus, En talents.
RICARDO
Beaux trésors pour fonder un ménage !
Et c'est à moi qu'on offre un tel gendre!
BONÉZI , à part.
J'enrage !
RICARDO, avec importance.
A moi ! qui refusais hier certain parti...
BONÉZI, à part.
Quelle impudence!
(haut.)
Mais vous êtes riche; ainsi....
RICARDO
Qu'appelez- vous donc riche ? Ah! oui, je vous admire!