SCENE Vil
On croit en vérité voir leurs bouches muettes Prononcer les beaux vers du plus grand des poètes, Et, par l'illusion de ce tableau divin, Entendre encor Racine en admirant Guérin.
DESROSWAIS.
Je compte dès demain lui porter mon suffrage.
CAROLINE
Et vous, avez-vous bien avancé votre ouvrage?
DESROSNAIS.
Mais... pas mal.
Vous avez été seul peu de temps.
DESROSNAIS.
Vous n'avez pas compté comme moi les instants.
CAROLINE
Dubreuil a de l'humeur.
DESROSNAIS.
Trop.
CAROLINE
Oui, mais comme il m'aime !
C'est un excellent guide, à qui mon père même Dut beaucoup... Qu'ils étaient bons amis tous les deux ! Se disputant toujours, ne s'en aimant que mieux. Tenez, je m'en souviens, leur dispute ordinaire Roulait sur ce tableau que je tiens de mon père. Il en faisait grand cas et Dubreuil s'en moquait.
DESROSNAIS, feignant de voir le vieux paysage pour la première fois.
Voyons.
( 1! le descend et le pose sur un fauteuil.)
244 CAROLINE
Quel est l'auteur?
CAROLINE
Mon père l'ignorait.
DESROSIVAIS.
Savez-vous qu'il est bon... mais fort bon?
Oui, peut-être.
DESROSNAIS.
Mais comment donc! Dubreuil devrait mieux s'y connaître:; Il ne faut que des yeux.
CAROLINE
Quand on veut en avoir.
Mais souvent, par humeur, il ne voulait rien voir.
DESROSNAIS.
Il vous traite du moins avec plus de justice. Heureux qui, comme lui, peut vous rendre service!... Que n'ai-je ses talens! et qu'il me serait doux De vous offrir les soins que Dubreuil a pour vous î
CAROLINE
Permettez... dans la cour j'entends une voiture.
(Elle court à la fenêtre.) DESROSNAIS.
Bon ! vous m'écoutez bien !
CAROLINE
Quelle étrange figure!
DESROSNAIS, à pari.
C'est Deschamps.