SCÈNE VIII. 34o
CAROLINE
Se peut-il ?
DESROSNAIS.
Vous croyez?
DESCHAMPS
Eh ! peut-on s'y méprendre ?
La voilà cette touche et si fière et si tendre! Ah!... madame, on n'a pas coutume de vanter Un tableau, quel qu'il soit, quand on veut l'acheter; Mais moi, de l'admirer je n'ai pu me défendre. Combien en voulez- vous?
Mais il n'est pas à vendre; Feu mon père y tenait, et je veux le garder.
DESCHAMPS
Le prix que j'y mettrai pourrait vous décider. Comme en ma galerie il tiendra bien sa place! Madame, encor un coup, vendez-le-moi, de grâce ! Que vous en puis-je offrir?
CAROLINE
Oh! son prix n'est pas...
DESROSNAIS.
Quoi!
Allez-vous le donner ?
'Ici Desrosnais repasse à côlé de Deschamps el se trouve entre lui et Caroline. — A Deschamps.)
Monsieur, c'est avec moi Qu'il faut traiter....
aSo CAROLINE,
DESCHAMPS
Non point : cela ne doit pas être , Et monsieur....
CAROLINE
Du marché je le laisse le maître.
DESCHAMPS
Soit, mais j'aimerais mieux avoir affaire à vous, Madame.
DESKOSNâ-IS.
Promptement, de grâce, expliquons-nous.
Ce paysage est donc un Vernet?
DESCHAMPS
Véritable.
DESROSNATS.
Original?
DESCHAMPS
Sans doute.
DESROSNAIS.
En ce cas, impayable.
DESCHAMPS
Ah! je vous vois venir; je vais être écorché.
DESROSNAIS.
Non. Trente mille francs , n'est-ce pas bon marché ?
( Surprise de Caroline.)
DESCHAMPS
Bon marché! laissez donc; juste Dieu! quelle somme ! S'il en vaut la moitié je veux que l'on m'assomme.
CAROLINE, àDesrosnais.
Y pensez- vous? j'étais bien sûre d'un refus.
s ci: NE VIII. :i3i
DESROSNA.1S.
Eh bien! vingt-quatre mille, et ne m'en parlez plus. CAROLINE, de même.
C'est trop.
DESROSNAÏS.
Mais un Vernet!
DESCHAMPS
Oh! oh! en conscience?
DESROSNAIS.
C'est à prendre ou laisser.
DESCHAMPS
Voyez ! de ma science Me voilà bien payé ! Si je n'avais pas dit Que c'était... Rien n'est sot comme les gens d'esprit.
DESROSNAIS, avec ironie.
Vous ne le prouvez pas.
DESCHAMPS
Vous êtes trop honnête.
Allons , n'y pensons plus; la folie en est faite.
CAROLINE, à Desrosnais.
Mais est-il bien possible?
DESCHAMPS
Ah! çà, j'emporte....
DESROSNAIS.
Quoi?
Le tableau.
t)ESROSNAIS.
Mais, monsieur....
253 CAUOLliNE,
DESCHAMPS
Vous pensez bien , je croi , Que sur moi je n'ai pas une aussi forte somme.
DESROSNAIS.
Monsieur....
DESCHAMPS
Me prenez- vous pour un malhonnête homme?
DESROSNAIS.
Oh! non pas, monsieur, mais...
DESCHAMPS
Savez-vous que mon nom Vaut mieux que de l'argent ?
DESROSNAIS.
Je ne vous dis pas non.
(bas.) T'en iras-tu bavard?
DESCHAMPS
Mais pour vous satisfaire, Monsieur, dès ce moment, je cours chez mon notaire... Ou plutôt à la Bourse; en un quarl-d'heure au plus J'y puis honnêtement gagner dix mille écus;
(bas à Desrosnais.)
J'y vole.... et je reviens. Chez vous je vais attendre.
(haut.)
Messieurs les amateurs , que je vais vous surprendre ! En exposant chez moi ce chef-d'œuvre étonnant. Je veux en quinze jours rattraper mon argent.
( 11 sort.)
se K NE IX. 253