MYTHOLOGIE ÉGYPTIENNE
Mâcon, le 7 avril 1871.
Monsieur,
L'étude, que je termine en ce moment, de Circé et d'Ulysse dans VOdyssée^ m'a montré une transformation bien remarquable du char du soleil en un navire et du ciel en l'Océan. Cette transformation^ qui est le fond épique de toute l'odyssée des Argonautiques et de tant d autres légendes, se retrouve très assurément dans la mythologie védique, ce qui n'a rien d'étonnant.
Mais j'ai vu aussi quelque part, et je crains bien que ce ne soit dans l'abbé Pluche, qu'Osiris est représenté quelquefois sur un navire, — à cinquante rameurs, comme le vaisseau d'Ulysse et celui des Argonautes, — et qu'un aviron lui sert aussi d'attribut ou de signe représentatif, et un tel accord entre les deux races mérite bien attention. C'est pourquoi je vous serais très reconnaissant de me donner là-dessus quelques renseignements de fait, en y joignant vos propres observations sur la raison d'une telle transformation. Je l'explique très aisément pour l'Inde et la Grèce : u La mer, selon l'expression de Byron, est le glorieux miroir où le Tout- Puissant aime à se contempler. » Elle est bleue
1. Publié, après la mort de Chabas, par les soins de M. Virey dans le RpcHPif do TraraiiT, t. XXI, p. 104-107.
284 LETTRE A M. CERQUANT
comme le ciel, ou blanche, ou sombre, et le char du soleil, solitaire dans TEmpyrée, se compare très naturellement au navire sillonnant rimmensité.
Mais ce courant d'idées est-il celui qu'ont suivi les Sémites du Nil ? Je crois que le Nil pour les Égyptiens est bien l'Océan ; mais est-ce laque navigue Osiris, et y navigue-t-il en qualité de dieu Soleil ? Voilà la question, que j'explique mal peut-être au milieu de nos ennuis publics qui me troublent, mais que vous comprendrez bien sans mes explications.
J'ai la confiance que vous me pardonnerez de m'adresser à vous pour lever une difficulté que vos études spéciales vous rendent si '.
apte à éclaircir. Aujourd'hui plus que jamais on peut dire : « Voici ,
les temps annoncés », et (( laboremus ». \
Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et dévoués.
Ckrquant,
Inspecteur d'Aciidémie.
Chalon-sur-Saône, 12 avril 1871.
Monsieur,
Votre lettre m'a trouvé occupé à un travail pour la Chambre de Commerce, puis sont venues les fêtes de Pâques, à Toccasion desquelles j'avais un engagement à la campagne. Je suis rentré hier au soir, et, aujourd'hui seulement, )C puis m'occuper de la question que vous soumettez à. mon appréciation .
Les Égyptiens représentaient l'espace comme x^^^i v océan, qui remplissait tout à l'époque chaotique, -r ^^^^