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SUR LA QUESTION

DBS

Lettre à M, le Directeur de la Zeitschrift fur âgyptische Sprache, e/c, de Berlin\

Mon cher collègue et savant ami,

Vous avez étudié comme moi la question du nom des métaux chez les anciens Égyptiens, mais vous avez consacré à cette question, que je n'ai touchée qu'accessoirement, un travail étendu et solide, comme vous savez si bien le faire.

Le même sujet a été également abordé par nos confrères Devéria, Dûmichen, et aussi un peu par presque tous les égyptologues.

De ces recherches, à peu près contemporaines, il n'est pas résulté, nous devons en convenir, une unanimité de vues de nature à montrer que la question ait fait un grand pas. Nous ne nous accordons que sur le nom de l'argent, du plomb, sur l'un des noms de l'or, sur certaines désignations du bronze, et peut-être encore sur quelques menus détails.

Le nom du fer reste toujours en discussion. De l'un des

1. Extrait de la Zeitschrift far âgyptische Sprache^ 1874, p. 1-3.

BiBL. ÉGYPT., T. XII. 25

îi86 NOMS ÉGYPTIENS DES METAUX

groupes qu'on tenait comme désignant Tor, vous faites un métal à part, un mélange d'or et d'argent, Télectrum. Je croîs que la solution des nombreuses difïîcultés inhérentes à Télucidation d'un pareil sujet n'est pas encore prochaine. Cela tient à ce que les anciens Égyptiens n'étaient ni minéralogistes, ni métallurgistes dans l'acception absolue de ces expressions ; l'analyse chimique leur était étrangère ; ils ne possédaient sur ce chapitre et sur les propriétés physiques des corps que des notions empiriques. Partout leurs classements, leurs nomenclatures ne reposent pas sur des bases bien solides. Ils ont dû, sur certaines apparences, confondre entre eux des métaux de nature différente et prendre souvent, pour ne citer qu'un exemple, le fer pyriteux pour du cuivre.

Dans les énumérations des métaux, des minéraux et des objets fabriqués dont les pharaons gratifiaient les temples, les scribes obéissaient moins aux règles d'une nomenclature méthodique qu'à leur goût pour l'exagération et pour la flatterie hyperbolique. Ils ont souvent enflé les nombres et donné le clinquant pour de l'or. Aussi, ne voyons-nous partout qu'émeraudes, lapis, topazes, rubis, turquoises, etc., lorsqu'il n'est peut-être question que de vulgaires produits fabriqués. Car ce n'est pas seulement le nom du fer qui nous laisse dans l'incertitude; nous ignorons de plus les noms de toutes les terres cuites, porcelaines, verre, cristal, etc., et cependant ce sont ces substances que l'Egypte nous a laissées en nombre immense.

Nous discuterons longtemps sur ce sujet sans arriver à rien de précis, aussi longtemps que nous en serons réduits à la méthode d'induction. Ce qu'il nous faudrait, ce sont des indications écrites sur les noms des matières dont certains objets sont fabriqués de telle sorte que, les objets étant identifiés, nous pussions ainsi identifier leur substance. Il existe dans les papyrus des indications de ce genre pour les noms des étoffes servant à l'ensevelissement, des

drogues de la momification et des couleurs de la peinture. Ne perdons pas Tespoir de rencontrer quelque jour des données analogues pour les métaux et pour les minéraux.

En attendant, il serait bien utile de dresser le tableau des métaux simples et combinés, des minéraux, pâtes, terres, etc., que les Égyptiens ont employés dans leur industrie. Il faudrait aussi indiquer l'emploi le plus habituel de chacune de ces substances, par exemple la circonstance que certaines classes de statuettes, vases, insignes, amulettes, etc., sont exclusivement ou le plus ordinairement de telle ou telle matière. Un tableau ainsi dressé faciliterait ridentification de certaines substances que les textes indiquent comme réglementaires pour des usages déterminés.

Un travail de cette nature exige le concours d'un chimiste et d'un égyptologue, et la libre disposition d'un nombre considérable d'antiques provenant de l'Egypte. Vous me paraissez particulièrement bien placé pour l'entreprendre, et ma présente communication n'a pas de but plus intéressant que celui d'appeler votre attention sur ce point.

Mon intention n'est pas, en effet, d'aborder l'étude et la discussion des vues opposées aux miennes qui se sont produites. J'aime mieux convenir de suite que, si je ne suis pas convaincu de la justesse des solutions proposées, je ne possède cependant pas d'arguments décisifs, tels que ceux que je recherche patiemment.

Je veux seulement vous signaler un point de quelque

intérêt pour ce qui concerne le | ^^,^5-2^^ ®> dont vous faites

Télectrum antique. Nulle part on ne rencontre ce nom dans des phrases qui le différencient forcément de l'or, ^^*^. S'il arrive qu'il soit cité parfois après ^7^, il me paraît que c'est seulement par synonymie et non pour la différenciation des métaux.

S'il en était autrement, il faudrait aussi chercher une

combinaison quelconque pour le fl ©, var. fl ,

que le Papyrus III de Boulaq, récemment publié par M. Mariette-Bey, cite après ^^^ dans une phrase où, du défunt, il est dit qu'il

T Jtt^ o o o A. ^^ '/ —

respire acec noub, i<ort acec hatem.

Dans la description du corps momifié donnée par le même papyrus, les trois termes sont réunis :

? '" f\ j " ^ lue '"

Ses os sont de noub, ses membres de hatem ^ ses chairs de

o o o soum.

Je crois que cela signifie simplement : tes os sont d'or, tes membres d'or, tes chairs d'or, et je rappellerai ici que

la partie grecque du décret de Rosette traduit j[ ^v pc2^

par xp'^^'^^» Gt qu6 le décret de Canope donne la même traduction pour ^^^^^,

Croyez-vous qu'il s'agisse de trois métaux différents dans la phrase que je viens de citer?

Je ne puis mieux terminer que par une question cette communication dans laquelle je m'abstiens de toute solution définitive.

Chalon-sur-Saône, 80 novembre 1873.

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