Le mot \J signifie ouvrir, exactement comme le verbe
ouTij dont il n*est qu'un synonyme. M. Devéria s^est trompé en traduisant toucher.
En voici la figure de demi-grandeur naturelle :
Ce renseignement est précis; à peine pourrait-on objecter que le texte qui le donne est de basse époque, et qu'on n'a encore rien trouvé de semblable aux temps pharaoniques.
M. Devéria cite encore un autre instrument usité dans la même opération mystique. C'est une petite ascia ou lierminette, dont les textes nous font connaître le nom égyptien nou. Je le représente ici également de demi-grandeur naturelle, de face et de profil :
Voici la description qu'en a donnée mon savant confrère :
<( Le manche est d'ivoire; la lame, la douille, et la goupille qui le retient, sont de fer ou d'acier. Le tout est du meilleur travail.
» Un autre exemplaire, dont le manche est de bois dur, a perdu sa lame, mais conserve encore sa douille et sa goupille de fer.
» Enfin, un manche isolé porte quelques traces d'oxyde de fer, qui ne peuvent laisser aucun doute sur la nature de la lame. »
Les textes appellent plusieurs fois cet instrument le nou d'Anubis, c'est-à-dire du dieu qui préside habituellement
aux cérémonies de la momification et des funérailles; et ils le définissent comme servant à louverture de la bouche et des veux.
M. Mariette-Bey a publié, dans son splendide volume des Fouilles d'Abydos, une scène qui représente la cérémonie de Touverture de la bouche de Séti P', au moyen du nou^ que le prêtre présente à la face du roi. La légende hiéroglyphique dit : Ouverture de la bouche par le nou d'Anubis (quatre fois)!
Mil
M. Devéria ne cite aucun texte qui dise clairement que le nou doit être fait du métal baa, comme la cuisse. Mais cette notion ressort nettement de quelques groupes reproduits dans son mémoire et dont il n'a pas saisi le sens. Pour les comprendre, il est nécessaire de se rappeler que l'un des
titres les plus ordinaires d'Anubis est : ifTlr-,' c'est-àdire : celui qui est dans la salle divine.
Or, le texte en question est un ordre adressé au prêtre
officiant : ^,^^J^^;",°U]ff|^^ Prends
le fer comme le dieu qui est dans la salle divine (id est comme Anubis) le nou, Coneéquemment, prendre le fer c'est absolument la même chose que prendre le nou d'Anubîs. Les instruments symboliques dont il s'agit étaient donc bien de fer.
Ces explications préliminaires étaient indispensables pour bien faire comprendre la portée de la petite découverte qu'il me reste à signaler.
Les listes d'offrandes funéraires, que nous possédons en grand nombre, ne comprennent ordinairement, quelle que soit leur date, que des denrées alimentaires, des boissons, des parfums et des collyres. Lorsque des objets d'autre espèce sont offerts au défunt, ils sont disposés à part et quelquefois servent d'ornementation aux parois extérieures des sarcophages de pierre. On y voit figurer alors des meubles, des vêtements, des armes, des vases, des outils, etc., et aussi des bandelettes, des sceptres ou insignes, des encensoirs, etc., etc., en un mot des objets à l'usage de l'homme vivant, et des symboles ou amulettes pour rendre et conserver la vie. Ce n'est que très rarement que cette classe de dons funéraires est mêlée avec l'offrande proprement dite.
Ce cas se présente toutefois dans une belle stèle du Musée de Leyde, récemment publiée par M. le D'" Leemans\
C'est la stèle funéraire d'un gardien du trésor de Memphis, nommé Merrimerri. Elle n'est pas datée par un cartouche, mais elle présente tous les caractères de la bonne époque pharaonique (de la XVIIP à la XX® dynastie).
Dans l'une des scènes de cet important monument, on voit le défunt debout devant quatre plateaux chargés d'offrandes : au-dessus est un tableau qui donne le détail des objets offerts. Il n'y en a pas moins de soixante espèces, et entre autres des vases et des sceptres ou insignes d'or. Je