L EPISODE DU JARDIN DES FX£URS
Elle me conduisit ma main dans sa main. Nous allâmes dans son jardin pour causer. Elle m*y fit goûter du miel, qui était excellent. Ses joncs étaient verdoyants, ses arbrisseaux couvert:? de fleurs ; il y avait des groseilles et des cerises * plus rougesque le rubis; ses perséas en maturité ressemblaient à du bronze; son bosquet était de la couleur du métal rmshem^ ses nenni comme les noix de coco quon apporte dépouillées; son ombrage était frais et aéré ; le repos voluptueux y était facile.
Lorsqu'elle me rencontra, la fille du préposé aux vergers l'avait envoyée en messagère. « Viens chez moi, m'avait-elle dit; de- » meure un jour dans la chambre d'une jeune fille qui est à moi ; )) le jardin est en son jour ; il y a terrasse et boudoir. »
Ici s(5 termine la première page à laquelle il manque une ligne. L'entremetteuse s'adresse à la plus séduisante des Phrynés de Tcndroit :
« Les nobles hommes sont joyeux, ravis à ta vue, laisse les » venir à ta demeure portant leurs précieux joyaux. Écoute! ils » viennent avec leurs richesses; ils apportent la boisson haq pour » toutes tes compagnes, toute espèce de pains pour les repas, des » gâteaux frais de la veille et du jour, et tous les excellents fruits » des parties joyeuses. Viens ! fais un jour de bonheur. »
1. C'étaient du moins des fruits rouges; l'identification des espèces est diliicile à établir dans la majorité des cas.
Du premier au troisième jour, elle se tint assise sous l'ombrage. Son Khenmès^ était à sa droite; il avait amené son domestique pour exécuter tous ses ordres. La cave à la bière fut mise sens dessus dessous pour qu'elle s'enivrât à son gré, ainsi que son frère*. La servante était une sœur dans ses rendez- vous. « Moi, dit-elle, j'ai des entrailles cachées pour ne pas dire ce que » je vois. Viens 1 »
Ainsi finit la deuxième page; le texte est coupé par une ligne qui manque en tête de la page suivante, de laquelle a disparu en outre le commencement de toutes les autres lignes.
Le noble Égyptien a entendu les protestations de discrétion de la jeune femme.
Alors Tentremetteuse vient mettre à profit les bonnes dispositions qu'elle lui suppose :
« Fais-lui présent d'un collier de lapis avec des lis et des tu- » lipes; apporte les fleurs de l'allégresse, des liqueurs, des par- )) fums. Qu'il y en ait pour toutes les compagnes! Fais un jour de )) bonheur! »
Je sortis du feuillage, du lieu réservé. Les femmes m'aperçurent et dirent : « Voyez-le sortir vraiment ! »
Elle avait à la bouche une figue de sycomore. Son jardinier vint lui parler: «Fais attention! c'est le frère de la Régente; » tu es donc comparable à l'auguste Princesse! S'il n'y a pas de » serviteurs, moi, je serai le domestique qui servira celui que tu » as captivé. »
Elle se fit placer dans son pavillon du bosquet. Elle ne m'offrit pas un fade breuvage à boire, ce ne fut pas de l'eau qu'on puise à la rivière que j'emplis mes entrailles.
On eut l'idée de plaisanter en disant : « Il ne faut pas boire ! )> — « Par ma vie! ma bien-aimée, amène-moi près de toi. La » figue de sycomore... »