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DE BOLOGNE

Il existe dans le palais de V Università antica, à Bologne, une importante collection d'antiquités égyptiennes, jusqu'à présent fort peu connue, ou, pour parler plus exactement, tout à fait inconnue, même du petit nombre de savants adonnés à l'égyptologie.

En septembre 1869, chargé par le Ministère de l'Instruction publique de France d'étudier les monuments égyptiens existant dans les musées d'Italie, j'eus l'occasion de visiter la collection de Bologne. Malheureusement, je ne m'étais

1. En publiant, dans le tome II de la 3* série de ses Mélanges (p. 140 et suiv.), « le grand Papyrus hiératique de Bologne », Chabcos a dit luimême que ce catalogue avait été « rédigé avec soin par M. F. Ilossi, êgyptologue attaché à la conservation du Musée égyptien de Turin » ; il ajoute en note : « Le travail de M. iiossi a été imprimé en 1871, à Bologne, dans Catalogld del Museo cicico di Bologna, petit in-folio, typographie royale ». — E. Revillout.

pas douté de la richesse des matériaux d'étude que j'allais rencontrer dans cette ville, et par suite je n'avais pas disposé mon itinéraire pour y séjourner longtemps. Si, dans le court espace de quatre jours, j'ai réussi à copier un certain nombre de monuments et à prendre une idée sommaire du reste, c'est grâce à l'extrême obligejmce que j'ai rencontrée auprès de M. le chevalier Frati, à qui je suis heureux d'offrir ici l'expression de ma gratitude.

L'inspection de la collection de Bologne a excité en moi une double surprise : d'une part, j'avais à m'étonner de la richesse de ce musée ignoré, et, d'un autre côté, je n'étais pas moins impressionné de la défectueuse installation dans laquelle on le^ laisse s'altérer. C est ce double motif, le dernier surtout, qui m'a porté à devancer mon rapport au Ministère français et les publications pour lesquelles j'ai recueilli à Bologne des éléments importants, et à rédiger cette courte note, avec l'espoir qu'elle déterminera l'adoption de mesures conservatrices, qui sont, à mon avis, de la plus grande urgence.

Cette collection provient de la même origine que celle de la galerie de Florence; Tune et l'autre ont été recueillies, il y a environ quarante-cinq ans, par M. I. Nizzoli, chancelier du consulat général d'Autriche, en Egypte.

Mais la collection de Florence est connue des savants et des voyageurs; exposée dans un local commode et convenablement cataloguée par M. le professeur Migliarini, elle est aujourd'hui l'une des attractions de la nouvelle capitale de l'Italie. Il en est tout autrement de celle de Bologne, qui, cependant, l'emporte sur son aînée, en ce qu'elle possède des papyrus hiératiques de la meilleure époque.

Une partie des monuments égyptiens de Bologne est seule exposée à la vue du public. Ce sont les monuments de

1. Le est une correction de la main de Chabas. Le texte imprimé porte CI les ». — E. R.

pierre de dimensions un peu considérables. Le local qui leur est affecté est un couloir servant de corridor et de vestibule à quelques-unes des salles de la Bibliothèque communale. Ce couloir n'est pas fermé du côté de la cour du palais; rien n'y abrite les monuments contre Thumidité et contre les transitions de température ; aussi certaines pierres, qui sont éternelles sous le ciel d'Egypte, commencentelles à se dégrader et à s'effriter sous l'influence de l'air. Déjà l'un des monuments les plus importants a perdu la plus grande partie de sa légende. Dès qu'elle aura tout à fait disparu, ce qui ne peut tarder à se produire, il n'aura plus aucune valeur.

J'ai étudié dans ce local vingt-quatre stèles, avec scènes ou inscriptions, six statues ou groupes, un pilier quadrangulaire à légendes, et un coffre de pierre contenant une série de quatre vases.

L'une des stèles date de l'époque des pyramides (3000 aus avant notre ère) : elle contient des noms, des formules, et surtout une longue liste d'offrandes, présentant de l'intérêt; elle se composait de deux pierres superposées, qu'on a séparées et marquées d'un numéro différent, comme s'il s'agissait de deux stèles. J'ai laissé des notes pour les faire réunir.

Deux autres monuments sont datés par des cartouches royaux : ils ont par conséquent une valeur spéciale. Le premier, qui est du règne de Ramsès II (1400 ans avant notre ère), contient une prière funèbre en faveur de Pers-nefer, basilicogrammate de la table royale. Le monument donne encore à ce personnage les titres d'officier des pains (le grand panetier de la Bible), de gardien de l'aire royale et de premier lieutenant du roi. Ces titres montrent bien la haute importance qu'avaient en Egypte les fonctionnaires attachés à l'approvisionnement des cuisines pharaoniques.

L'autre monument est une statue assise, ayant par devant Osiris et les emblèmes d'Isis'et de Nephthys. Il est dédié

à Khonefer, autre scribe de la table; sur ses genoux, deux cartouches montrent qu'il était au service de Ménephtah P^ fils et successeur du grand Rîimsès (XIIP siècle avant notre ère).

Presque toutes les stèles ont de Tintcrét au point de vue épigraphique ; quelques-unes se recommandent par le mérite des scènes qu'elles représentent, parmi lesquelles je citerai : le mesurage des grains, de belles scènes d'agriculture, un tableau représentant un P'gyptien à cheval, ce qui est fort rare sur les monuments de bonne époque. L'usage était d'aller en char.

Une belle statue calcaire offre les traits d'un fonctionnaire de l'ordre sacerdotal, nommé Amenmès. C'est la légende de ce monument que j'ai signalée comme détruite en partie, par suite de l'altération de la pierre. Des hiéroglyphes qui entouraient la base, il ne reste plus que le nom curieux Resep (sans doute le père ou l'aïeul d' Amenmès). Ce nom est celui d un dieu emprunté par l'iigypte au panthéon antique de l'Arabie, sa voisine. M. de Vogué Ta rencontré aussi dans diverses inscriptions syriennes. Il est fort rarement employé comme nom d'homme en Egypte.

J aurai l'occasion de réunir dans une publication spéciale les données que j ai recueillies dans l'étude de cette partie de la collection; j'ai hâte de passer à la portion, selon moi, la plus précieuse, comprenant les stèles de petites dimensions, les statuettes funéraires, la série des dieux, les amulettes, les scarabées, les papyrus, etc. Ces précieux monuments sont entassés dans un grenier, sans air et sans lumière. Aussi, l'œuvre de destruction s'y accomplit-elle avec plus de rapidité que dans le couloir du premier étage. Déjà certaines traces de piqûre sont visibles sur les papyrus; les bois et les cartonnages s'écaillent, les stèles et les statuettes de pierre se fendillent. J'en ai remarqué une surtout dont la pierre s'est clivée dans le sens de sa stratification et par minces couches : c'est un monuinent définitivement perdu.

L'étude, même sommaire, des antiques qui garnissent ce grenier est rigoureusement impraticable; il faut, pour voir un objet quelconque un peu distinctement, le sortir sur le palier, puis, si Ton veut le dessiner ou y prendre des notes, le descendre au premier étage, dans une des salles de la Bibliothèque. Une manœuvre aussi compliquée exige beaucoup de temps et impose un grand embarras à Messieurs les officiers de la Bibliothèque. Après avoir constaté la richesse du dépôt et reconnu la nécessité d'attendre, pour l'étudier, des circonstances plus favorables, j'ai concentré mon attention sur deux pièces qui m'ont paru tout à fait capitales, bien qu'elles ne soient pas les seules d'un grand intérêt.

Ce sont deux manuscrits de superbe écriture hiératique, datant de cette florissante époque de l'histoire d'Egypte, qu'on nomme le temps des Ramessides, à cause d'un grand nombre de Ramsès, qui occupèrent le trône depuis le siècle qui a précédé Moïse jusqu'à celui de Shishak (Sésac de la Bible). Ces deux papyrus sont heureusement très bien garantis dans des cadres de glace.

Le premier, qui n'est pas complet, comprend encore onze pages d'écriture au recto et au verso. C'est une collection de lettres échangées entre des fonctionnaires de divers ordres, et aussi entre d'autres personnages. Toutes ces missives sont excessivement brèves : ce sont, de la part des supérieurs, des ordres et des instructions sur des sujets variés, et, de la part des inférieurs, des comptes rendus de leur conduite et des protestations de zèle. On y trouve une foule de particularités intéressantes, en ce qu'elles se rattachent à l'histoire, et y apportent un contingent de renseignements précieux. On y voit notamment que l'Egypte avait alors d'intimes relations avec la Syrie, la Palestine et la Phénicie, et y envoyait des employés d'administration. Introduits dans le Panthéon égyptien par le chef de la XIX® dynastie, Séti P', le dieu Set et sa forme énergique Sutekh avaient conservé leur place à côté d'Ammon et de

Plira ; les lettres du Papyrus de Bologne donnent des preuves multipliées de ce fait, qui se rattache aux relations de rp^gypte avec l'Asie antérieure.

Enfin, parmi les points les plus intéressants, je mentionnerai encore l'envoi d'un officier supérieur de remonte (un katjen de cavalerie) à Paari, ville de l'occident de la Basse- Egypte, qui nous est connue, ayant été le théâtre d'un fait considérable. C'est par cette ville que l'Egypte fut envahie par la coalition des Libyens et des peuples de la Méditerranée, sous le règne de Ménephtah P' Hotep-hi-ma. On voit à cette occasion apparaître, pour la première fois, sur le théâtre de l'histoire, les Sardiniens, les Sicules, les Étrusques et les Achéens ou Grecs.

Or, le Papyrus de Bologne date précisément du 9 Athyr de l'an 8 du même Pharaon; c'est donc maintenant un document contemporain de ces remarquables événements. Il est assez curieux d'observer que les Sardes, les Sicules et les Toscans, aujourd'hui réunis sous le sceptre de S. M. le roi d'Italie, sont les corps de nation dont les noms ont aujourd'hui la date la plus ancienne parmi les peuples de l'Europe.

A défaut de la date écrite, il n'existerait aucun doute pour les égyptologues sur l'âge de ce papyrus; mais cette date^ nettement exprimée au verso du rouleau, et certainement lorsque le papyrus a été achevé et placé dans la bibliothèque de son propriétaire, est une preuve que méme^ les personnes étrangères à la science ne sauraient contredire. Sous ce rapport, le grand Papyrus de Bologne ne fait que confirmer des vues universellement acceptées, à propos des documents du même ordre qui existent à Londres, à Leyde et ailleurs, mais dont aucun n'est aussi clairement daté.

Si ce grand papyrus n'est qu'une copie de correspondance,

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