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SA VIE ET SES OUVRAGES. XXV

surplus, si cette résolution enlevoitaii gros pilier du Palais de J ustice un de ses plus aimables diseurs, à l'hôtel Rambouillet un élève brillant, à l'Académie française un futur associé , elle rendoit à la province un homme qui lui appartenoit et qui alloit jeter sur elle un reflet littéraire tout à fait inattendu.

Maucroix, à la recommandation de son père, qui sans doute n'cloit pas non plus étranger à son départ de Paris, retrouva dans >1. de Cany le prolecteur de ses premières années; celui-ci, comme il se disoit à cette époque , le donna à son cousin M. de Joyeuse , moins toutefois à titre de nourrisson des muses qu'à litre d'élève de Cujas et de Barlhole , parfaitement en état de remettre de l'ordre dans les affaires un peu compromises du baron de Sainf- Lamberl. M. de Joyeuse, lieutenant du Roi au gouvernement de Champagne, passoitalorsà Reims une partie de sou temps : il accueillit fort bien le jeune avocat au(|uel naguère il avoit ouvert les l»orles du collège. •

Nous supposons que le talent poétique de Maucroix ne lui nuisit point dans ses nouvelles relations, et madame de Joyeuse, qui éloit une Maupas, tille du baron du Thour, ne tarda point à le prendre en aHeclion. Encore fort jolie, madame de Saint- Lambert avoit de l'esprit, l'aisoit des vers, eljouoit délicieusement de la harpe. « Merveilleuse d'esprit et de bonté, a dit d'elle un poète rémois (G. Baussonnet), les miracles qu'elle opère sur le luth et sur la harpe ne sont ignorés que des sourds, et ses

XXV r MAUCROIX.

grâces que des aveugles. » Maucroix, jurisconsulte, poêle, musicien cl beau diseur, se rendit nécessaire dans la maison. A Reims, à Paris, au Thour, comme à Saint- Lambert ou à Grandpré, Maucroix snivoit la famille do J oyeuse, et se irouvoit de toutes les parties ; il gér oit les affaires du mari , plaidoit les procès, chantoi* avec madame, contoitau salon, et arausoil tout le monde de ses saillies et de sa correspondance avec les beaux esprits delà capitale- Tallemant raconte d'étranges choses du ménage du seigneur de Saint- Lambert ; nous n'en rappellerons que ce qui est essentiel à notre récit , et l'appui que nous avons à donner aux propos du conteur prouve à quel point Tallemant éloit bien informé. Suivant les Historiettes, madame de Joyeuse avoit commencé par inspirer à M. de Guise (le problématique archevêque de Reims) une passion sur laquelle le seigneur de Saint-Lambert avoit bien voulu fermer les yeux. Plus tard, Robert de Joyeuse prenoit sa revanche et faisoit revenir de Paris une petite fille que sa femme élbit forcée de souffrir près d'elle. « Le père, dit Tallemant, avoit à Reims je ne sais quelle petite demoiselle qu'on appeloit Toussine. . 11 disoit qu'il n'offensoit point Dieu, parce qu'il ne lui faisoit rien. » Celte prétendue réserve étoit loin de rassurer madame de Joyeuse , qui sut mal cacher son ressentiment Maucroix, pour la consoler, prenoit la chose en plaisanterie • et le manuscrit de Reims nous fournit à cette date ceite jolie bluette , qui donne au récil de Tallemant pleine confirmation :

?A VIE ET SE? OUVRAGES. XXVll

A madame de Joyeuse Maupas.

Le chapitre depuis deux jours A lait sonner ses gros tambours; Ses tambours ou ses grosses cloches, Inslrumenls à rompre caboches, Le tout par un pieux dessein, De l'aire honneur à la Toussaint, A la Toussaint, non à Toussine'.

Là là! n'en fiiiles pas la mine!

C'est une injure qu'il vous fait.

Mais le prendrez- vous au collet?

Il n'aime pas ! grande merveille!

Et puiscliangemeut de corheilli', Ainsi que le proverbe dit.

Fait appétit de pain bénit.

■Voilà des vers dont il eût élc difficile de trouver la clef, sans la note du manuscrit de Reims, et les quelques mots de Tallemanl , avec lequel dès ce lemps Maucroix cchangeoit depiqnanles causeries épistolaires.

Mais un antre péril que personne n'avoit appréhendé dans la ramlllede Joyeuse , et que Maucroix moins qu'un autre se gardoit bien de conjurer, c'est celui qu'alloit courir son cœur si facilement inflammable. Maucroix voyoit grandir sous ses yeux cette Henriette-Charlotte de Joyeuse qui devoit jouer un si grand rôle dans son histoire, ai-

1 Courtisane dePnris, que M. de Joycuso aima follement, quittant ses devoirs de mari, etc. {?s'ote du ms. Favart.J

NXVIll MAUCROIX.

niable enfant, à qui notre poète éloit chargé d'enseigner les belles choses : j'entends l'art de lire les auteurs et de les comprendre. « Elle avoit de l'esprit, dit Tallemanl , cliantoit joliment, étoit de la plus fuie taille (pion pût voir, avoit les yeux admirablement beaux. Avec tout cela cen'étoit pas une grande beauté, mais à tout prendre, on ne pouvoil guère trouver une plus aimable personne. Elle n'avoil que quatorze ans, quand Maucroix , alors jeune avocat, suivant ou voulant suivre le barreau , sentit qu'il avoit de l'inclination pour elle, et comme ce garçon est bien fait, a beaucoup de douceur et beaucoup d'esprit, et fait aussi bien des vers et des lettres que personiie, à quinze ans, elle eut de l'inclination pour lui. »

11 nous reste un grand nombre de poésies de Maucroix qui portent l'empreinte de ce premier amour. La i'ranchise que se sont toujours attribuée les poètes et dont, en parliculier, jouissoit le jeune jurisconsulte dan,> la maison de Joyeuse, explique jusqu'à un certain point la liberté d'expression de quelques-unes de ces pièces. D'ailleurs il n'est pas bien certain que Maucroix fit la confidence au salon des inspirations qu'il puisoit dans les beaux yeux d'Henriette, ni surtout qu'il poussât l'ingénuité jusqu'à les livrer dans leur entier et telles qu'il les composoit. Voici par exemple deux couplets (sous la

1 Tnlleniant écrivoit ceci en 16.S7; à cette date, Maucroix avoil ticnlo-neuf ans; mais au temps qu'il rappelle (1640), Maucroix u'avoit que viiigt-tleux à vingt-trois ans.

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