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SA VIF, ET SES OUVRAGES. XXI

C'éloil aussi l'époque, à Paris, d'un merveilleux concours de poètes et de iitlérateurs. Leurs Iravaux Irès-variés, quant à la forme , avoienl pour objet pres(pie uniipie 1 étude et le perfectionnement de la langue à peine échappée des mains de Ronsard et de Malherbe. On sait l'influence qu'exerçoil alors l'hôtel Rambouillet, dont Voiture, Chapelain et l'évêque de Venre étoienl l'ornement. D'un antre côté , l'Académie fran(;oise à son berceau s'imposoil, sous l'impulsion de Conrart.lalAche du fameux Dictionnaire. Ces deux centres littéraires avoient éveillé chez les écrivains de tout étage une incroyable émulation. Des académies de salon naissoient sur tous les points de Paris. Maucroix, introduit par Conrarl et Patru, se trouva mêlé aux beaux esprits de toutes les cabales. Aussi faut-il dater de cette époque de sa jeunesse les belles amitiés qu'il contracta avec la plupart des grands écrivains du siècb". Nous le voyons en eflet dès ce moment en intime rapport avec Perrot d'Ablancourt, l'illustre traducteur , Furetière comme lui débutant du Parnasse et du barreau , Polisson fraichemoiil débaniué de Castres, Tallemant desRéaux qui l'initie aux tinesses de Rambouillet ; le gros d'Alibray, ce très-gai suppôt de Bacchus et d'Apollon ; Le Pailleur , ce mathématicien viveur que la maréchale de Tliémincs et les Historiettes ont .sauvé de l'oubli ; Cassandre , traducteur d'Aristole , moins célèbre par sa science et ses vers à la I.oret, (|ue par la première satire de l'auteur du Lutrin. Puis M. de Vaugelas et l'abbé d'Aubignac, Benserade

et les deux Corneille , voilà quelles furent les liaisons de Maucroix à son début. Quant à Bossuet , Molière, Racine et Boileau, parmi les illustres ; Richelel, Rouhours et Coulanges, parmi les moindres, et que plus lard il eut pareillement pour amis, leurs noms ne figuroient point encore au grand jour de la publicité.

Comme avocat, ses biographes assurent que ^laucroix avoit à prononcer une grâce infinie , mais qu'une timidité naturelle dont il ne se défit jamais complètement, puis une certaine horreur de la chicane, le dégoûtèrent promptement du métier. Nous savons de lui-même qu'il ne poussa pas loin les épreuves. « Comment oserai-je parler d'éloquence,» écrivoit-il dans ses dernières années au P. Tourret , « moi qui n'ai de ma vie plaidé que cinq ou six fois , et qui ne montai jamais en chaire ! » Son éloignemenl pour l'antre de Thémis s'explique mieux encore par !a passion (|ui le portoit aux belles-lettres. Dès les i)remières années de sa jeunesse, nous le voyous se livrer à la composition de blueltes poétiques à la laveur desquelles, je le répète, il prit aisément place parmi les plus beaux esprits du jour.

C'est à l'année 1638 que nous rcporlerons les premières bagatelles à citer de sa muse enjouée , et il va sans dire qup l'amour et ses délicieuses inquiétudes en sont l'exclusif objet. On vient de voir qu'a celte époque les maîtres de la poésie légère n'étoient encore (juc Malherbe, Racan. Ciiapelain, Collclct, Voilure et Codeau. Nous croyons (jue les

SA VIE ET SES OUVRAGE?. XMIl

essais de Maucroix peiwent aller de pair avec les productions de ces précurseurs du grand siècle. Voici quelques vers de sa première élégie :

Olympe, que ce jour fui Tatal à ma joie,

Quand de les doux allrails mon cœur devint la proip. . .

Jusqu'à ce jour fatal mes désirs impuissans N'avoienl point prétendu l'empire de mes sens; Jamais fille à mes j-eux n'avoit coûté de larmes, Je parlois de l'amour comme d'un dieu sans armes...

L'Olympe qui inspiroit noire poète cnltivoit ellemême les muses, et faisoit ses délices de la lecture de VAslrée : ce (|ui nous confirme que cette élégie est des premiers temps de l'auteur :

Si quelquefois dTrfé, dont tu fais Ion étude, D'un amant malheureux dépeint l'inquiétude,

Ne crois pas que d Trfé te fasse une imposture, Et décrive des maux ipie personne n'endure!

Ces vers sont faciles, et d'une assez bonne facture, et ce ne sont pas les seuls agréables de la pièce ; en voici d'autres qui ne le sont pas moins, et qui ont pu fournir à Molière l'idée de la jolie tirade d'Eliante, dans le Misanthrope (acte ii , scène 5) :

Amour en sa faveur m'auroit-il point surpris, ht peul-on bien juger qusnd on e-l bien épris? Je crois qu'on ne voit rien si beau que son visage; Mais qui n'en dit autant de l'objet qui l'engage?

Un autre, comme moi, lient les mêmes discours, Et jamais un amant ne blâme ses amours. Chacun à son avis aime la plus parfaite. Et veut par son vainqueur excuser sa défaite.

Nous l'avons vu , malgré ses succès au barreau, Maucroix se sentoil peu de vocation pour la chicane. C'est ce que Ton dit de tous les jeunes gens à qui le courage fait défaut et qui dès le début renoncent aux luîtes du Palais. On l'a dit de Molière, on l'a dit de Boileauel de quelques autres qui ont justifié par beaucoup de succès et de gloire leur résistance aux dispositions de famille. Mais en général, le plus ou moins de vocation n'est guère chez les débutants qu'une question de travail et de volonté. Maucroix n'étoil pas trempé pour les insomnies laborieuses du cabinet. S'il eût pu loin du Palais, et sans la subvention paternelle, se soutenir à Paris, y vivre de la vie littéraire, au milieu de cette société d'élite qui l'avoit adopté , nous ne douions pas que, brûlé du feu sacré, il n'eût bientôt pris l'un des premiers rangs du Parnasse. Peut-être n'al-il tenu qu'à quelques livres tournois que notre littérature ne comptât un grand poète , un grand écrivain de plus. Malgré les encouragements de Conrart et de Patru , malgré l'amitié si tendre de des Réaux et de Pélisson, Maucroix ne se put résigner à l'humble rôle ([ue lui assiguoit son revenu. 11 prit un parti héroïque, celui de rompre avec toutes ses glorieuses liaisons, de quitter Paris et d'aller s'ensevelir eu province. C'est par là qu'à l'exemple de Pélisson il falloit commencer. Au

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